” La vérité sur Schettino ? Il a débarqué le dernier ”

Voici ce que dit Katia Keyvanian, responsable du service auprès de la clientèle sur le Costa Concordia : ” le commandant est un bouc émissaire qui masque des fautes commises par d’autres personnes ”.

un article de Giovanni Terzi, dit Terzigio, paru sur le journal-papier Libero le 27 juin 2022, soit dix ans après l’accident.

Sur cette nuit tragique du 13 janvier 2012 émergent des témoignages inédits qui éclairent d’un jour nouveau le naufrage du Costa Concordia. Parmi eux, celui de Katia Keyvanian, responsable de la réception du navire et témoin du drame.

Je me demande pourquoi nous passons sous silence des témoignages qui proposent une version différente de celle révélée par l’appel téléphonique du capitaine Gregorio de Falco. Sommes-nous certains que le capitaine Francesco Schettino a réellement abandonné le navire ? Sommes-nous certains qu’il n’y avait pas d’autres coupables ? Il convient tout d’abord de souligner que le Costa Concordia n’a pas eu la vie facile. Lors de son lancement en 2005, la fameuse bouteille de champagne n’a pas éclaté. Le 22 novembre 2008, lors de manœuvres d’accostage, le navire a heurté un dock flottant amarré dans le port de Palerme à cause de vents violents, subissant des dommages sur le côté tribord et à l’écoutille d’étrave. Dans la nuit du 3 au 4 mai 2010, un passager russe de 33 ans est tombé à la mer depuis l’un des ponts du navire. Son corps a été repêché quelques jours plus tard, et les causes du drame n’ont jamais été déterminées, bien que le suicide soit l’hypothèse la plus probable. L’accident s’est produit au large des côtes françaises, sur la route entre Savone et Barcelone. Le 7 novembre 2010, lors d’une escale dans le port de Savone, en raison de vents violents, le navire a heurté la tour d’une grue Gottwald, stationnaire et hors service, immobilisée sur le quai 14, la déplaçant de près de 20 mètres. Heureusement, aucun grutier ne se trouvait à bord. En somme, une histoire qui mérite peut-être d’être réécrite, malgré les condamnations, pour faire éclater la vérité que personne n’a voulu révéler.

« Le commandant Schettino n’a pas abandonné le navire. Je suis descendue à 00h10 et il était encore là, supervisant les passagers des canots de sauvetage utilisés pour la navette vers l’île. Il est absolument faux qu’à 23h, il se trouvait à l’hôtel tranquillement, comme l’ont rapporté de nombreux journalistes. »

Ces propos sont de Katia Keyvanian, responsable du service clientèle du Costa Concordia, le navire qui a coulé le soir du 13 janvier 2012 après avoir heurté le plus petit des rochers de « Le Scole », à cinq cents mètres du port de l’île du Giglio.

Pour ce naufrage, qui a causé la mort de 32 personnes et permis le sauvetage de 4 200 autres, le commandant Francesco Schettino a été condamné à 16 ans de prison, une peine qu’il purge actuellement à la prison de Rebibbia.

Katia Keyvanian avait elle-même écrit ces mots poignants sur sa page Facebook immédiatement après la tragédie :

« Je suis Katia Keyvanian. J’ai embarqué le 13 janvier pour remplacer un collègue sur le Concordia. Je serais ravie d’être invitée par les journalistes qui, sans connaître les faits, écrivent et racontent n’importe quoi. Nous avons évacué, dans l’obscurité, alors que le navire gîtait sur le flanc, 4 000 personnes en moins de deux heures ! Des incompétents n’en auraient jamais été capables.

Il est faux que le capitaine ait été le premier à débarquer ; j’étais dans le dernier canot de sauvetage, et il est resté accroché à la rambarde du pont 3 pendant que le navire coulait.

Honte à vous, qui avez écrit qu’il a été le premier à débarquer ! »

Ce sont les mêmes mots que Katia a prononcés lors de son interrogatoire au tribunal, et que d’autres ont aussi utilisés en parlant du capitaine Schettino.

Mais alors, Katia, pourquoi croyez-vous que Schettino a été condamné ?

« Il est devenu le bouc émissaire de crimes qu’il n’avait pas commis. »


Était-il plus facile d’accuser de tout une seule personne que de chercher la vérité ?

« La vérité aurait probablement mis dans l’embarras des gens qu’il valait mieux laisser tranquilles. »


Le Costa Concordia mesurait 298,2 mètres de long, 36,5 mètres de large et 70 mètres de haut. Lorsque sa marraine, Eva Herzigova, a jeté la traditionnelle bouteille de champagne par-dessus bord pour l’inaugurer à Civitavecchia le 7 juillet 2006, on raconte qu’elle ne s’est pas cassée : un symbole interprété de manière négative comme un mauvais présage. À l’époque de son lancement, le Costa Concordia était le plus grand paquebot marchand italien : il avait été construit par Fincantieri au chantier de Sestri Ponente et avait coûté 450 millions d’euros. Les caractéristiques et les dimensions du navire furent largement diffusées pour souligner son caractère unique : à vide, il pesait l’équivalent de 110 Boeing 747, et la longueur de ses câbles électriques aurait pu couvrir cinq fois et demie la distance entre Rome et Milan. Son pont en teck était aussi grand que deux terrains de football, et les nappes des restaurants du bord auraient pu recouvrir une table de vingt-sept kilomètres de long.


Que s’est-il passé à bord du Concordia ce soir-là ?

« Quand il est devenu évident que le navire prenait l’eau et gîtait sur tribord, tout le monde a tenté de rejoindre les canots de sauvetage sur le pont 3. C’était la panique, et nous avons tous fait de notre mieux pour rétablir l’ordre et le calme. Des gens plongeaient, nous leur lancions des gilets de sauvetage à la mer et nous essayiions d’en remonter d’autres. À un moment donné, j’ai vu un homme sur le pont allumer une cigarette qui, compte tenu de la fuite de carburant, risquait de provoquer un incendie. Je l’ai réprimandé et mis en garde contre le danger, et il m’a répondu : « Fumer m’aide à gérer le stress. » »

Quand avez-vous réalisé que quelque chose de grave se passait ?

« À 21 h 45, parce que le gâteau qui célébrait mon retour à bord après cinq mois est tombé par terre. Au début, nous avons pensé que c’était peut-être une manœuvre ratée par d’un officier ; ça peut arriver en mer. »

Et ensuite ?

« Un autre coup. On a cru avoir touché un haut-fond et, comme on nous l’a appris, la priorité absolue est alors d’éviter la panique parmi les passagers. »

Mais la panique s’est installée…

« Quand les lumières ont commencé à s’éteindre, les gens se sont mis à crier.

Puis les garçons de la blanchisserie, qui se trouve bien au fond du navire, sont remontés à la surface, effrayés car le Concordia prenait l’eau. Jusqu’à ce que le directeur arrive et nous dise de récupérer les livres de comptes et l’argent des caisses. Pour moi ça a été le signe qu’on allait d’abandonner le navire. Au bout d’environ 45 minutes, les sept coups de sirène ont retenti, annonçant que tout le monde devait se rassembler aux points de regroupement. À ce moment-là, la panique s’est vraiment emparée des passagers, d’autant plus que nous pouvions apercevoir les lumières de l’île du Giglio qui étaient tout près. »

De quoi vous souvenez-vous, Katia ?

« Je me souviens d’un journaliste qui a simulé un évanouissement pour être le premier à monter dans le canot de sauvetage ; d’un étranger qui a sauté du canot pour remonter à bord, abandonnant femme et enfants pour aller chercher des papiers ; et de bien d’autres choses absurdes, mais compréhensibles, car dictées par la panique. Au fil du temps, le navire s’est enfoncé de plus en plus, et nous avions fini par former un véritable cordon humain pour rester groupés. »

Et le commandant Schettino ?

« Il était là pour coordonner tous les débarquements. Le navire s’inclinant sur tribord, le plancher est devenu un mur. Le navire ayant complètement coulé du côté affaissé, les demandes qu’a faites De Falco pendant près de deux heures, alors qu’il n’était pas sur place, sont illogiques et inconcevables. »

Qu’est-ce qui était inconcevable ?

« Le navire étant coulé, il était physiquement impossible de remonter à bord, et tout cela me met vraiment en colère car la vérité n’a pas été dite. »

Quelle vérité ?

« Que les responsabilités n’étaient pas celles qui ont été attribuées à Schettino.

Personne n’a jamais dit qu’après quelques semaines, le directeur du RINA (NDLR : l’organisme qui délivre les certifications) avait démissionné parce qu’on avait découvert que les portes avaient été installées à l’envers.

Personne n’a précisé que le mauvais cap n’avait pas été visé par Schettino, mais par son second.

Beaucoup de choses n’ont pas fonctionné, mais il était plus facile de rejeter la faute sur le capitaine.

Il est regrettable que lorsque j’ai évoqué ces faits, on m’ait répondu : « Vous étiez sûrement la maîtresse de Schettino. »

Il a été la cible d’un véritable lynchage médiatique, injuste et injustifié. »

Que faites-vous maintenant, Katia ?

« J’ai pris quelques années de congé car cette histoire m’a profondément marquée.

Je suis arménienne, et c’est pourquoi en raison des injustices que subit mon peuple dans le récit dans l’Histoire des évènements qui l’ont frappé, je ne supporte pas les mensonges. »

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Pour faciliter le suivi de l’affaire CONCORDIA, en ITALIE

une page Commandant SCHETTINO a été créée.
Vous pourrez y retrouver tous les billets de la catégorie du même nom.

Pour des regards différents sur l’accident et ses suites :

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La vérité de Francesco Schettino, selon Gigetto Dattolico

La vérité de Francesco Schettino, selon Gigetto Dattolico

La verità di Francesco Schettino, secondo Gigetto Dattolico

Une vidéo d’Andrea Lombardi publiée le 11 février 2022 sur YouTube

Gigetto Dattolico est la personne qui a passé les derniers mois de liberté de Francesco Schettino à ses côtés, recueillant sa vérité. La version de Schettino, dépeint comme un monstre, n’a jamais été relayée par les grands journaux nationaux et la télévision. Le webmaster de la chaîne ‪@sabatoedomenico‬ qui a publié plusieurs vidéos sur le cas du Costa Concordia sur YouTube a eu l’opportunité d’être aux côtés de Schettino pour l’aider à enregistrer ses souvenirs.

Qu’est-il arrivé au Costa Concordia et quelle est la version de Schettino sur le naufrage ? Schettino s’est-il échappé du navire ? Schettino a-t-il été abandonné par ses officiers ? Schettino a-t-il eu un procès équitable ? Dans cette vidéo, grâce au témoignage de Gigetto Dattolico, nous tentons d’analyser un point de vue différent de celui qui a été racconté jusqu’à présent.



Gigetto Dattolico est la personne qui a passé les derniers mois de liberté de Francesco Schettino à ses côtés, recueillant sa vérité. La version de Schettino, dépeint comme un monstre, n’a jamais été relayée par les grands journaux nationaux et la télévision. Le webmaster de la chaîne ‪@sabatoedomenico‬ qui a publié plusieurs vidéos sur le cas du Costa Concordia sur YouTube a eu l’opportunité d’être aux côtés de Schettino pour l’aider à enregistrer ses souvenirs.

Qu’est-il arrivé au Costa Concordia et quelle est la version de Schettino sur le naufrage ? Schettino s’est-il échappé du navire ? Schettino a-t-il été abandonné par ses officiers ? Schettino a-t-il eu un procès équitable ? Dans cette vidéo, grâce au témoignage de Gigetto Dattolico, nous tentons d’analyser un point de vue différent de celui qui a été racconté jusqu’à présent.

Andrea Lombardi
Vous allez voir une interview de Gigetto Dattolico, un monsieur qui a passé quelques mois aux côtés du commandant Francesco Schettino pour l’aider à enregistrer des vidéos, pour l’aider à enregistrer ses vérités, des vérités qui n’ont jamais été rendues publiques, que vous n’avez jamais pu trouver dans les journaux ni aux informations télévisées, même pas dans les reportages approfondis.
Voilà, nous commençons l’interview. Nous avons rencontré quelques problèmes techniques, c’est pourquoi les qualités audio et vidéo ne sont pas optimales, mais je pense que le contenu est intéressant. Je vous laisse donc avec l’interview et je vous rappelle qu’il s’agit de l’un des épisodes spécialement consacrés au Costa Concordia.
Il y en aura d’autres sur le Costa Concordia et l’affaire du Costa Concordia …

Andrea Lombardi rappelle alors le fonctionnement de YouTube ainsi que la nécessité d’un soutien financier par les auditeurs pour les auteurs de contenus qui vivent comme lui de leurs revenus sur la plateforme.

1:30

Andrea Lombardi
Ce soir, je suis en compagnie de Gigetto Dattolico. Certains d’entre vous connaissent peut-être déjà ses vidéos sur YouTube si l’affaire du Costa Concordia vous intéresse. Il est mon invité, Je lui souhaite la bienvenue sans plus attendre. Gigetto, je tiens d’ailleurs à commencer par vous souhaiter un joyeux anniversaire, car je sais que c’est le vôtre.
Commençons sans plus tarder.
Je vous ai invité car, en janvier dernier, j’ai réalisé une vidéo sur le Costa Concordia pour tenter de racconter des faits qui, peut-être, n’ont pas encore été dits. J’ai ensuite pris contact avec vous après avoir vu plusieurs de vos vidéos sur le sujet. J’aimerais tout d’abord vous demander de nous parler de votre travail concernant le naufrage du Costa Concordia. Je sais que vous avez enregistré des vidéos avec le commandant Francesco Schettino. Comment cela s’est-il passé ?

Gigetto Dattolico
À la suite du procès en première instance qui s’est terminé par une sentence de 16 ans de réclusion, le commandant Schettino a décidé de changer d’équipe de défenseurs et a choisi de nouveaux avocats pour l’appel. Ces nouveaux avocats font appel à moi depuis que la procédure pénale italienne a changé, il y 30 ans. Avec la nouvelle procédure, la défense peut désormais présenter ses arguments. De nombreux avocats se sont alors mis à produire leurs témoignages pour la défense, pour les présenter aux procès. Pour faire bref, j’ai été contacté par les avocats de Schettino pour réaliser des vidéos où il pourrait dire sa vérité. Schettino a passé quatre mois consécutifs chez moi pour qu’il puisse dire tout ce qu’il devait dire officiellement et officieusement.
J’ai donc été mis en contact avec lui pour l’enregistrement de ces vidéos.

AL
Certaines de ces vidéos se trouvent sur votre chaîne YouTube officielle, c’est correct ?

GD
Oui, c’est ça.

AL
Voici la première question que j’aimerais vous poser : j’aimerais comprendre comment le commandant Schettino vous est apparu à ce moment-là. Selon votre expérience, à ce moment précis où il voyait poindre une condamnation imminente comment le commandant Schettino prenait-il cette enquête et ce processus judiciaire ?

GD
Je peux répondre à cette question en vous racontant une anecdote. C’était ici. Nous étions dans ma salle de montage. J’ai trouvé Schettino devant l’ordinateur – Schettino était toujours devant un ordinateur – en train de parler au téléphone.  À l’autre bout du fil, il y avait le capitaine d’un navire qui se trouvait dans un port, en Australie.
C’était son premier embarquement en tant que commandant et il se trouvait dans un port au nord de l’Australie.
Il y avait un vent très fort sur sa route et il ne s’était pas sûr de lui., de ce qu’il lui fallait faire pour en sortir, mais il ne voulait pas faire demi-tour pour échapper à ces conditions météorologiques hostiles, au vent et à la mer.
Il appelé Schettino. Schetti’o était assis à côté de moi et il lui a dit au téléphone, vous savez que vous avez un navire de 40.000 CV, il connaissait super-bien ce port, avec simplicité il lui a expliqué ce qu’il devait faire, il l’a rassuré. Il est resté plus d’une heure au téléphone. Le navire est sorti du port sans problème avec un vent de 60 km/h puis il est arrivé à l’extérieur du port et a commençé sa navigation. Ce jeune capitaine avait  appelé Schettino, et Schettino, qui était assis là, ne voyait rien de ce qui se passait en Australie.
Voilà qui est Schettino, quelqu’un qui connaît la mer comme personne et qui, par conséquent, peut bien être le malheureux responsable dans cet accident de navigation, moi, j’ai en lui une confiance absolue, non seulement en matière de mer, mais aussi en techniques de construction navale et dans bien d’autres domaines.

AL
Voilà donc votre impression pendant que vous enregistriez ces vidéos où il disait sa vérité, une vérité qu’il aurait pu révéler, j’imagine, lors du procès.
À moins que la possibilité de se défendre ne lui ait été bloquée, mais nous reviendrons sur ce problème dans une autre vidéo.
Les médias italiens n’ont pas fait beaucoup de place à cette vérité-là, en fait, on ne l’a pas entendue du tout. Ma question est donc :
Qu’est-ce qui vous a frappé dans ce que vous avez enregistré ? Quels ont été selon vous, les points les plus incroyables si on compare avec le récit que l’on peut trouver en allumant la télévision ou en lisant un journal ?


GD
Écoutez, je ne défends pas aveuglément Schettino.
Schettino, comme commandant, a ses responsabilités.
Ce qui est essentiel dans cette histoire, c’est que je suis convaincu que ce qui est précisément au cœur de l’affaire à entendre Schettino parler de cette route pendant des semaines, des mois.
Il y a eu l’impact, parlons de cet impact, qui a déterminé tout le reste.
Il a dû choisir entre ce qu’il devait faire selon sa conscience et ce qu’il devait faire selon les règles, ce que les Capitaineries et les autres organismes de sauvetage lui demandaient de faire.
Il devait choisir. Il se trouvait face à un dilemme : suivre les règles ou les ignorer. Finalement, son choix s’est porté sur : sauver le plus grand nombre de personnes possible. Il était là, son dilemme.

AL
Mais pourquoi avez-vous déduit de ses paroles qu’il lui fallait choisir entre respecter les règles et sauver des vies ? Est- ce que les règles ne sont pas faites dans le but de sauver le plus grand nombre de personnes possible ?

GD
Je vais commencer par la répondre à la seconde question.
Je souhaite partager avec vous l’expérience du naufrage du Concordia.
Je tiens à préciser que toutes les règles en vigueur cette nuit-là ont été modifiées et que  des règles complètement différentes de celles avec quelles Schettino s’est trouvé contraint de choisir la meilleure voie à suivre s’appliquent depuis le 1er janvier 2014.
Dans ces circonstances, il a toutefois été condamné parce que les règles qu’il a enfreintes étaient les règles en vigueur ; il a donc violé certaines règles et a été condamné pour cela, mais ces règles ont été jugées insuffisantes et inadéquates et remplacées par des règles complètement différentes.

AL
Et cela ne s’est produit qu’après le naufrage du Concordia ; d’une certaine manière, ils ont tiré des leçons de cet accident et ont ensuite adopté de nouvelles règles.
Voici un point qui m’a interpellé en regardant les vidéos que vous avez publiées.
À un moment donné, dans l’une d’elles, vous avez évoqué l’interception téléphonique de la conversation entre deux personnes. Elles parlaient d’un navire qui était censé être testé d’une manière un peu hasardeuse, c’est-à-dire que, malgré la connaissance de certains problèmes, le navire était tout de même mis à l’eau.
De quoi s’agit-il pour ce navire dans cette interception ?

GD
L’interception est le témoignage latéral d’un conflit d’intérêts.
Imaginez que vous alliez passer un examen universitaire et que le professeur chargé de vous examiner reçoive son salaire de vous. Imaginez que ce soit vous qui payiez le professeur qui va vous faire passer l’examen.
Un chantier naval, lorsqu’il construit un navire doit demander une inspection , pour pouvoir le mettre à l’eau et le faire naviguer. Pour cela il fait appel au RINA, un organisme de certification.
Le RINA est payé par Fincantieri et doit aller voir si le navire est bien construit ou mal construit, s’il peut naviguer ou s’il doit retourner au chantier naval.
Il y a donc de l’argent en jeu.
Évidemment, si, par exemple, le RINA ne donne pas son accord, Fincantieri peut en pratiquement lui retirer sa clientèle et faire appel à une autre société pour certifier le navire.
Et donc il y a un énorme conflit d’intérêts où celui qui doit être contrôlé paie celui qui va le contrôler, et cela engendre des catastrophes.
Il s’agit d’une écoute téléphonique de flagrant délit entre un ingénieur et un avocat de Costa Croisières, donc des responsables de Costa Croisières, et non des travailleurs indépendants.
L’avocat demande à l’ingénieur : ” Mais je dois faire cet essai en mer et j’ai une bague qui brûle. Il ne fonctionne qu’avec un seul essieu. Je peux lui donner le feu vert ? ”
C’est ce qu’on les entend dire.
Et après quelques échanges, on entend l’ingénieur répondre que le RINA fait tout ce que veut Fincantieri.
Voilà une écoute téléphonique qui confirme ce que nous savons depuis des années : les organismes de certification sont corrompus puisqu’ils délivrent de faux certificats pour éviter des pertes financières, et c’est ce que le RINA a fait avec le Concordia car à la fin de l’échange l’ingénieur déclare : « Nous allons faire de faux essais en mer, il me semble qu’on avait déjà fait la même chose pour un autre navire, le Concordia. »

AL
D’accord.
C’est cet appel téléphonique que vous avez publié, vous savez d’où il vient ?

GD
Il provient d’une interception faite dans le cadre des enquêtes sur l’accident du Concordia et qui a ensuite été versée aux actes du procès.
13:00
Passons à un sujet complètement différent.
Il s’agit d’une écoute téléphonique effectuée par les Carabiniers, dans le cadre d’une enquête sur le naufrage du Concordia, enquête propulsée par une association qui a brillamment joué son rôle lors du procès.
Codacons a brillamment enfreint les règles dans ce genre d’affaires.
L’association Codacons s’est jointe à la procédure civile, et c’est là le point crucial. Codacons représentait certains proches des victimes. Neuf personnes de plus ont participé au procès. Ils ont fait un travail remarquable pour mettre au jour des vérités cachées.
C’est un document issu du procès, mais j’ignore a pu compter et s’il a eu une influence.

GD
Codacons s’est effectivement joint à la procédure civile en cours, et comme nous l’avons vu dans l’épisode que vous avez visionné avec moi, cela a joué un rôle important sur le plan technique, car Codacons a ensuite mandaté des experts et des techniciens pour réaliser des missions de conseil qui ont abouti à des résultats que je vous ai également présentés lors de l’épisode sur le Concordia.

AL
Mais j’aimerais comprendre de votre point de vue – vous avez côtoyé Schettino pendant des mois, vous avez filmé ces vidéos – quelle a été sa perception de l’événement. Autrement dit, dès l’instant où il a pris le commandement du Concordia, il s’est retrouvé avec un navire dans un état qu’il ignorait.
J’aimerais donc voir, comprendre avec vous, ce que vous avez perçu en étant aux côtés du capitaine et en repensant, comme lui, à ces moments.

GD
Pour vous résumer, il reconstituait les événements qui ont précédé l’incident, depuis sa prise de commandement jusqu’à l’échouement du navire sur les rochers du Scole.
15:00
Il y a un mot qu’il m’a répété plusieurs fois et qui caractérise ces moments-là, c’est  » mutinerie « .
Il considère ce qui s’est passé sur la passerelle comme une mutinerie.
Imaginez, il y a son second aux commandes, Schettino aurait très bien pu ne pas monter sur la passerelle, il n’y était pas obligé. Il n’y avait pas de prévisions météorologiques défavorables, il n’y était pas obligé.
En vérité il aurait très bien pu quitter le restaurant et se retirer dans sa cabine.
Et là, il y a un Premier Officier à la barre, c’est lui qui dévie le navire de sa route, c’est enregistré dans la boite noire.
Il n’active pas les alarmes sonores des équipements qui doivent suivre la navigation. Lorsqu’un navire quitte la route prévue et s’approche trop près de l’île, les alarmes se déclenchent, lui il a baissé le son.

Discutons-en, c’est très simple en fait.
Le premier officier dévie donc le navire de sa route, et quand le commandant Schettino prend le contrôle des commandes, personne ne l’avertit que les officiers  voient la côte se rapprocher sur le radar. Personne ne le prévient en ce qui concerne le Troisième Officier Coronica. Imaginez … imaginez cette demoiselle : le règlement exigeait qu’elle se tienne derrière le timonier pour vérifier qu’il exécutait correctement les manœuvres ordonnées par le commandant au moment de l’impact.
Schettino avait ordonné un virage de 20 degrés à gauche,.
À l’université de Pise, ils ont reconstitué cet événement sous tous ses angles à partir des données de la boîte noire et ils ont constaté et testé que si le timonier avait simplement suivi correctement le dernier ordre, à 20 degrés sur bâbord, le navire aurait évité les rochers ou les aurait touchés seulement par son extrêmité, en les effleurant de l’hélice.
Il n’y aurait eu aucun problème.
Au lieu de ça, le gouvernail au lieu de partir de 20 degrés à gauche va de 20 degrés à droite et le navire est allé percuter le rocher.

Une expertise de Codacons a révélé que quelqu’un avait mis les mains sur le timon. Tout cela s’est passé dans le dos de Schettino parce qu’il était debout devant une vitre et donc devant tous les autres.
Lorsqu’on a interrogé mademoiselle Coronica au procès sur ce qui s’était passé quand quelqu’un avait mis la main sur le timon, Coronica, qui se trouvait derrière le timonier, a invoqué son droit au silence, lequel lui a été accordé parce qu’elle était également accusée dans un procès parallèle de pollution de l’environnement.
Le Troisième Officier refusant de révéler  qui a mis les mains sur le gouvernail et envoyé le navire au contact au monde entier, il semblait que ce soit le Premier Officier qui l’avait fait, n’ayant rien compris à la manœuvre, croyant à tort que la situation était différente, et ait causé le naufrage.
Le Troisième Officier invoque son droit au silence, c’est de le mutinerie caractérisée.

AL
On ne peut rien affirmer,  c’est un justement un aspect obscur de ce qui s’est passé.
D’après ce que je sais, d’après ce que j’ai pu constater, que les étrangers sont aussi méfiants que le gouvernail.

non c’è può proprio per il fatto che questo è un segmento oscuro di ciò che è successo noi possiamo dire quello che conosco da ciò che ho buttato della straniera sono diffidati comune come il timone

20:00
Il y a quelque chose qui me tracasse. Pourquoi ceci n’est-il pas suivi ? Que s’est-il passé sur le pont de commande ?

GD
Malheureusement. C’était important.

AL
C’est l’un des problèmes.
Mais, d’après votre relation avec Schettino, dans sa tête … son cerveau était-il essentiellement frappé par l’incrédulité et la stupéfaction de se retrouver avec un navire dévié de sa route sans que personne ne l’en ait informé ?

GD
C’est là un point important et à mon avis fondamental : le navire devait suivre une route déjà indiquée la veille et entrée dans le programme de navigation.
Donc dès la veille avant le départ la route à suivre semblait claire pour tous. Il y avait un passage rapproché à effectuer, mais il n’y a pas eu passage rapproché à 900 mètres de la côte.
Le waypoint le plus proche indiqué sur la table à cartes se trouvait à 900 mètres.
C’est le point où il fallait commencer les manœuvres pour le passage rapproché, et il semble qu’il ait été dépassé.
Le Premier Officier, alors qu’il était aux commandes, a dépassé ce point et ne l’a pas signalé.
C’est là que le navire a dévié de sa route, les alarmes ne se sont pas déclenchées et le commandant n’a pas été averti.
Le commandant ne disposait pas des données du navire lorsqu’il a aperçu l’écume droit devant.
On ne lui avait pas communiqué les données, c’est pourquoi je parle de mutinerie.
Car même si on est  médiocre en tant que Premier Officier on peut dire : « Commandant, j’ai fait une erreur, le navire est sorti de sa route, qu’est-ce qu’il faut faire ? »
Au lieu de cela, motus et tous les officiers du radar restent muets.
Vous comprenez, sur le radar, vous voyez un cercle qui indique le navire ainsi que la route qu’il doit suivre. Vous les voyez sur le radar. Et si le navire dévie de sa route, et surtout s’il va frôler les rochers, vous le voyez bien à l’avance et les alarmes se déclenchent.

su napoli gialla

Il n’y a rien eu de tout cela.
Je ne dis pas qu’il s’est agi d’une mutinerie, mais l’événement auquel Schettino faisait allusion était bien une mutinerie en tant que situation où les officiers trahissent leur commandant.

AL
C’était donc, selon vous, un moment où il aurait été nécessaire …  – je vous assure que je n’ai pas la moindre idée de la façon de commander un tel navire, ni un beaucoup plus petit, ni même un pédalo d’ailleurs – je me demandais donc simplement si vous étiez au courant et si vous aviez abordé avec lui la question de la nécessité ou la possibilité pour les commandants de connaître directement la position du navire, c’est-à-dire de savoir où il se trouve et dans quelle direction il va.
En clair, n’a-t-il pas également sous les yeux un radar qui pourrait lui donner une idée de la situation pendant qu’il commande le navire ?

GD
Non, le commandant coordonne.
Quand il encadre une manœuvre, le commandant est placé devant tous les autres, placé directement devant une vitre il regarde dehors et toute l’équipe de la passerelle a des fonctions bien précises.
Les officiers sont devant les radars.
Le Troisième Officier est sur carte-papier mais le Premier et le Second Officier sont sur des radars et ce sont eux trois qui ont ce rôle d’informer/de faire remonter au Commandant en cas de déviation de la route ou de quelque autre problème.
Le commandant est devant, il doit faire redescendre la vue d’ensemble du tout qui est la sienne, et sait que derrière lui se trouve une équipe : le Premier, le Second, le Troisième Officier, le Timonier et les Élèves Officiers.

lui non è tenuto e tiene
Il me l’a répété mille fois : si je n’avais pas eu les officiers n’avaient sur le pont/si j’avais été tout seul, j’aurais regardé, j’aurait immédiatement compris ce problème dont ils ne m’ont pas dit un mot.
Andrea Lombardi a consacré une autre vidéo entière à ces 13 secondes

AL
La question qui se pose, et qui découle peut-être aussi de ce qu’on a dit de lui : n’y avait-il pas une raison psychologique ? Schettino est un grand commandant, très exigeant avec ses officiers, il impose la rigueur et exige de grands sacrifices, et pourtant les officiers n’ont pas étés à la hauteur.

GD
Je vous l’explique, bien sûr. C’est quelque chose qu’il faut dénoncer aussi.
Quel est le défaut de Costa Croisières ? C’est qu’ils doivent gratter de partout.
L’équipage indonésien ? Il a été écrit lors du procès que le timonier était peintre sur le bâtiment
(NDS en réponse à une question de Florence : on repeint constamment les navires en acier pour les protéger de l’érosion en mer et on le fait pendant la navigation. Tout ce qui peut être fait en navigation se fait à bord. Ensuite il y a ce qui peut être fait pendant une escale. Le navire n’est mis sur cales pour maintenance en chantier que si on ne peut vraiment pas faire autrement)
 » jusqu’à deux semaines avant cette proposition de poste de timonier « , mais pourquoi lui donnent-ils que 800 dollars par mois ? S’ils embauchent un timonier de Sorrente il aura droit à 3.000 dollars par mois. Voilà, vous savez tout.
À cause de cette course aux économies mal placées, ce qui se passe, c’est que lorsqu’un troisième officier veut gagner plus, au lieu de lui accorder une augmentation, on le nomme second officier pour qu’il gagne un peu plus. Et quand le second officier pense qu’il gagne trop peu ? On le nomme premier officier, pour qu’il gagne plus. Vite et sans lui faire faire l’apprentissage nécessaire.
Avec un tel mécanisme pour économiser de l’argent vous vous retrouvez avec un Premier Officier inexpérimenté, et ce n’est même pas de sa faute : s’il était passé Second Officier deux ans plus tard, peut-être qu’il aurait été un meilleur Premier Officier après sa dernière promotion.

AL
Voilà.
Alors, pour résumer la reconstruction que nous venons de faire, le navire heurte les rochers et se déchire, deux problèmes majeurs se posent : la gestion de l’urgence et la fameuse fuite. Voyons cela étape par étape.
Tout d’abord, que vous a dit Schettino à propos de sa conscience des dégâts subis par le navire ; j’ai lu des reconstitutions, des témoignages, et je comprends, en suivant le déroulement des événements, qu’il n’a pas dû être facile de se rendre compte immédiatement de la situation réelle.

GD
Le capitaine affirme à juste titre que le canot de sauvetage le plus sûr est le navire lui-même.
Autrement dit, si le navire ne coule pas il est inutile de débarquer les passagers, car c’est la meilleure solution.

quello rappresenta lorizio    loro

Il faut donc partir du principe que l’ordre d’abandonner le navire n’est donné qu’en cas d’absolue nécessité. De plus, cet ordre doit être donné lorsque le navire est à l’arrêt, ou mieux encore, s’il peut se déplacer il doit pas être mis en mouvement, car cela compliquerait la mise à l’eau des canots de sauvetage.

AL
Bref, pour autant que vous le sachiez, il lui a été facile de comprendre la situation par la suite, car s’il avait eu au début des problèmes, disons, de communication avec l’équipe de quart, en l’occurrence avec l’équipe qui était censée travailler avec lui sur la passerelle peut-être les choses ont-elles été plus faciles quand il s’est agi de prendre conscience de l’ampleur des dégâts ?
27:06

GD
Non, ça a été terrible.
Des moments horribles.
Dans les actes du procès figurent les témoignages du Directeur des Machines et des Officiers mécaniciens supérieurs, qui n’ont pas signalé au commandant Schettino la situation qu’ils avaient constatée.
On a visionné certaines vidéos d’écoutes téléphoniques de marins du Concordia qui, alors qu’ils parlaient entre eux, étaient enregistrés à leur insu par les Carabiniers. « Les portes étanches ne tenaient pas, l’eau rentrait par là», affirmaient-ils.
Mais personne n’est allé dire au commandant Schettino : « Écoutez commandant, les portes étanches ne tiennent pas. »
Au début, on lui avait même dit que la fuite était à droite et pas à gauche et on ne lui avait pas corrigé la chose après.
Alors, il est encore sous l’effet de tout cet ensemble, c’est là le cœur de cette histoire et c’est à hurler.
Il se voyait seul et essayait de comprendre seul, depuis le pont de commande.
Si vous regardez les vidéos de la boîte noire de ces moments-là, il parle calmement, il essaie de comprendre ce qui se passe car il sait que s’il y a une voie d’eau à gauche et cela implique ce qu’il constate.
Mais il y a des portes dans les différents compartiments, il y a des cloisons qui doivent céder sous le poids de l’eau pour que l’eau puisse se répandre sur toute la largeur de ces compartiments.
Donc le navire s’incline sur la gauche, se redresse et s’incline sur la droite, puis revient sur la gauche ; il reconnaît alors les mouvements qu’il attend.
Il essayait de comprendre si le navire était en état de continuer à flotter ou non, car il savait qu’avec trois compartiments inondés il naviguait et avec cinq il coulait.
Il a compris que le navire finirait par couler parce qu’il ne s’est pas redressé, de nombreux compartiments et de nombreuses portes étanches étaient restées ouverts, et des trous étaient apparus à l’intérieur du navire.
Il a compris que le navire était condamné et qu’à ce moment-là, avec l’élan que le vent qui venait de la terre lui donnait, s’il avait donné l’ordre d’abandonner le navire, le navire aurait coulé par la poupe en quelques minutes (ce qui a également été démontré par des reconstitutions informatiques).
30: 30
Toutes les conneries qui ont pu être dites sur cet abandon du navire !
Il n’a pas pu le faire avant d’être forcé de le faire, je le dis pour ceux qui vous écoutent : il aurait dû faire l’appel nominal des 5.000 personnes.
Votre imaginez ça ? avec le navire qui coule, lui pour rester bien dans le style d’un commandant, à la main la liste avec le nom et le prénom de chaque personne, attendant que chacun réponde présent. Deux appels, il aurait dû faire.
Il lui aurait fallu des heures, ils auraient fini au fond et puis après on lui aurait reproché de l’avoir fait.
Ces deux appels, il s’en fichait. Lui, il voulait savoir si le navire était condamné et comment sauver ses passagers et son équipage.
Après cela, comprenez que s’il avait donné l’ordre d’abandonner le navire, ils seraient tous morts.
Le navire aurait coulé, les canots de sauvetage auraient eu des problèmes que l’on n’évite qu’à navire arrêté et ponts horizontaux. C’était impensable de donner cet ordre.
Tout le monde l’a accusé de ne pas avoir fait ce qu’il ne fallait pas faire : il ne pouvait pas le donner, cet ordre.
Il a dit : l’unique chose à comprendre est que c’était une situation inédite, le genre qu’on étudie en théorie à l’école :  » vous êtes sans propulsion, sans  ordinateur, sans rien, vous avez un navire de 300 m avec les gouvernails bloqués, vous ne pouvez rien faire. Qu’est-ce que vous faite ? « 
31:05
Lui, il a décidé que ce navire ne pouvait pas être abandonné car alors tout le monde mourrait.
Un vrai marin sait cela et il sait, vous comprenez, qu’avec un vent et un élan favorables, il allait arriver près du port du Giglio.
Il l’a dit dans la boîte noire, on entend sa voix dire au Premier Officier : « Voyez, on va finir par y arriver. »
Il leur a dit :  » Ici nous sommes en sécurité  » car il savait que les rochers étaient à 20 mètres sous l’eau et que le Concordia faisait 40 mètres de large. Donc, s’il se couchait sur ces rochers, il descendait de 20 mètres sous l’eau, mais il lui resterait 20 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il ne coulerait pas.
Il l’a dit, c’est dans la boîte noire, et ils ne l’ont pas cru.
Et puis je vais vous dire : 32 personnes sont mortes, ok.
Mais ils étaient 5.000.
Combien ont été sauvés et qui les a sauvés ? Personne ne dit qui les a sauvés.
Pour le dixième anniversaire du naufrage, tout le monde parle, montre les morts, seulement les proches des victimes, les survivants, et la voix de De Falco.
Mais qui a sauvé tous les autres ?

AL
J’aimerais profiter de cette occasion pour vous demander : avez-vous par hasard regardé l’une des reconstitutions de ce dixième anniversaire (il y en a eu tellement) ? Avez-vous vu quelque chose qui vous a particulièrement marqué ?

GD
Écoutez, j’ai vu tous les reportages pour le dixième anniversaire, c’est une vraie cacophonie.
L’image qui me vient toujours à l’esprit quand je vois ces reportages, c’est que les journalistes sont comme un troupeau de moutons, ils racontent tous la même histoire.
Le journalisme d’investigation, c’est tout autre chose.

Alors, en 2012, après le naufrage, le journal télévisé a diffusé un reportage spécial sur TG1 et…
https://youtu.be/bJ4BuSVgtgA?feature=shared
Alessandro Gaeta, un journaliste courageux, Alessandro Gaeta a réalisé le reportage spécial de TG1 en 2012, et lors de ce reportage du 1er juin, il s’est permis d’affirmer que De Falco avait peut-être donné des ordres erronés et que quelqu’un avait peut-être touché au timon.
https://youtu.be/9YWYspZITRQ?si=cSbNBWrHVtEXTOUG
Il s’est rendu à l’Université de Pise, en est revenu avec une simulation des faits et a déclaré que sans cela le navire n’aurait peut-être pas coulé.
Cette révélation aurait dû faire un grand bruit et le distinguer en tant que journaliste d’investigation … nous connaissons la suite : Alessandro Gaeta a été écarté du reportage à TG1 pour avoir dévié du sujet. Il a ensuite été relégué à un poste administratif, il n’a plus rien présenté sur le Concordia.
Voilà l’information en Italie, et pour le dixième anniversaire, les journalistes tous donné le meilleur d’eux-mêmes dans le genre.
Mais personne ne se demande qui a sauvé 5.000 personnes. On compte 32 morts, très bien, mais vraiment veuillez remercier, chercher à savoir qui a sauvé ces 5.000 autres.

AL
Vous savez, ce qui me laisse toujours perplexe, c’est que si j’écoute … ceux qui ont immédiatement déclaré qu’il avait perdu un temps précieux, alors, en reconstituant cettee scène hypothétique où si les instructions avaient été suivies, il y aurait probablement eu davantage de morts, je me pose la question.
Et je vous trouve toujours très … un peu … original/atypique, pour ne pas dire plus, quand je vous entends parler …

Il y eu aussi ce podcast qui est devenu célèbre, sorti cette année mais qui a connu un succès fulgurant. Quand j’entends parler « il dito di Dio/ le doigt de Dieu », ils parlent comme si le Concordia s’était échoué sur ces rochers uniquement à cause du vent.

GD
Bien sûr, sans ce vent, l’histoire n’aurait probablement pas pu finir de la même façon. Mais ce que je veux dire, c’est que c’est un détail insignifiant, c’est-à-dire que c’est absolument sans importance dans la mesure où il a fallu faire des choix, prendre certaines décisions, pour favoriser ce résultat.
Avec des décisions différentes, l’accident aurait probablement eu un bilan différent ; le vent est un phénomène naturel qu’on ne peut pas contrôler, mais, bon sang, la décision de l’exploiter d’une certaine manière est une décision qui revient au commandant et dans notre cas le Commandant, c’était Schettino.

AL
Très bien.
Voici une autre question que j’aimerais vous poser, vous qui avez été en contact étroit avec le commandant pendant un certain temps : quelle a été sa réaction, quel a été son avis sur ce fameux coup de téléphone qui l’a cloué au piloris, dont on a parlé partout dans le monde, dans les journaux et aux informations télévisées ? D’autant plus qu’il a été traduit, je ne sais pas si vous le savez, pratiquement dans toutes les langues.

GD
Le fameux appel téléphonique de De Falco a servi à le crucifier publiquement.
J’en parle au singulier car c’est celui qui a été révélé avec tant de publicité mais il s’agit en réalité d’un appel parmi les autres dans toute une suite d’appels téléphoniques.

AL
De ce point de vue, vous avez une idée de ce que le commandant ressentait ? J’ai entendu plus tard, lors de cet appel téléphonique, De Falco dire : « Maintenant, c’est moi qui commande/adesso comando io. »

GD
Je vais vous répondre en vous parlant de l’audition de De Falco au Sénat, disponible sur YouTube. Elle est publique. Je ne sais pas si vous l’avez déjà vue. https://youtu.be/bqH9mXEtmNs?si=zT__xMgw1QPOKeml
De Falco a interpellé le Sénat, affirmant qu’il était mal traité dans la Marine, puis il a expliqué en détail ce qui s’était passé. Il a insisté pour que la Capitainerie retrouve son fonctionnement normal.
Il s’est opposé à l’Amiral Angrisano, qui était entré dans la Capitainerie juste après lui, aque De Falco était en train de prononcer la fameuse phrase : « Remontez à bord, ##### ! », et leurs regards se sont croisés.
L’Amiral, Commandant de la Capitainerie, lui aurait jeté un regard noir.
De Falco le déclare au Sénat, ce n’est pas moi qui le dis, après quoi on a cessé de le contacter par la radio du service pendant quelques jours.
Lui, devenu un héros national, s’est senti offensé, diffamé, et est allé jusqu’au Sénat pour dire qu’on le traitait mal, et c’est ce qui est enregistré.
Cette commission est sur YouTube, je le dis parce qu’on peut l’entendre, elle est publique.
Alors que De Falco tournait autour du pot sans révéler le véritable motif de sa protestation, le Président de la Commission lui dit : « Commandant, vous devez lui dire ce qui s’est passé. » , car il n’est pas au courant.
Après trois jours de silence, son supérieur, l’Amiral, l’a convoqué dans son bureau.
De Falco s’est présente, et l’amiral lui dit : « De Falco … » Il n’achève pas sa phrase, mais on comprend.
L’Amiral aurait lancé à De Falco : « Si vous m’aviez dit ce que vous avez dit à Schettino, je vous aurais envoyé vous faire voir. » De Falco ne reprononce pas les mots, il mime.
Et le Sénateur qui est à son côté, confirme.
Si Schettino avait été comme De Falco, il l’aurait envoyé promener, car il était traité de tous les noms d’oiseau par quelqu’un qui n’était pas commandant.
De Falco a passé un concours pour entrer dans la Marine après avoir obtenu ses diplômes de Droit, tandis que Schettino, capitaine de navire, a un tout autre profil professionnel.
De Falco lui a donné des ordres absurdes.
Il lui dit de monter à l’échellede corde de proue à droite. Ca faisait une heure que le bateau était sous l’eau, à vingt mètres de profondeur. L’échelle de corde était inaccessible mais il n’avait pas encore compris la scène, ni probablement quelle était sa position actuelle.
39:44
On peut entendre une conversation téléphonique entre Schettino et le commandant Manna, commandant de navire, de la Capitainerie de Rome, le ton est complètement différent.
https://youtu.be/B_BRMLlfzRk?si=R51bNAfcbSJs2l-Y
Ce sont deux commandants. De Falco est un commandant de bureau, un excellent commandant de bureau, mais il reste un commandant de bureau.
Dans ces circonstances, il l’a accusé d’avoir abandonné le navire, il l’a accusé d’avoir abandonné les passagers, il l’a traité comme un moins que rien devant le monde entier, et Schettino ne lui a pas dit d’aller se faire foutre, et a montré ce qu’était une personne bien élevée.
40:30
AL
En fait, cet appel téléphonique a été qualifié de mise en scène théâtrale.
Au-delà de ce qu’on peut en penser par ailleurs, il ne s’agit surtout pas de porter des jugements moraux. Ce n’est pas du tout le sujet.
Mais l’essentiel est de se poser la question suivante : dans une situation d’urgence réelle, et non simulée, vraie, où des personnes ont réellement risqué de mourir et où certaines sont effectivement décédées, il convient de se demander si il était  justifié, si le but de la gestion d’urgence est de perdre du temps sur des choses sans rapport direct avec la situation.
Par exemple dire que l’appel est enregistré, c’est juste se donner une contenance.
Que la personne qui est à l’autre bout du fil soit en faute ou non importe peu.
Quand le service à fournir est de résoudre une urgence, cela paraît pour moins étrange.
Je ne suis pas expert, donc je m’en remets à l’avis des spécialistes de la gestion des urgences, mais cela me paraît un peu étrange.
L’attitude de cette personne ressemble davantage à celle un inquisiteur qu’à celle de quelqu’un qui tente de gérer une situation d’urgence et d’obtenir le meilleur résultat possible.
C’est mon avus, et je pense qu’il est partagée par d’autres, à tel point que cet appel téléphonique a été perçu comme une mise en scène.
Et puis il y a aussi d’autres éléments…
Tout a été dit, notamment à propos de l’échelle de corde, ce qui contredit les propos de De Falco et ne concorde pas non plus avec la fameuse phrase où il dit « maintenant c’est moi qui commande ».
42:00
J’ignore si cela repose sur un fondement formel, ou plutôt, il ne me semble pas que ce soit le cas, c’est-à-dire si le commandant reste le commandant même s’il a abandonné le navire à ce moment-là.
Quoi qu’il en soit, l’accusation la plus infâmante portée contre Francesco Schettino est précisément d’avoir opportunément abandonné le navire pour sauver sa propre peau, sans se soucier des passagers restés à bord, et donc de s’être enfui pour se sauver lui-même, manquant à ce que même les enfants savent comme je le lis dans de nombreux commentaires qui me sont adressés sur YouTube à savoir que le commandant doit être le dernier à abandonner le navire.
Sans aucun doute, c’est pratiquement le cas.
Disons que ce n’est pas exactement le cas, mais c’est presque le cas, ce fait que le commandant devait être le dernier à abandonner le navire.
Mais comment Schettino a-t-il vécu cette accusation, la plus infamante de toutes, certainement aussi à la lumière de …
Le fait est que, comme je l’ai dit dans la vidéo, les choses ne se sont pas passées exactement ainsi, c’est-à-dire que le commandant n’avait pas les mains dans les poches, puisque cette vidéo m’est souvent opposée, on me dit : « Regardez, il y a ce témoignage vidéo qui montre Schettino les mains dans les poches, vaquant à ses occupations, il ne semble avoir aucune difficulté, il ne semble avoir aucun problème particulier, et puis la vidéo se termine là. »
https://youtu.be/6mw2roJ1kv4?si=KhlqQyprYCvHtFUo
et la suite de l’histoire est venue de quelqu’un doté d’une imagination débordante, ou qui a peut-être cru voir quelque chose qui n’existait pas et n’était pas monté dans la chaloupe de sauvetage avec autant de calme que le commandant vivait et percevait la situation.

GD
Je vais vous répondre tout de suite mais je voudrait ajouter rapidement une petite précision : De Falco est intervenu illégalement en tant que sauveteur.
C’est la Capitainerie du Port de Rome, située à 35 km du Giglio qui a la compétence territoriale pour un naufrage sur l’île du Giglio.
Livourne est à 150 km. Livourne n’était pas appropriée.
De Falco est intervenu et n’en a pas demandé l’autorisation. Il l’a lui-même admis lors d’une émission de la RAI. J’ai l’enregistrement. Il le dit clairement : « Je n’aurais pas dû intervenir, mais je suis intervenu parce que je savais comment le faire », comme s’il avait été témoin de naufrages depuis 20 ans.
Alors lui, dans un corps militaire comme celui de la Capitainerie du Port où les règles sont respectées,  il ne les a pas respectées depuis le début, sinon l’histoire aurait été différente car c’est Rome qui aurait géré la situation et en la personne du Commandant Manna, qui dirigeait la Capitainerie du Port de Rome à cette époque.
De Falco, disons, s’est mêlé de tout cela, et je comprends les raisons du scandale.
Figurez-vous que depuis il est devenu sénateur.
N’était-ce pas là un beau tremplin ?
vabbè dove aveva fatto una domanda e dall’abbandono della nave giusto
Bien, vous m’aviez posé une question au sujet de l’abandon du navire ?

AL
Exact.

45:00
GD
C’est venu parce que De Falco a dit à Schettino qu’il l’a abandonné
Mais il y a un fait précis : je ne peux pas vraiment en parler.
Je peux seulement parler des causes de l’accident qui sont ressorties lors du procès, car on ne peut pas affirmer que quelqu’un a commis un acte illégal intentionnellement.
Sinon je vais me faire dénoncer en diffamation.
Voici les faits.
Le navire chavire de 30° sur tribord à 00 h 17. Ce moment important, 00 h 17, il est signalé par le patrouilleur G104.
De Falco, depuis Livourne, avait désigné le patrouilleur G104 comme coordinateur des opérations de sauvetage sur place, il était donc la voix des Garde-Côtes dans la zone où se trouvait le Concordia.
À 00 h 17, le patrouilleur a lancé l’alerte suivante à tous les navires présents dans la zone :  » Attention à tous les navires dans la zone : le Concordia chavire sur tribord !  » et il le répète plusieurs fois.
Qu’est-ce qui est alors arrivé à Schettino ?

Il a toujours soutenu que le navire n’avait pas chaviré. Heing ?

Jusqu’alors, il se trouvait sur le pont 3 du Concordia, à tribord/droite, et avait fait débarquer plus de 4.000 passagers.
Tous ceux qui avaient réussi à atteindre le pont 3, même ceux qui arrivaient depuis l’autre côté.
Tous ceux qui avaient débarqué avec les canots de sauvetage qui faisaient des allers-retours depuis le port.
À 00 h 17, le patrouilleur annonce que le navire chavire dans la même position qu’il a occupé ensuite pendant deux ans.
Donc, nous avons tous vu qu’il se trouvait sur le pont 3.
Personne n’aurait survécu, car le navire s’était immobilisé sur cette position.
À ce moment-là, il y avait le Premier Officier et un Élève-Officier et une chaloupe sauvetage avec 30 ou 40 personnes à bord.
Le navire chavire.
Voilà ce que raconte Schettino.
Et lorsqu’ils réalisent que le navire chavire, le Premier Officier saute à l’eau.
Et ils agissent.
Schettino saute sur le toit de cette chaloupe car le marin doit qui la piloter est dans tous ses états.
Et, tandis le navire s’incline, même les barres des chaloupes sont arrachées.
Alors, il saute, voyez-vous, à cause de la mer et pour son salut.
Il saute seul, a déclaré le commandant.
La chaloupe quitte la zone qui sera plus tard recouverte par le Concordia et il l’amène à l’abri sur les rochers, à 20 mètres de là.
Soudain, le moteur cale et ne veut pas repartir.
C’est ce qu’affirme Schettino.

De Falco prétend qu’il a abandonné le navire, mais aucune vidéo ne montre Schettino au mome’t où il quitte le Concordia.
On ignore s’il a été contraint de sauter ou s’il a quitté le navire de son plein gré.
Il y a deux versions des faits mais ce qui se passe, c’est que lors du procès cet avertissement qui indique que le navire a chaviré à 00 h 17 n’est pas admis dans les actes du procè. Il ne sera pas pris en compte.

Il vous faut maintenant savoir quelque chose concernant la procédure d’appel : la défense cherchait à obtenir le contenu de la boîte noire – toutes ces conversations – car elle met en doute la validité des preuves.
Il lui a été demandé 250.000 euros pour lui remettre ces deux documents.
Codacons a ensuite fait appel et les a obtenus pour quelque chose comme 250 euros.
Autrement dit, ils ont utilisé ce moyen de pression.
La défense ignorait donc l’existence de cette communication, comprenez-vous, et ne pouvait par conséquent pas la produire comme preuve, car elle ignorait qu’elles existaient.

Puis le commandante continue son travail depuis les rochers.
Le navire a chaviré, des passagers sont tombés à l’eau.
Il appelle la Capitainerie du Port et dit : « Regardez, ils tombent !  Envoyez des canots gonflables entre la terre et le navire pour récupérer les passagers tombés à la mer. »
50:00
Cet appel de Schettino à la capitainerie disparaît alors que remontez-à-bord-cazzo ! fait le tour du monde.
Celui-ci disparaît, il n’est pas dans les actes du procès.
Comment voulez-vous que nous sachions ce qu’il s’est passé ?
Parce que, concernant le patrouilleur G104, le sacro-saint patrouilleur G104 : on entend les Garde-Côtes appeler et dire que le commandant Schettino est sur les rochers et qu’il a déjà appelé pour demander l’envoi de canots gonflables, car des gens tombent à la mer du côté tribord, où le navire a chaviré.
Il y a donc une preuve indirecte que cet appel a été passé.
Pensez donc, s’il a appelé pour dire ça et cette audio prouve qu’il l’a fait, cela voudrait dire que le sauveteur peut être tenu pour responsable de la mort des personnes qui tombaient à l’eau pour ne pas les avoir secourues ?
Et donc, cet appel téléphonique n’a pas non plus été inclus dans le procès. Il a été découvert plus tard.

AL
Écoutez, seul un nouveau procès permettra d’établir la vérité sur cette histoire et ensuite, comme pour chaque procès qui, malheureusement, est instrumentalisé par les médias – et celui-ci, pour éviter tout malentendu, s’est directement déroulé dans un théâtre – pour ceux qui l’ignorent, il a littéralement été déplacé dans un théâtre en prévision de l’afflux de centaines de journalistes et de milliers de personnes, ce qui ne s’est finalement pas produit, comme la dernière fois.
Bref, vous souvenez-vous quand j’avais reçu ici le général Tricarico et Gregory Alegi comme invités et qu’ils nous parlaient d’Ustica ?
Même les ingénieurs convoqués ne s’y sont absolument pas intéressés, il n’y en avait pas un seul lors des procès, par contre, un nombre incroyable de livres ont été publiés, des émissions de télévision ont été diffusées, et même aussi des podcasts.
Et comme tout procès médiatisé, cela entraîne malheureusement une série de distorsions incroyables lors des récits.
Malheureusement, jusqu’à il y a quelques années, j’étais convaincu que cela se produisait principalement avec les procès médiatisés.
Malheureusement, je dois dire que ce n’est pas le cas. Hélas, même ceux qui restent confinés chez eux ne semblent pas s’intéresser à ce genre de choses, et nous en reparlerons longuement.
Je veux juste m’arrêter un instant pour répondre en lisant certains commentaires qui défilent sur la droite de l’écran.
Il y a un auditeur, Ros Ulbrich. Que dit-il ?

De toute façon, si ce n’était pas clair, je maintiens que Schettino n’a pas bénéficié d’un procès équitable et qu’il est devenu le bouc émissaire de tout.
Mais je ne voudrais pas que l’on laisse entendre que je dis qu’il n’est absolument responsable de rien.
Je tiens donc à répondre, car j’ai constaté que j’avais soulevé des points que nous aborderons. Ce n’est pas que nous les ignorions, mais c’est l’un des épisodes que nous traiterons. Je ne sais pas, et je ne suis pas…
Ceci n’est pas un tribunal et je ne suis pas un juge. Je ne sais pas si Schettino est totalement innocent à 100%.
Formellement, on ne peut même pas l’accuser d’incompétence ou d’omission.
On peut sans doute lui reprocher quelque chose, je ne sais pas mais j’accepte sereinement cette possibilité.
Certes, la réponse n’est pas le plus important.
Cependant, le plus important n’est pas de savoir si Francesco Schettino, commandant du Concordia, était un héros, un saint, un homme sans tache, ou s’il a, disons, commis des erreurs. C’est aussi possible …
Mais ce que je voudrais essayer de dire, c’est qu’en résumé, je me dois de constater que la réalité pour cette personne, c’est qu’elle a été décrite comme un monstre par l’opinion publique. Ce traitement médiatique excessif entraîne son lot de problèmes et de condamnations, souvent à perpétuité, dont il est finalement très difficile de se sortir ensuite.
Or, c’est faux.
Quelque soit le problème qu’il pourrait avoir commis, que ce problème soit dû à de l’insuffisance, aux instructions ou à des erreur, il n’est pas le monstre qu’on nous a décrit.
Cela me paraît évident et se déduit clairement des documents utilisés pour la réalisation dune autre vidéo que celle de ce soir et plus généralement, d’une analyse objective des faits.
Je pense que cela se comprend assez facilement en prenant conscience que nous n’avons pas affaire à un monstre qui aurait d’abord fait taper un navire avec quatre mille personnes à bord contre des rochers juste pour voir jusqu’où il pouvait aller, et qui se serait ensuite enfui, parce que c’est comme ça qu’on nous l’avait décrit.    

Autrement dit, la description qui en a été faite pour vous faire comprendre la réalité de la situation est la suivante.
Voici un homme qui, commandant un navire avec 4 000 personnes à bord, se dit : « Banzaï ! Voyons voir ce qui se passe si nous passons carrément contre une île. » , puis c’est le fin du monde et il s’enfuit.
Ce n’est pas la réalité, c’est là l’essentiel.

Mais il y a un deuxième point, tout aussi important : il ne me semble pas que cet homme ait même bénéficié d’un procès équitable.
Au-delà de l’image que les médias, les journaux, les chaînes d’information télévisées, etc …, ont dressée de lui, il ne me semble pas que, même lors des procédures judiciaires et pénales, il ait pu bénéficier d’un procès adéquat, qu’il ait pu se défendre et faire connaitre une vérité aussi proche que possible de la réalité.
Voilà donc le point essentiel.
On ne peut pas simplement affirmer, avec quelques vidéos à l’appui, que Schettino est un saint.
Cela ne m’importe pas, je ne pense pas que cela lui importe. je ne pense pas que cela importe à Gigetto non plus, ni probablement à aucune des autres personnes impliquées dans cette affaire.
Mais la justice, à mon avis, c’est autre chose. Je ne sais pas ce que vous en pensez.


GD
C’est très simple : il s’est agi d’un procès avec un seul accusé : le commandant.
Tous les autres Fincantieri, Costa Croisières, le Premier Officier, le Troisième Officier, les autres Officiers et le Timonier ont plaidé coupable et s’en sont tirés avec des peines dérisoires, sans passer un seul jour en prison et après avoir obtenu une réduction de peine.
Ils lui ont donc passé la patate chaude, ils sont tous rentrés chez eux et ils ont concentré tous leurs efforts sur Schettino, le seul accusé.
Vous Imaginez un navire de 300 mètres avec 5.000 personnes à bord !
Schettino ne l’a ni construit, ni certifiée, ni mise en service, il n’a choisi ni choisi le timonier ni l’équipage et il a tout simplement payé pour tout le monde.

Un procès équitable aurait donc dû prévoir que la responsabilité incombe soit au commandant, soit à celui qui était aux commandes, et qu’il en paie le prix en fonction de ses responsabilités.
De fait, sa responsabilité est objective : un commandant est responsable de ce qui se passe à bord.
Par conséquent, la seule condamnation qui aurait dû être prononcée aurait dû être celle-là
Cependant, compte tenu du fait de ” la responsabilité des grands-parents ”, on peut également être condamné, responsables en titre – responsables des actes commis , le commandant est responsable des actes commis, et là il est responsable des erreurs des Officiers.
Il aurait simplement fallu reconnaître que ceux qui sont responsables d’avoir amené le navire sur Le Scole sont le Premier Officier et le Timonier. 
Et puis Schettino eu une condamnation de 16 ans de prison.
Mais le Premier Officier en aurait eu aussi, et si vous devez vous prendre de la prison, vous réfléchissez aussi.
Nous sommes allés à Jakarta pour rechercher le Timonier indonésien.
Sa résidence en Italie est sa résidence officielle, dans les bureaux de Costa Concordia à Gênes.
Imaginez que je veuille lui demander à Rusli Bin de m’accorder une interview.
Je dois me rendre à Costa Crociere et dire : « Pourriez-vous transmettre cette demande ? » Il a des idées concernant ces documents manquants.
Il aurait simplement pu bénéficier d’un procès équitable, sans faux témoignages, sans mensonges.
Vous êtes le capitaine, vous paierez, mais l’équipe des Officiers paiera.
Celui qui a utilisé la fausse Audio paiera.
Celui qui l’a construite paiera, avec ses générateurs de courant et son générateur de secours.
Le projet avait été bâclé, et après que le RINA ait fait le test, ils n’ont pas fonctionné, les portes sont restées ouvertes, y compris celles de l’ascenseur, neuf personnes y sont mortes et le gouvernail ainsi que les bras des grues des chaloupes de sauvetage ne répondaient plus.
59:00
Ce genérateur de secours, qui sera la onzième panne et donc plutôt intéressante, n’a pas fonctionné à cause d’un défaut de conception. Il n’aurait pas pu fonctionner même si quelqu’un avait dit à Fincantieri ce qu’il avait fabriqué et au RINA ce qu’il avait certifié.
Les tests sont une source d’anecdotes sans fin.
Au procès, on n’a pas réussi à voir le procès-verbal de Costa Croisières.
Les responsables de Codacon étaient furieux.
Fincantieri et Costa Croisières s’y sont opposés parce que le nom de la personne qui avait testé le générateur aurait dû être mentionnée dans le rapport.
Elle aurait dû signer comme quoi elle reconnaissait s’être trompée.

Celui qui a installé le générateur n’était pas là.
Ce générateur qui n’a pas fonctionné plus a causé de la mort de neuf personnes dans un ascenseur et d’autres dégâts terribles et personne n’a été condamné.





Cependant, un procès équitable aurait examiné toutes les preuves, même celles qui étaient en sa faveur, et aurait déterminé les responsabilités de chacun. Il aurait fallu condamner tout le monde et prévoir une peine plus lourde, pas seulement pour Schettino.
Schettino mérite vraiment une autre chance.
Un procès équitable aurait examiné toutes les preuves, y compris celles qui étaient en sa faveur, et aurait déterminé les responsabilités de chacun, condamnant tous les accusés et incarcéré pas seulement Schettino.

AL
Je suis d’accord.
Je suis d’accord avec vous.

Andrea Lombardi remercie Gigetto Dattolico,
Lui renouvelle ses vœux de bon anniversaire,
Affiche le lien du canal de Gigetto où l’on peut consulter les vidéos que celui-ci a publiées,
Consulte les réactions du public car cette vidéo, tournée par les deux hommes en distanciel a été diffusée en temps réel et de nombreux usagers de YouTube s’étaient connectés pour faire part de leurs réactions en temps direct.
Il annonce qu’il prévoit de tourner d’autres vidéos sur la cas du Concordia et conclut :

Selon moi, il s’agit d’une affaire particulièrement importante, qui doit être traitée correctement et doit absolument être approfondie.
D’une part, malgré le peu de moyens dont je dispose, et bien que ces moyens soient très modestes, il est nécessaire de réhabiliter, ne serait-ce que partiellement, l’image ternie d’une personne qui a été condamnée.
Il a peut-être eu une part de responsabilité, mais pas celle que les médias lui ont imputée, ce qui a constitué une condamnation injuste et odieuse de plus.

Et, point tout aussi important, voire plus encore, j’ai envie de dire,que ceux qui m’écoutent, les Italiens en général – tous les Italiens – doivent tous nous expliquer ce qu’est la justice, comment elle fonctionne en Italie, comment fonctionne le journalisme et comment fonctionne le compte-rendu de la réalité.

Parce que malheureusement, dans ces domaines,  » les italiens comprennent les italiens « .
Parce que l’Italie a un problème, disons plus important de ce point de vue que d’autres pays. Cela les concerne plus ou moins tous, mais ici en particulier, on ne le comprend que quand on se retrouve englué dedans.

Autrement dit, parler d’injustice et de procès non équitable quand cela concerne d’autres personnes, de loin, en regardant d’un œil et écoutant d’une oreille, c’est une chose ; se retrouver soi-même impliqué, c’en est une autre.
Eh bien, je préférerais éviter que quiconque ait à se retrouver impliqué pour comprendre la situation.

Merci également à tous ceux qui nous écoutent. Je vois que, pour résumer, tous les commentaires de ceux qui nous ont suivis jusqu’à présent, est-ce que notre Justice  fonctionne ? non. En fait, non. Vous avez raison.

Alors, eh bien, voilà. Vous voyez, il y a une autre chose qui me fait toujours beaucoup rire : de temps en temps, les gens écrivent, etc … Mais dans ce cas précis, j’en vois 45 peut-être qui ont suivi et qui me donnent tort.
Il n’y a pas grand chose à répondre : si vous voulez étudier le cas, partez à la recherche de quelqu’un pour qui ça a mal tourné et allez le voir chez lui pour vous rendre compte un peu de tout ce nous avons dit.

Merci encore à Gigetto. Merci à tous.

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Schettino et la construction du bouc émissaire

Le cas de Schettino et la construction du bouc émissaire

Il caso Schettino e la costruzione del capro espiatorio

Douze ans après le naufrage du Costa Concordia, l’ancien commandant purge une peine de seize ans de prison à Rebibbia. Mais de nombreuses questions et réflexions subsistent quant au procès largement médiatisé. Dans son livre, Maurizio Catino évoque parle du bouc émissaire qui, selon lui, n’est pas totalement extérieur à l’évènement. Il y est certainement pour quelque chose, mais par commodité, on lui impute également la responsabilité des autres.

Un article publié le 13 Janvier 2024 par Valentina Marsella sur Il Giornale Popolare

Grosseto – Douze ans se sont écoulés depuis le 13 janvier 2012, date du naufrage du Costa Concordia, paquebot de croisière qui transportait plus de 4.000 passagers, membres d’équipage et personnel hôtelier, qui a fait 32 victimes. Mais qu’est-il advenu de Francesco Schettino, l’ancien capitaine considéré jugé en tant que principal responsable de ce tragique naufrage ? En 2015, il a été condamné à seize ans de prison pour son rôle dans l’accident. Il a commencé à purger sa peine en 2017 après avoir épuisé tous ses recours. Il est actuellement incarcéré à la prison de Rebibbia à Rome, où il suit des cours universitaires. Il pourrait bientôt être libéré et « apporter sa contribution aux institutions » en numérisant certains des grands procès qui jalonnent l’histoire de notre Pays et les préservant de l’oubli.

La direction de la prison a émis une nouvelle demande pour Schettino qui effectue depuis des années des travaux d’intérêt général au sein de la prison romaine.

Il s’agit de scanner les archives du procès d’Ustica, depuis un bureau de la Bibliothèque Nationale. Schettino a en effet atteint le délai qui lui permet de bénéficier de mesures alternatives : ayant purgé près de la moitié de sa peine, il pourrait ainsi prétendre aux aménagements de ses conditions actuelles de détention prévus par la Loi.

Ce type d’activité, confiée à des détenus méritants et capables, pour numériser des témoignages et des documents judiciaires essentiels datant de plusieurs décennies, est déjà pratiquée depuis un certain temps dans d’autres conditions par des détenus qui travaillent dans un environnement vidéo-surveillé au sein de la prison et numérisent les actes qui composent les dossiers dans l’ordre précis où ils les trouvent, sous la supervision constante d’archivistes-formateurs.


Mais de quoi Schettino était-il accusé ? Les opérations de sauvetage des passagers du Costa Concordia ont commencé tardivement parce que, pendant une heure, sur la passerelle, répondant aux questions de la Capitainerie du Port, le commandant et ses officiers ont nié la gravité de l’accident, n’ont pas lancé l’appel de détresse et ont minimisé la situation, évoquant une simple panne technique, un black-out électrique. Or, le Concordia était déjà incliné sur un flanc, avec une brèche de 70 mètres dans sa coque. Aujourd’hui, Schettino jure qu’il n’a pas oubliées les 32 victimes du naufrage.


Pour cette raison, l’ancien capitaine a été immédiatement arrêté, puis ensuite relâché. L’enquête du parquet de Grosseto visait à établir les faits, les responsabilités, les négligences et les omissions. La version présentée n’a pas  convaincu les magistrats et a été démentie par les enregistrements de la boîte noire et des conversations sur la passerelle. Des témoins apportèrent également une version différente. Pour Schettino, l’accusation la plus infâmante était celle d’avoir abandonné le navire, cette fuite vers les rochers pour se mettre en sûreté alors que tant de vies, trop de vies, restaient à bord.

Il a eu sans aucun doute un procès médiatique, presque un procès d’État. Maurizio Catino a récemment publié un livre sur le lynchage médiatique du capitaine « lâche ». Le titre est emblématique : « Trovare il colpevole. La costruzione del capro espiatorio nelle organizzazioni/Trouver le coupable : la construction du bouc émissaire dans les organisations », paru en 2022.
https://www.amazon.fr/Trovare-colpevole-costruzione-espiatorio-organizzazioni/dp/8815295909
Selon ce Professeur de Sociologie des Organisations de l’Université de Milan-Bicocca, les accidents complexes comme celui du Costa Concordia ne pas peuvent être attribués exclusivement à une erreur humaine : « Même si elle est présente, l‘erreur humaine n’est pas l’explication, mais plutôt ce qui doit être expliqué », souligne Catino. « Autrement dit, il est nécessaire de faire des analyses plus complexes pour mettre en lumière les faiblesses structurelles du système. L’accident et la gestion de l’urgence ont révélé une série de problèmes critiques et, de ce fait, ont eu pour conséqurnce de déplacer les poursuites persécutrices vers le commandant du navire. »

Dans l’affaire du Concordia, le bouc émissaire désigné a été sans conteste Francesco Schettino. Le commandant a ses responsabilités, soyons clairs, mais Schettino a également payé le prix fort pour d’autres qui avaient également leurs responsabilités, affirme Catino : « Le bouc émissaire d’une organisation n’est pas quelqu’un de complétement étranger à l’événement : il y était certainement impliqué, mais par commodité, on l’a aussi accusé des fautes d’autrui. Je maintiens que, dans le naufrage du Costa Concordia, il y a eu une convergence d’intérêts, peut-être même involontaire. Ce n’était pas prémédité, mais chacun, poursuivant ses propres intérêts individuels, a contribué à la construction du bouc émissaire. »

De plus, dans son livre, le professeur explique que le naufrage a été considéré comme un incident isolé, et non comme l’issue inattendue mais prévisible d’une pratique aussi dangereuse que celle de l’inchino/la révérence. Comme si l’événement avait quelque chose d’un éclair dans un ciel bleu, provoqué par la folie soudaine d’un capitaine qui avait une biographie brillante, au point davoir été honnoré d’un billet élogieux sur le site web de la compagnie le jour même de l‘accident. Il s’agissait au contraire d’une « surprise prévisible », d’une catastrophe annoncée qui couvait depuis longtemps. Ce n’était pas simplement une question d’erreurs et de défaillance individuels. De tels événements ont été favorisés à la fois par des faiblesses organisationnelles et par la sous-estimation des risques par les contrôleurs et les régulateurs.

Du reste, la recherche d’un coupable à donner en pâture à l’opinion publique accompagne toute l‘histoire de l’humanité depuis l’affaire Dreyfus, et témoigne d’un besoin humain quasi atavique de trouver des réponses immédiates à des problèmes complexes et, plus précisément, de justifier ce qui représente un mal en rejetant la responsabilité sur les actes irresponsables d’un individu ou d’un groupe de personnes le plus souvent décrits comme très éloignés du modèle de comportement acceptable par la société. L’histoire du commandant Schettino illustre cette tendance typiquement italienne à « faire la une des journaux avec un monstre » avant même que des preuves de sa culpabilité ne soient connues, dans le seul but de spectaculariser la nouvelle, de l’enrichir de détails souvent inutiles à l’enquête mais décisifs pour orienter l’opinion publique.

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De la honte à la rédemption

De la honte à la rédemption, voici pourquoi c’est le plus grand roman italien.

Dalla vergogna al riscatto, ecco perché è il vero grande romanzo italiano

https://www.cislscuola.it/news/dettaglio/article/dalla-vergogna-al-riscatto-ecco-perche-e-il-vero-grande-romanzo-italiano/

Un article de Gabriele Romagnoli paru le 24 juillet 2014 sur le journal La Reppublica ainsi que sur le site syndical scolaire CISLscuola .

https://www.cislscuola.it/uploads/media/romagnoli_24072014.pdf

Un navire arrive chargé de … de peurs et d’espoirs, d’existences effacées et de vies nouvelles, de honte et de rédemption, de stupidité et d’intelligence, de miroirs et de trous noirs. Gabriele Romagnoli (La Repubblica, 24 juillet 2014) voit dans les événements du Costa Concordia le fil conducteur d’une histoire universelle qui se déroule « entre la grandeur et la misère, la tragédie et le ridicule, la vie et la mort ».

L’histoire du Costa Concordia, qui a coulé au large de l’île de Giglio le 13 janvier 2012 et a repris la mer hier pour son dernier voyage, est le grand roman populaire italien qu’aucun auteur n’a pu ou n’a voulu écrire, faute d’imagination et par excès de narcissisme. Pourtant, cette métaphore de la renaissance, cette boîte de Pandore, est aussi liée à notre propre nombril : il suffit de le regarder et de nous regarder, mais sans l’alourdir de trop d’allégories, de peur qu’il ne replonge.

La nuit du naufrage redéfinit les frontières de la tragédie, du moins pour ceux qui l’imaginent sans la vivre. Dans sa représentation, elle est enveloppée d’un mystère épique. L’avion malaisien a disparu sans laisser de traces. Le train espagnol a explosé, déchiré par des explosifs terroristes. Le navire italien a coulé à pic devant la côte en effectuant un inchino/une révérence, un mot et un geste associés à la comédie, jamais au drame. Et pourtant c’est ainsi, les chemins qui conduisent à la fin sont divers et pervers : un jeune Kennedy meurt dans la chute de son d’avion après une mauvaise manœuvre, un autre meurt en se cognant la tête contre un arbre en jouant au rugby dans la neige. C’est  toujours la tempête lorsque l’électroencéphalogramme du capitaine devient complètement plat.

Cetre histoire est, comme nulle autre, une histoire de honte individuelle et nationale. C’est la création d’un personnage-type : Arlequin, Polichinelle, Schettino. Un objet de comparaison constamment associé, à tort ou à raison, à des personnalités de la vie publique. Le capitaine qui fuit devient le symbole d’une propagande anti-italienne qui, à une époque, montrait des spaghettis avec un fusil en couverture du Der Spiegel et voit maintenant l’image idéale servie sur un plateau d’argent. À la lâcheté s’ajoute le manque de modestie (« J’ai trébuché dans la chaloupe ») et la moquerie finale lorsque, le 27 février, il « remonte – enfin – à bord » pour une inspection des lieux, prend un selfie avec le gilet de sauvetage de Cassano et répond avec arrogance aux questions des journalistes : « Vous n’y avez rien compris ! » Un rédacteur américain, visionnant cette vidéo, m’a dit : « En dehors de Berlusconi, c’est ce type qui vous a fait le plus grand tort ! »

Nick Sloane, ce cow-boy des mers venu d’Afrique du Sud pour renflouer le Concordia, peut redresser un navire, mais pas une réputation. Toute la formidable équipe internationale qui a travaillé avec lui, le plongeur espagnol qui a péri sous l’épave, l’excellence italienne, pour une fois digne dirigée par le chef de la Protection Civile, Franco Gabrielli, ont chacun leur propre histoire. Mais ce sont d’autres chapitres de la même histoire : ils ne la réparent pas, ils s’y ajoutent. Interpréter le renflouement de l’épave comme une prophétie optimiste était exagéré. C’est simplement la dure réalité : il suffit d’une seule personne inexpérimentée pour causer d’immenses dégâts ; il faut des dizaines d’hommes compétents pour accomplir une modeste tâche sensée.

Ce navire coulé est un catalyseur, un carrefour de destins et un microcosme où se croisent la vie et la mort. En l’occurrence : en inversant l’ordre chronologique. Lors de l’audience du 29 avril, l’assistance a écouté avec émotion le récit de la disparition de la petite Dayana, engloutie par un puits, et de son père William qui s’est séparé de sa compagne Michela pour tenter de la sauver avant de périr lui aussi. Hier, les réactions ont été fort différentes à l’annonce de la naissance en août prochain du petit Filippo, en août, par Simon et Virginia qui s’étaient rapprochés lors des opérations de sauvetage du Giglio. Dans une nouvelle extraite de son « Carnet rouge », l’écrivain américain Paul Auster raconte comment son ex-femme jette une pièce de monnaie par la fenêtre à leur enfant alors qu’il vient le chercher pour l’emmener au stade. Elle la lui lance pour qu’il s’achète une glace, mais elle rebondit sur une branche et disparaît. Arrivés au stade, père et fils font la queue pour les glaces et aperçoivent la pièce par terre. Quiconque croit aux miracles de la providence pensera que c’est la même pièce. Et que Dayana revit un peu en Filippo.

Le Concordia vous place devant de grandes questions universelles et ne vous donne pas de réponse, comme lorsqu’on a retrouvé le corps de l’indien Russell Rebello, à ce moment précis nous avons accepté le caractère miraculeuse de la chose et que nous nous sommes sentis apaisés en écoutant la nouvelle : le tout est comme une somme algébrique qui donnerait infiniment zéro.

Il y a eu des moments d’avidité et de bêtise extrême, des arnaques aux demandes de remboursement, des dérobades devant les responsabilités, des soif de notoriété. Et tout autant de moments de tendresse, de lucidité, de sens du devoir et de la justice. C’est une histoire qui, pourtant, revient toujours à la réalité suivant le destin perpétuel de l’anéantissement de toute matière. Il y a eu un moment bouleversant hier, lorsque le pavillon bleu marin orné d’un P (papa) a été hissé, signifiant « tout le monde à bord, nous allons lever l’ancre ». Si nous avons jamais vu un vaisceau fantôme, c’était bien à ce moment-là. Il est revenu du bas-fond infâmant où il était tombé, s’est relevé et est reparti, nous rappelant que rien n’est joué d’avance : même les épaves peuvent parcourir un long chemin s’il y a quelqu’un de capable de les accompagner. Sous nos yeux, tout le monde, sangdious, est remonté à bord : les survivants et les disparus, les lâches et les courageux, les intègres et les malhonnêtes. Ce dernier voyage est extraordinaire car il représente une rupture avec la résignation sans autre but d’une conclusion plus convenable. Il nous enseigne que même la décence est un exercice de volonté. Pendant deux ans et demi, face à cette carcasse, aux mouches qui bourdonnaient autour, à la puanteur qu’elle exhalait, nous avions éprouvé une nausée qui, même aujourd’hui en le voyant prendre la mer, ne s’atténue pas.

Le grand roman italien du Concordia est, hélas, une histoire universelle, capable de mettre en scène la réalité et, de ce fait, nous ne pouvons pas nous en détacher. Il nous remet à tous nos billets de passagers et nous dit que ce n’est qu’au plus profond de la nuit que nous saurons si nous sommes Schettino, un marin courageux, ou plus simplement une victime. Jusque-là, nous naviguions à vue, avec notre bagage de suppositions, conscients que chaque frontière entre la misère et la grandeur, la tragédie et le ridicule, la vie et la mort, est une ligne tracés au crayon sur une carte où nous ne voyons qu’un tout petit rectangle de l’océan, et c’est justement ce qui nous le rend inconcevable.

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2 Commentaires

C’était ma faute, mais …

http://www.mastermariners.org.nz/

C’était ma faute mais …

Le malheureux Commandant du Costa Concordia Francesco Schettino explique comment des ratés de communication au sein d’une équipe ont pu couler un paquebot de croisière.

un article du 12 novembre 2015 qui a été publié récemment (NDS : à l’époque) par LLOYD’S LIST.

Cela soulève de graves questions tels que la formation, les équipages multinationaux, la conception et la normalisation des passerelles et de l’équipement des passerelles, l’équipe de gestion des passerelles, dont certains éléments qui pourraient en comprendre très peu sur la manœuvrabilité des navires et l’utilisation d’un marin à la barre alors que les pilotes automatiques modernes et l’ECDIS devraient remplacer cette méthode obsolète et antique de pilotage sur un navire moderne.

Comment un bateau de croisière moderne a-t-il pu se retrouver sans rien ni personne aux commandes pendant environ cinq minutes alors qu’il se dirigeait droit vers des rochers connus et cartographiés dans une nuit noire ? (NDS : le sud de l’île du Giglio finalement)

Et quand ces rochers se sont profilés dans l’obscurité, comment se fait-il que les ordres pressants de son commandant aient été contredits et ensuite prétendument mal compris par un timonier qui ne comprenait pas parfaitement l’anglais, la langue de la mer, ni l’italien, la langue maternelle des officiers du navire ?

Les résultats ont été désastreux et ont entraîné directement la mort de 32 passagers et membres de l’équipage du Costa Concordia dans la soirée du vendredi 13 janvier 2012 au large de l’île Italienne du Giglio.

La faute en a été attribuée uniquement à la personne du Commandant du navire, mais Francesco Schettino se défend maintenant.

Le malheureux marin de 54 ans risque maintenant une peine de 16 ans d’emprisonnement pour l’homicide involontaire des 32 personnes décédées. Mais que l’on pense ou non qu’il était un arrogant et fringuant capitaine, la gestion de la passerelle et les procédures de navigation du navire soulèvent des questions sérieuses qui suscitent des inquiétudes dans le secteur des transports maritimes. Des questions qui ont déjà été posées quand se sont produites d’autres catastrophes récentes et auxquelles il n’a pas encore été répondu.

Schettino décrit son long procès public, qui s’est terminé cet été, comme une parodie. Non pas parce qu’il a été reconnu coupable – il dit qu’il accepte sa responsabilité pour l’accident et ses conséquences en tant que capitaine de navire – mais parce que les détails réels qui sont derrière la cause de l’accident étaient trop techniques pour que le tribunal puisse les comprendre.

« Tous les avocats qui se sont succédé n’ont pas su exposer les problèmes nautiques qui ont conduit à l’accident », a-t-il confié à Lloyd’s List au cours d’une conversation téléphonique tard dans la nuit, un jour plus tard, s’entretenant avec son avocat alors qu’il se préparait à faire appel.

« Je ne blâme pas ces gens, a-t-il déclaré, mais c’est un problème nautique, et il n’est pas facile pour un juge civil d’assimiler et de comprendre ». Il ajoute que ni la défense ni l’accusation ne disposaient d’experts en technologie maritime, en construction de navires, en gestion des passerelles et en navigation.

La persécution de Schettino par la presse Italienne et internationale a été implacable et ses tentatives pour expliquer les événements de cette soirée fatale qui ont conduit au désastre et à la mort ont été largement décrites comme une lâche tentative de rejeter le blâme et de s’exonérer.

Mais qu’est-ce qu’il essaie de nous dire ? La Première Cour et la presse internationale n’ont par conséquent pas pris en compte l’ensemble des conseils de l’industrie en ce qui concerne l’utilisation des cartes électroniques et l’application du code international de la gestion de la sécurité.

Cependant, alors que Schettino veut expliquer son histoire dans un contexte plus calme, sa version est déjà en contradiction avec celle des autres membres de l’équipe de navigation qui étaient sur le pont cette nuit-là et qui ont tous pu éviter les peines de prison en acceptant de négocier leurs peines. La demande de Schettino de négocier sa peine a été rejetée.

Costa Croisières, l’armateur de Carnival Corporation, a également évité d’être mis au banc des accusés en acceptant de payer une amende, laissant ainsi Schettino seul. C’est une chose que Schettino dit comprendre, appelant cela « une tactique commerciale » et ajoutant qu’il ne cherche pas à attaquer son ancien employeur. Mais il souligne aussi le fait que ce n’était ni sa décision d’employer les jeunes officiers de passerelle qui formaient son équipe de navigation, ni son choix pour le matériel de passerelle qu’ils utilisaient, eux et lui.

Il faisait partie de son travail, cependant, de leur dire comment le matériel pouvait être utilisé.

Cependant, ce qui interpelle, et sera un appel à la prise de conscience pour beaucoup dans l’industrie nautique, c’est le support croissant dont Schettino bénéficie, et les questions fondamentales qui se posent sur les pratiques des passerelles modernes.

Selon les experts en sécurité tels que Arne Sagen, l’inspecteur norvégien des accidents de la Fondation Skagerrak, les problèmes de passerelle et de navigation soulevés par Schettino pour sa défense doivent être étudiés. Par le passé, M. Sagen a insisté avec véhémence sur le fait que des normes de gestion laxistes et l’utilisation des technologies modernes sont en train de devenir un cocktail dangereux. De même, un rapport d’Antonio Di Lieto du Collège Maritime Australien de l’Université de Tasmanie met également en évidence les défaillances institutionnelles qui ont conduit à l’échouement du Costa Concordia.

De même qu’il montre montre que Schettino a quelque chose à reprocher, il conforte l’idée qu’il ne devrait pas être le seul à essuyer des reproches. En bref, comment se fait-il qu’un navire assez récent doté d’une équipe à la passerelle supposément compétente et du dernier équipement de navigation électronique s’est retrouvé hors de position (NDS : et carrément hors de route), sans que l’équipe de passerelle ne s’en rende compte?

Pourquoi l’équipe d’officiers n’a-t-elle pas eu à appliquer des procédures qui déterminent clairement, lorsque le capitaine est arrivé en passerelle, s’il avait pris le commandement de la navigation ou pas ? Et pourquoi la société avait-elle, à ce qu’elle prétend, un membre d’équipage/timonier indonésien qui ne connaissait ni l’anglais ni l’italien de manière suffisante pour comprendre les commandes de gouverne ?

Ce sont les propres mots de Schettino, il demande : qu’est-ce qui s’est passé avant que le navire cogne le rocher ?

Schettino veut que sa version des événements qui ont conduit à l’échouement du Costa Concordia soit entendue sans que les médias ne poussent continuellement au lynchage de la caricature médiatique qu’ils ont créée. Il a écrit un livre en italien pour tenter de faire passer ce message. Il insiste sur le fait qu’il n’est pas un « capitaine autoritaire », quelqu’un qui hurle des ordres et ne permet pas qu’on en discute. Il a également insisté sur le fait que, lorsqu’il s’était rendu sur la passerelle cette nuit-là, ce n’était pas pour y commander l’équipe de passerelle, mais pour saluer personnellement l’île du Giglio au passage du navire, comme il l’avait déjà fait auparavant et ce pour quoi il a été accusé d’être « quelqu’un qui aime se montrer ».

Lorsqu’on lui demande pourquoi aucun des officiers de quart ne lui a demandé de prendre le commandement de la passerelle alors qu’il y avait apparemment un problème, Schettino est incapable de répondre. « Ils n’avaient pas de mauvaises nouvelles à me donner », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il avait quitté l’équipe de passerelle qui devait s’occuper de faire la navigation par elle-même, pensant que tout allait bien. Il n’était, dit-il, pas responsable de la navigation jusqu’à ce qu’il dise clairement qu’il l’était (NDS : « Master takes the conn !/Le Commandant prend le commandement! »). Cependant, il semblerait que l’officier supérieur sur la passerelle, qui était responsable de l’équipe de passerelle, pensait que si, il l’était.

Cela signifie, et Schettino admet ce fait, qu’il y a eu une fenêtre de trois à cinq minutes où personne ne s’est plus occupé de la navigation et pendant lesquelles le Costa Concordia a poursuivi son approche rapide des rochers de l’île du Giglio nommés Le Scole.

« C’était ma faute. Je suis allé en passerelle pour saluer l’île. Je n’avais jamais prévu de prendre le commandement. Selon le plan de passage, nous aurions dû être à un demi-mille marin des rochers. Je ne peux pas blâmer, j’assume ma responsabilité, mais je dirigeais une équipe de passerelle qui n’était pas formée comme il faut. »

Et c’est un thème commun quand Schettino parle. Il assume sa responsabilité (NDS : lui qui est le plus ancien dans le grade le plus élevé à bord), mais il pense également que les officiers ne maîtrisaient pas les ECDIS. ECDIS, le système d’affichage des cartes électroniques et d’information, est une technologie obligatoire sur tous les navires à passagers et son déploiement est en train de s’étendre lentement à l’ensemble de la flotte marchande du monde. Bientôt, tous les navires auront au moins un système à bord et les propriétaires et les gestionnaires devront s’assurer que les officiers de navigation sont correctement formés à son/leur utilisation.

Il existe des critiques bien connues sur la gamme des différents systèmes ECDIS, avec différentes fonctionnalités, d’où la nécessité d’une formation adéquate.

Schettino dit que les officiers de passerelle devaient suivre une formation en utilisant des ECDIS à bord à bord plutôt qu’une formation à terre. Cependant, il y a aussi l’accusation selon laquelle les ECDIS sur le Costa Concordia n’auraient pas dû être utilisés en ECDIS, parce que les cartes nautiques qui y étaient installées n’étaient pas appropriées à la navigation.

En bref, un ECDIS est un ECDIS s’il contient ce que l’on appelle une carte électronique « vectorielle » contenant des ensembles de données permettant un interrogatoire plus détaillé par un officier (NDS : on peut zoomer sans perdre de netteté ; mieux, de nouveaux symboles apparaissent à l’agrandissement, un exemple au hasard un troisième écueil plus petit que le deux autres) . La carte « raster » (carte-papier scannée et numérisée) que le système du Costa Concordia contenait ne pouvait pas être utilisé comme source principale de navigation et, à strictement parler, ce système ne devrait pas être appelé un ECDIS.

Pourtant, selon les propres termes de Schettino, il avait laissé l’équipe de passerelle utiliser systématiquement le système de cartographie électronique :  » Je leur avais souvent dit, aux autres officiers de navigation, qu’il me faudrait faire repeindre le plancher devant les écrans et le gouvernail (sous pilote automatique) par le maître d’équipage, tellement leurs pieds avaient usé la peinture à ces endroits-là. »

Schettino admet que bien qu’il n’ait pas pris le contrôle de la navigation lorsqu’il est entré sur le pont, il avait demandé à l’officier de quart ce qu’il était en train de faire, notamment en ce qui concerne l’utilisation du pilotage manuel et la modification du cap au point de tournant enregistré. « C’était un malentendu », concède-t-il. Il s’attendait à ce que l’équipe à la passerelle lui en dise davantage qu’ils ne l’ont fait. « La question est, est-ce que ce type a pensé que j’avais pris le commandement quand je suis entré en passerelle ? « , demande Schettino. « Pourquoi ne m’ont-ils pas crié que quelque chose n’allait pas ? Pourquoi ces officiers n’ont-ils pas pu réaliser que le capitaine approchait du point de non-retour ? « 

L’hypothèse est que soit l’équipe de passerelle ne savait pas à quel point la situation était critique, soit elle avait peur.

« On ne m’a donné aucune information. L’absence d’information m’a fait penser que tout allait bien. Mais cela a vite changé « , dit-il, quand il a pris conscience de la situation et qu’il a pris le contrôle de la navigation.

Schettino dit que chaque fois qu’il prenait le contrôle du Costa Concordia pour effectuer des manœuvres, il commandait l’utilisation de deux pompes de direction plutôt que d’une pompe unique. Avec deux pompes, le gouvernail, et donc l’avant du navire répond donc plus rapidement aux commandes de la barre.

« J’ai été forcé d’aller à fond sur tribord, mais on m’a demandé : Pourquoi changez-vous de cap, nous nous passons largement ?  » « Cela aurait été effrayant de voir [les rochers] s’il avait fait jour, je blâme le fait que le les officiers n’aient pas pu faire la différence entre le monde réel et celui des ECDIS et du gouvernail. Après avoir commandé des angles de gouvernail tribord, j’ai été forcé d’aller à fond à bâbord », dit Schettino, expliquant que l’officier de quart n’a pas compris pourquoi le centre du cercle de virage du navire alors qu’il commençait à se déplacer sur tribord se dirigeait vers les canots de sauvetage avant, selon Schettino. Il explique.

C’est-à-dire que, alors que les gouvernails faisaient tourner la proue vers tribord et que le navire se dirigeait dans cette direction, la poupe du navire se déplaçait vers bâbord et vers les rochers. Le virage soudain complètement vers la gauche, dramatique, difficile que Schettino a tenté avec le gouvernail du navire visait à minimiser les dommages en tentant d’éloigner la poupe des rochers.

Schettino dit que son collègue officier qui n’avait pas compris pourquoi il avait donné l’ordre de mettre la barre à bâbord avait ensuite donné l’ordre contraire de mettre la barre à tribord.

Le timonier Indonésien ne comprenait pas parfaitement ni la langue anglaise ni la langue italienne et un officier subalterne dont le travail était de pointer la trajectoire suivie sur une carte-papier était obligée d’arrêter ce qu’elle était en train de faire pour lui porter assistance.

Il semblerait même que le timonier, qui selon Schettino aurait disparu maintenant sans laisser de trace, ait exécuté les ordres qu’il lui avait donnés à l’envers.

Le reste de la nuit qui a suivi l’impact, le talonnage et les manœuvres visant à amener le navire sur la côte du Giglio, ainsi que l’évacuation frénétique, lourde et effrayante font maintenant partie de l’histoire de la navigation

Cet accident a déjà donné lieu à des discussions internationales sur la manière dont les navires de croisière sont construits, leur capacité de survie (retour au port en toute sécurité) et l’évacuation des passagers. Mais il y a ces questions sur la navigation, l’ECDIS et le code lSM.

Selon l’enquêteur sur accidents et militant de longue date pour une navigation plus sûre, Arne Sagen, l’échouement du Costa Concordia s’ajoute à une série croissante d’accidents assistés par ECDIS, dont certains ont été fatals. Il cite des cas tels que le Color Line qui s’est échoué en 1994 et la catastrophe du Rocknes en 2004, tous deux en Norvège, où l’utilisation combinée de cartes papier et de cartes électroniques a joué un rôle déterminant dans les accidents.

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Il semble que dans de tels cas, faute d’avoir cartes électroniques approuvées, il soit assez courant de naviguer en combinant des cartes papier et le système de navigation électronique, où la carte papier a la priorité. M. Sagen s’interroge sur la question de savoir si l’inadéquation de l’information et de la navigation entre les cartes papier et les cartes électroniques est n’est pas encore claire dans tous les cerveaux.



NDS : Bref, il n’y pas les mêmes informations dessus. L’une est un abcdaire et l’autre une encyclopédie. Et quand l’ordi « ECDIS » décèle « une carte » ! il ne décèle pas de laquelle il s’agit, malgré la différence d’extension des deux fichiers, bête et discipliné, il pilote quand même.

Il convient de noter, dit-il, que le guide des procédures de passerelle de la Chambre Internationale de la Navigation (International Chamber of Shipping) recommande de « planifier chaque phase du voyage en utilisant soit toutes des cartes électroniques, soit toutes des cartes papier, plutôt qu’une combinaison des deux types de cartes.

L’étude critique des procédures de navigation effectuée par M. Sagen est soutenue par les recherches du Capitaine Di Lieto, expert en simulateur de passerelle et doctorant au Collège Maritime Australien de l’Université de Tasmanie, qui a traité de l’accident dans un article intitulé « Anatomie d’un accident d’organisation » (lien vers le .pdf en anglais – 21 pages).

Le document du Capitaine Di Lieto énumère un certain nombre d’erreurs actives, certaines commises par Schettino, certaines par l’équipe de passerelle en général et certaines par la société, qui se sont réunies pour créer les conditions de l’accident.

Ces erreurs vont du changement de plan de route sans consultation adéquate avec d’autres organismes extérieurs au navire ; un défaut de tracé du nouvel itinéraire sur la carte papier ou du moins sur une qui soit à l’échelle appropriée pour une telle navigation ; un manquement de l’officier de quart à surveiller l’itinéraire suivi ; et la barrière de la langue avec le marin qui a pris la barre. Pour éviter le risque que les équipages ne connaissent pas un ECDIS, il faut davantage de consultations entre les équipages, les services des achats et les services techniques avant le choix, l’achat et l’installation d’un système d’ECDIS sur un navire, a déclaré M. Sagen.

Des efforts importants ont été déployés pour améliorer les systèmes ECDIS, notamment une proposition du S-mode présentée par le Nautical Institute en 2008.

Schettino se plaint également de ce que d’autres agents de navigation ont utilisé le Costa Concordia. La carte électronique s’affiche «comme un jeu vidéo» et il a reçu des instruction pour la régler de manière particulière lorsqu’il devait se rendre sur le pont pour effectuer des manœuvres à bâbord et autres.

M. Sagen souhaite que l’utilisation des ECDIS soit entièrement contrôlée. « Nous irons encore plus loin et affirmerons qu’il devrait également exister une liaison organisée entre la compagnie de transport maritime et les institutions nationales et hydrographiques, ainsi que des restrictions nationales pour l’utilisation d’ECDIS dans certaines eaux », suggère-t-il.

Le Code International de Gestion de la Sécurité est né du désastre du Herald of Free Enterprise en 1987 lorsque le ferry-boat ro-pax de Townsend Thoresen a chaviré en quittant Zeebrugge, entraînant la mort de 193 passagers et membres d’équipage.

Les portes de proue du navire ont été laissées ouvertes, le membre de l’équipage qui devait les fermer s’étant endormi, n’est pas allé prendre son service. L’enquête sur l’accident à l’époque a révélé que des erreurs institutionnelles au sein de l’entreprise avaient entraîné des procédures de sécurité laxistes.

Il convient de noter que le juge qui a examiné l’affaire en 2000 a décidé de ne pas emprisonner le capitaine et l’équipage, jugés fautifs, leur interdisant de travailler en mer pendant un certain temps. Il a reconnu que la faute incombait autant au propriétaire du navire qu’à son personnel à bord. Sa décision contraste fortement avec les événements en Italie.

Le code ISM qui en a résulté était un moyen pour les régulateurs internationaux de s’attaquer à ce problème de sécurité en obligeant les armateurs à assumer davantage de responsabilités. Les détails du code ISM du navire sont toutefois compilés par le propriétaire du navire et audités par un tiers, généralement une société de classe. Il repose sur le concept d’évaluation et d’amélioration des risques, notamment en ce qui concerne les aptitudes et compétences des employés.

L’essence du code et de son fonctionnement voulait impulser que le propriétaire du navire adopte une approche proactive de la sécurité en mer, plutôt que de le laisser s’en servir simplement pour rester en conformité et avoir ainsi un navire capable de rendre la mer et faire commerce.

Comme il fournit une piste sur le papier en matière de responsabilité, le code ISM peut être utilisé pour identifier des lacunes dans la sécurité. Cependant, toute cette paperasserie qui parle de responsabilités peut également être utilisée pour trouver une faute, puis attribuer une faute, ce qui, selon les experts, n’est pas ce pour quoi elle a été conçue. (voir un texte là-dessus en tête de toutes les études des BEAM, comme quoi leurs travaux n’ont pas valeur devant un tribunal, afin que tout le monde participe bien à l’enquête technique sans la crainte paralysante de se retrouver derrière des barreaux pour un temps indéterminé n’importe où sur Terre).

En vertu du code ISM, les compagnies de transport ont la responsabilité de veiller à employer un personnel adéquat, bien formé, et cela commence avant même que les navigateurs ne soient affectés en passerelle et invités à utiliser le matériel pour la première fois. M. Sagen se demande si cela est suffisant comme préparation à l’imprévu compte tenu de la gravité des incidents qui peuvent se produire.

Il s’interroge également sur les procédures ISM qui semblent bonnes sur le papier, mais qui, dans son esprit, se révèlent inutiles en cas d’urgence.

Aujourd’hui c’est mis en évidence au sujet du rayon de braquage d’un navire en cas d’urgence.

Lorsque l’équipe à la passerelle passe à la direction manuelle par le barreur (procédure Costa pour navigation côtière), une navigation critique possible peut devenir encore plus critique.

En mode de pilotage manuel (la même), le contrôle du gouvernail le plus courant sera effectué sans une connaissance adéquate de la situation.

Cela signifie que le rayon de braquage du navire par rapport à la position du gouvernail et à la vitesse n’est pas indiqué à la passerelle.

M. Sagen fait valoir qu’un officier responsable n’est pas en mesure de prédire l’angle optimal du gouvernail lorsque la direction est manuelle, comme il le fait lorsque le navire est sous le contrôle automatisé d’ECDIS et d’un pilote automatique.

Et que cela peut mener au désastre.

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Dura lex sed lex et elle est pour tout le monde

La loi est dure mais c’est la loi, disait-on jadis à Rome.

Une vidéo titre  » Scandale ! Schettino demande un aménagement de sa peine. » – sans développer d’ailleurs l’idée par la suite … juste un titre accrocheur.

Et pourquoi ?
Parce que Schettino, a effectué plus de la moitié de sa peine et que cela lui donne le droit de demander une mesure de liberté conditonnelle.

J’explique :


Le sentence de Grosseto, confirmée ensuite en Appel puis en Cassassion disait au total 16 ans et 1 mois de réclusion.
La loi italienne prévoit, obtenu par l’entremise de l’IA de Google :

Les principales lois sur les prisons en Italie sont l’articolo 27 della Costituzione e la ⁠Legge sull’Ordinamento Penitenziario (n. 354/1975), integré par le ⁠Regolamento di Esecuzione (D.P.R. n. 230/2000).
Ces règles définissent les droits des détenus et les règles de vie dans les prisons gérées par le Ministère de la Justice.

Principes constitutionnels et fondamentaux :
–  Rééducation : la peine doit viser le rétablissement et la réinsertion de l’individu.
–  Humanité : tout traitement contraire à l’humanité est interdit.
–  Droits : le détenu conserve ses droits fondamentaux compatibles avec la détention.

Le Système Pénitentiaire (Loi 354/1975)
–   Règles de traitement : ŕéglemente le travail, l’instruction, la religion et les contacts avec les familles.
–   Mesures alternatives : prévoit des mesures telles que la probation et la semi-liberté pour faciliter la réinsertion sociale.
–   Réformes historiques : inclut les amendements ultérieurs, comme la loi Gozzini relative à l’accès aux mesures extérieures


L’équivalent de Legifrance étant : http://www.ristretti.it/areestudio/giuridici/leggi/index.htm

Schettino, depuis la prison de Rebibbia, travaille depuis 5 ans pour la Fabbrica di San Pietro sous le patronage de l’association Seconda chance. Il numérise des documents pour les Archives de l’état Italien.

Rebibbia proposait qu’en récompense de sa bonne conduite il aille, pendant la journée, effectuer ce travail sur place à l’état du Vatican, muni d’un bracelet électronique, et revienne le soir passer ses nuits en prison. Mais le pape François est décédé et le projet a tourné court.

L’aménagement des peines a pour but d’amorcer une réintégration progressive du détenu dans la vraie vie, à ce titre elle est prévue par la loi et on titre « scandale » ?

Depuis quand appliquer la loi est-il un scandale dans un pays où tous les tribunaux siègent sous une banderole qui proclame « La legge è uguale per tutti » ?

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