« Pourquoi faut-il toujours qu’un accident en mer soit traité comme une affaire criminelle ? »

c’est ce que disait le Commandant SCHETTINO lui-même dans une interview à un journal de marins

La réponse est dans cet article de Raunek KANTARIA : 10 raisons pour les quelles vous devriez remercier les marins (en anglais)

En voici les grandes lignes que le souriceau de terre a traduites ici :

  1. Les marins font tourner l’Économie Mondiale 

  2. Les marins sacrifient leur vie de famille 

  3. Les marins affrontent les mers les plus difficiles et le mauvais temps

  4. Les marins risquent leur vie à cause du piratage et des zones de guerre

  5. Les marins mettent leur santé en jeu

  6. Les marins suivent les lois et règlements les plus contraignants

  7. Les marins travaillent des journées entières dans la monotonie

  8. Les marins ne bénéficient pas des droits fondamentaux des travailleurs

  9. Les marins courent un grand risque de criminalisation et d’abandon dans l’exercice de leurs fonctions 

10. Les marins vivent dans des conditions d’hébergement sommaires et avec des moyens de communication limités

C’est bientôt Noël, voici le marin de notre dernier fabricant de poupées national, avec toutes ses affaires personnelles dans son sac de marin, si petit.

 Lorsqu’ils ont un accident, soit on ignore complètement, soit on les arrête.
On leur met les menottes, au cas où, la honte !

Si il y a eu risque pour l’environnement du fait de l’accident, les marées noires de sinistre mémoire étant les pires, s’il y a eu pertes humaines dans leurs passagers (eux on n’en parle pas à moins qu’ils n’en soient morts, ils sont accusés de suite, il faut un bouc émissaire, quelqu’un de partiellement coupable ou pas du tout, peu importe. Quelqu’un.

Dans le marécage de lois et règlements de tous les pays du globe auxquels ils sont soumis, il est bien difficile d’être totalement innocent en droit.

Leur armateur les lâche pénalement, c’est quasiment l’usage.

L’abandon de ses marins par un armateur peut atteindre des sommets quand le navire est à bout. Quand il est devenu une épave flottante, plutôt que de payer pour le ramener, ils l’oublient confortablement. Le problème, c’est qu’ils oublient aussi les marins qu’il porte. Il y a eu le cas sur MARSEILLE : ne parlant pas français, sans argent pour se nourrir, se vêtir, se chauffer, les gens du port les ont aidés à survivre, en attendant un rapatriement qui avait été bien long à obtenir.
http://www.seamensclubmarseille.org/lassociation/historique/

 Je continue. On les traite de lâches avant même que de savoir pourquoi l’accident a eu lieu, suivant les pays ils risquent jusqu’à la peine de mort, coupables d’avoir eu un accident, en somme.

« Oui, un marin est toujours un criminel, dès lors qu’une vie manque à l’appel et mourir avec son navire, pour un capitaine, c’est aussi faire le choix de la mer, dans ce qu’elle a de définitif, plutôt que l’injustice des hommes qui gesticulent dans les prétoires, n’en finissant pas d’accabler et de poursuivre. » m’écrit un ami marin.

Vivant la majeure partie de leur temps en mer, côtoyant les pires misères du monde, ayant sous les yeux la nature humaine qui fait que des hommes font mourir sous les bombes les enfants d’autres hommes à côté des franches colères démesurées de la mer, le ciel leur tombe une seconde fois sur la tête.

La fraternité entre marins est la même qu’entre soldats, car les conditions de travail sont souvent des batailles pour la vie. C’est un autre monde que celui de la terre.
Ils se retrouvent accablés dans un panier de crabes inconnus où les sous ont une importance bizarre. Allez donc calmer un cyclone avec des sous. Allez calmer un tsunami. Une vague tueuse.

En plus de la fraternité intérieure à la profession, un allié nouveau et inattendu toutefois, dans les pays où il existe une association de consommateurs des transports par bateaux.

L’association reconnaît les victimes pour ce qu’elles sont : des victimes, les accompagne dans leurs démarches et leur difficile parcours personnel pour aller au delà du traumatisme.

Mais si elle comprend les uns, elle comprend aussi les autres. Ils ont été plus de 4000 à vivre le naufrage, ils se sont conduits plus ou moins de façon à pouvoir encore se regarder en face le matin au réveil – la panique qu’on ne sait pas maîtriser fait faire de pas jolies-jolies choses, vous vous souvenez du naufrage du LA BOURGOGNE ? Ils ont TOUS eu des séquelles, qu’ils gèrent selon leur tempérament, il n’y a pas de généralisation possible, ni pour les uns, ni pour les autres.

Par contre la presse de la terre, obscurément, à ce jour suit toujours le schéma traditionnel, noircissant le marin à fond, se justifiant à grands renforts de témoignages à chaud et par la sacro-sainte phrase : « le public a le droit de savoir. »

Il a tellement le droit de savoir, le public, que depuis que les journalistes-web, prisonniers des cadences ne peuvent plus vérifier ce qu’ils écrivent, prisonniers aussi des traducteurs en ligne qui ont plus de vocabulaire que nous, mais aucun moyen de reconstituer le contenu d’un article écrit dans une autre langue avec un minimum de bon sens, 

bref depuis qu’on ne peut plus se fier à ce qu’ils publient, une proportion non négligeable de la presse écrite a fermé la porte, faute de rentrée des sous nécessaires à leur fonctionnement.

Cherchant à fonctionner malgré tout, ceux qui tournent encore ont privilégié le scoop, vrai ou faux, mais qui fera venir des lecteurs sur la page-écran qui, chaque fois qu’elle s’ouvre fera entrer, au moins, les sous des réclames.

En oubliant que la mer se charge de faire de ces marins qu’ils ne connaissent pas parce qu’ils vivent physiquement « ailleurs » des hommes d’une trempe spéciale. Parce qu’elle leur fait la vie dure. Pas seulement lorsqu’elle est en colère. Et dans tous les domaines. 

En oubliant qu’ils sont nécessaires pas seulement pour le plaisir, mais aussi à l’économie et au travail de toute la planète, au bien être des pays développés comme à la survie de ceux qui ne produisent pas par eux-mêmes les denrées alimentaires minimales indispensables à leurs ressortissants.
« Qui est en mer navigue, qui est à terre juge » dit un proverbe napolitain, un constat désespéré qui vient du passé, la sagesse populaire d’un pays de tradition marine où est née l’association de solidarité Stella Maris (devenue depuis Apostleship of the Sea), celle qui empêche de mourir de faim sous le regard sauvage d’une foule aux réactions moyenâgeuses les capitaines qui ont eu le malheur d’avoir un accident.

Pourtant l’auteur conclut : « vous devriez leur dire merci ».
Nous sommes au XXIème siècle et tout se propage plus vite que du temps de la communication-papier. De même, les informations qui font le scoop et celles qui le font moins se propagent.

Il y a longtemps déjà que Francesco SCHETTINO a dit, relayé par les journaux-web, même si leur intention première n’était pas sûrement pas de prédire la suite des évènements : « vous allez devoir me faire des excuses ».

Aussi vrai qu’il n’a pas abandonné le navire et que c’est le navire qui a tué 32 personnes en s’abattant inopinément sur son flanc droit avant la fin prévisible de l’évacuation.

Ça, ce sont deux faits.
 
Maintenant, en droit …

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  1. #1 par claudielapicarde le 16 novembre 2014 - 10 h 47 min

    Il est trop mignon ce représentant de la marine, c’est super de leur rendre hommage avec cette poupée.
    Bises

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