” La vérité sur Schettino ? Il a débarqué le dernier ”

Voici ce que dit Katia Keyvanian, responsable du service auprès de la clientèle sur le Costa Concordia : ” le commandant est un bouc émissaire qui masque des fautes commises par d’autres personnes ”.

un article de Giovanni Terzi, dit Terzigio, paru sur le journal-papier Libero le 27 juin 2022, soit dix ans après l’accident.

Sur cette nuit tragique du 13 janvier 2012 émergent des témoignages inédits qui éclairent d’un jour nouveau le naufrage du Costa Concordia. Parmi eux, celui de Katia Keyvanian, responsable de la réception du navire et témoin du drame.

Je me demande pourquoi nous passons sous silence des témoignages qui proposent une version différente de celle révélée par l’appel téléphonique du capitaine Gregorio de Falco. Sommes-nous certains que le capitaine Francesco Schettino a réellement abandonné le navire ? Sommes-nous certains qu’il n’y avait pas d’autres coupables ? Il convient tout d’abord de souligner que le Costa Concordia n’a pas eu la vie facile. Lors de son lancement en 2005, la fameuse bouteille de champagne n’a pas éclaté. Le 22 novembre 2008, lors de manœuvres d’accostage, le navire a heurté un dock flottant amarré dans le port de Palerme à cause de vents violents, subissant des dommages sur le côté tribord et à l’écoutille d’étrave. Dans la nuit du 3 au 4 mai 2010, un passager russe de 33 ans est tombé à la mer depuis l’un des ponts du navire. Son corps a été repêché quelques jours plus tard, et les causes du drame n’ont jamais été déterminées, bien que le suicide soit l’hypothèse la plus probable. L’accident s’est produit au large des côtes françaises, sur la route entre Savone et Barcelone. Le 7 novembre 2010, lors d’une escale dans le port de Savone, en raison de vents violents, le navire a heurté la tour d’une grue Gottwald, stationnaire et hors service, immobilisée sur le quai 14, la déplaçant de près de 20 mètres. Heureusement, aucun grutier ne se trouvait à bord. En somme, une histoire qui mérite peut-être d’être réécrite, malgré les condamnations, pour faire éclater la vérité que personne n’a voulu révéler.

« Le commandant Schettino n’a pas abandonné le navire. Je suis descendue à 00h10 et il était encore là, supervisant les passagers des canots de sauvetage utilisés pour la navette vers l’île. Il est absolument faux qu’à 23h, il se trouvait à l’hôtel tranquillement, comme l’ont rapporté de nombreux journalistes. »

Ces propos sont de Katia Keyvanian, responsable du service clientèle du Costa Concordia, le navire qui a coulé le soir du 13 janvier 2012 après avoir heurté le plus petit des rochers de « Le Scole », à cinq cents mètres du port de l’île du Giglio.

Pour ce naufrage, qui a causé la mort de 32 personnes et permis le sauvetage de 4 200 autres, le commandant Francesco Schettino a été condamné à 16 ans de prison, une peine qu’il purge actuellement à la prison de Rebibbia.

Katia Keyvanian avait elle-même écrit ces mots poignants sur sa page Facebook immédiatement après la tragédie :

« Je suis Katia Keyvanian. J’ai embarqué le 13 janvier pour remplacer un collègue sur le Concordia. Je serais ravie d’être invitée par les journalistes qui, sans connaître les faits, écrivent et racontent n’importe quoi. Nous avons évacué, dans l’obscurité, alors que le navire gîtait sur le flanc, 4 000 personnes en moins de deux heures ! Des incompétents n’en auraient jamais été capables.

Il est faux que le capitaine ait été le premier à débarquer ; j’étais dans le dernier canot de sauvetage, et il est resté accroché à la rambarde du pont 3 pendant que le navire coulait.

Honte à vous, qui avez écrit qu’il a été le premier à débarquer ! »

Ce sont les mêmes mots que Katia a prononcés lors de son interrogatoire au tribunal, et que d’autres ont aussi utilisés en parlant du capitaine Schettino.

Mais alors, Katia, pourquoi croyez-vous que Schettino a été condamné ?

« Il est devenu le bouc émissaire de crimes qu’il n’avait pas commis. »


Était-il plus facile d’accuser de tout une seule personne que de chercher la vérité ?

« La vérité aurait probablement mis dans l’embarras des gens qu’il valait mieux laisser tranquilles. »


Le Costa Concordia mesurait 298,2 mètres de long, 36,5 mètres de large et 70 mètres de haut. Lorsque sa marraine, Eva Herzigova, a jeté la traditionnelle bouteille de champagne par-dessus bord pour l’inaugurer à Civitavecchia le 7 juillet 2006, on raconte qu’elle ne s’est pas cassée : un symbole interprété de manière négative comme un mauvais présage. À l’époque de son lancement, le Costa Concordia était le plus grand paquebot marchand italien : il avait été construit par Fincantieri au chantier de Sestri Ponente et avait coûté 450 millions d’euros. Les caractéristiques et les dimensions du navire furent largement diffusées pour souligner son caractère unique : à vide, il pesait l’équivalent de 110 Boeing 747, et la longueur de ses câbles électriques aurait pu couvrir cinq fois et demie la distance entre Rome et Milan. Son pont en teck était aussi grand que deux terrains de football, et les nappes des restaurants du bord auraient pu recouvrir une table de vingt-sept kilomètres de long.


Que s’est-il passé à bord du Concordia ce soir-là ?

« Quand il est devenu évident que le navire prenait l’eau et gîtait sur tribord, tout le monde a tenté de rejoindre les canots de sauvetage sur le pont 3. C’était la panique, et nous avons tous fait de notre mieux pour rétablir l’ordre et le calme. Des gens plongeaient, nous leur lancions des gilets de sauvetage à la mer et nous essayiions d’en remonter d’autres. À un moment donné, j’ai vu un homme sur le pont allumer une cigarette qui, compte tenu de la fuite de carburant, risquait de provoquer un incendie. Je l’ai réprimandé et mis en garde contre le danger, et il m’a répondu : « Fumer m’aide à gérer le stress. » »

Quand avez-vous réalisé que quelque chose de grave se passait ?

« À 21 h 45, parce que le gâteau qui célébrait mon retour à bord après cinq mois est tombé par terre. Au début, nous avons pensé que c’était peut-être une manœuvre ratée par d’un officier ; ça peut arriver en mer. »

Et ensuite ?

« Un autre coup. On a cru avoir touché un haut-fond et, comme on nous l’a appris, la priorité absolue est alors d’éviter la panique parmi les passagers. »

Mais la panique s’est installée…

« Quand les lumières ont commencé à s’éteindre, les gens se sont mis à crier.

Puis les garçons de la blanchisserie, qui se trouve bien au fond du navire, sont remontés à la surface, effrayés car le Concordia prenait l’eau. Jusqu’à ce que le directeur arrive et nous dise de récupérer les livres de comptes et l’argent des caisses. Pour moi ça a été le signe qu’on allait d’abandonner le navire. Au bout d’environ 45 minutes, les sept coups de sirène ont retenti, annonçant que tout le monde devait se rassembler aux points de regroupement. À ce moment-là, la panique s’est vraiment emparée des passagers, d’autant plus que nous pouvions apercevoir les lumières de l’île du Giglio qui étaient tout près. »

De quoi vous souvenez-vous, Katia ?

« Je me souviens d’un journaliste qui a simulé un évanouissement pour être le premier à monter dans le canot de sauvetage ; d’un étranger qui a sauté du canot pour remonter à bord, abandonnant femme et enfants pour aller chercher des papiers ; et de bien d’autres choses absurdes, mais compréhensibles, car dictées par la panique. Au fil du temps, le navire s’est enfoncé de plus en plus, et nous avions fini par former un véritable cordon humain pour rester groupés. »

Et le commandant Schettino ?

« Il était là pour coordonner tous les débarquements. Le navire s’inclinant sur tribord, le plancher est devenu un mur. Le navire ayant complètement coulé du côté affaissé, les demandes qu’a faites De Falco pendant près de deux heures, alors qu’il n’était pas sur place, sont illogiques et inconcevables. »

Qu’est-ce qui était inconcevable ?

« Le navire étant coulé, il était physiquement impossible de remonter à bord, et tout cela me met vraiment en colère car la vérité n’a pas été dite. »

Quelle vérité ?

« Que les responsabilités n’étaient pas celles qui ont été attribuées à Schettino.

Personne n’a jamais dit qu’après quelques semaines, le directeur du RINA (NDLR : l’organisme qui délivre les certifications) avait démissionné parce qu’on avait découvert que les portes avaient été installées à l’envers.

Personne n’a précisé que le mauvais cap n’avait pas été visé par Schettino, mais par son second.

Beaucoup de choses n’ont pas fonctionné, mais il était plus facile de rejeter la faute sur le capitaine.

Il est regrettable que lorsque j’ai évoqué ces faits, on m’ait répondu : « Vous étiez sûrement la maîtresse de Schettino. »

Il a été la cible d’un véritable lynchage médiatique, injuste et injustifié. »

Que faites-vous maintenant, Katia ?

« J’ai pris quelques années de congé car cette histoire m’a profondément marquée.

Je suis arménienne, et c’est pourquoi en raison des injustices que subit mon peuple dans le récit dans l’Histoire des évènements qui l’ont frappé, je ne supporte pas les mensonges. »

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Pour faciliter le suivi de l’affaire CONCORDIA, en ITALIE

une page Commandant SCHETTINO a été créée.
Vous pourrez y retrouver tous les billets de la catégorie du même nom.

Pour des regards différents sur l’accident et ses suites :

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Angela Cipriano, intervista – ottobre 2026

«Della notte della Concordia ricordiamo soprattutto una telefonata»

Che cosa ha apprezzato del documentario Netflix sulla Concordia?

Soprattutto il fatto che abbia portato all’attenzione del grande pubblico aspetti rimasti per anni sullo sfondo. Consentono di guardare la Concordia non soltanto attraverso la figura del comandante, ma come una nave, quindi come un’organizzazione fatta di persone, ruoli, procedure e apparati.

Una cosa è che un fatto sia documentato, un’altra è che entri davvero nella conoscenza collettiva.

Quali sono gli elementi che considera più significativi?

Uno è certamente l’errore del timoniere.
Molti spettatori lo hanno percepito come una rivelazione, ma è nella ricostruzione processuale da anni.
Nella fase immediatamente precedente all’impatto, il comandante Schettino impartisce al timoniere una serie di ordini di accostata.
Quando ordina di accostare a sinistra, prima di dieci e poi di venti gradi, Jacob Rusli Bin accosta invece nuovamente a dritta.
I periti quantificano in circa tredici secondi il ritardo.

Nel suo lavoro insiste molto sulla necessità di leggere integralmente le sentenze. C’è un passaggio che secondo lei è rimasto particolarmente in ombra?

Sì.
Uno riguarda Roberto Bosio, comandante in seconda della Concordia.
La sua posizione era stata archiviata e quindi nei suoi confronti non vi fu una pronuncia di condanna.
Ma quando si legge la sentenza del Tribunale di Grosseto si scopre un elemento che raramente è entrato nel racconto pubblico : i giudici prendono espressamente le distanze da quella archiviazione.
Il Tribunale scrive, «contrariamente alla tesi sostenuta dall’accusa e recepita dal Gip», di ravvisare in capo al comandante in seconda profili di condotta colposa in collegamento causale con gli eventi di morte e lesioni.
E, affrontando la gestione dell’emergenza, aggiunge che una responsabilità omissiva avrebbe dovuto essere contestata anche a Bosio, oltre che al comandante Schettino. Naturalmente questo non trasforma un’archiviazione in una condanna. Sono due cose giuridicamente molto diverse e vanno tenute distinte.
Ma se vogliamo ricostruire ciò che il Tribunale ha effettivamente scritto sulla notte della Concordia, non possiamo ignorare neppure questo passaggio.

Perché lo considera così importante?

Perché ci riporta alla nave e alla sua organizzazione.
Nella stessa sentenza si legge che «il comandante di una nave delle dimensioni della Concordia non può fare a meno dell’ausilio e collaborazione degli altri ufficiali, in primo luogo del vice».
È una frase che per me dice molto.
Non cancella né trasferisce la responsabilità del comandante : descrive però una struttura complessa nella quale esistono funzioni, compiti e responsabilità differenti.
Ed è proprio questa dimensione della Concordia che per molti anni è rimasta schiacciata da una narrazione quasi interamente concentrata su una sola figura.

Bosio, però, non è l’unica posizione diversa da quella del comandante che emerge dagli atti.

No. Prima del processo a Schettino, cinque persone avevano già definito la propria posizione attraverso sentenze di patteggiamento: Ciro Ambrosio, Silvia Coronica, Jacob Rusli Bin, Roberto Ferrarini e Manrico Giampedroni.
Le loro posizioni non sono sovrapponibili : Ambrosio, Coronica e Rusli Bin riguardano condotte concorrenti relative al naufragio ; Ferrarini e Giampedroni profili legati alla gestione dell’emergenza.
Ma c’è un dato che considero particolarmente significativo : quando il Tribunale arriva alla commisurazione della pena di Schettino, afferma espressamente che «deve ugualmente tenersi conto dei concorsi colposi» che trovano riscontro nelle sentenze di patteggiamento.
Non è quindi una mia interpretazione sulla necessità di considerare altre condotte.
È un elemento che il Tribunale stesso prende in considerazione nel momento in cui gradua la pena.

Che immagine della Concordia emerge mettendo insieme questi elementi ?

Quella di una nave che va studiata anche come organizzazione.
Il comandante rimane il vertice di una struttura gerarchica, ma una struttura gerarchica non è una struttura composta da una sola persona.
Per comprendere come sia stato possibile arrivare a una tragedia di quelle dimensioni bisogna guardare anche al funzionamento della plancia, alla catena di comando, alla preparazione dell’equipaggio, alle procedure, agli apparati e alla gestione dell’emergenza. È lì che la lettura delle sentenze diventa, secondo me, molto più interessante della rappresentazione semplificata che è rimasta nella memoria collettiva.

Eppure, se pensiamo alla notte della Concordia, che cosa è rimasto soprattutto nella memoria collettiva ?

Una telefonata.
«Vada a bordo, cazzo» ha finito per rappresentare quasi da sola quella notte.
Ha occupato progressivamente uno spazio enorme nel racconto pubblico, fino a rendere difficile riportare dentro la storia tutto ciò che non coincideva con quella rappresentazione.
Eppure quella telefonata arriva all’1:46, quando il naufragio, l’evacuazione e la gestione dell’emergenza hanno già una lunga storia alle spalle.
Per capire quella notte bisogna rimettere la telefonata dentro la cronologia, non usare la telefonata per leggere tutto ciò che è accaduto prima.

Che cosa cambia quando la si rimette dentro la cronologia ?

Innanzitutto cambia la percezione del tempo.
L’impatto avviene alle 21:45:07. Alle 00:17 il comandante Schettino è fuori bordo.
La telefonata con il comandante Gregorio De Falco arriva all’1:46.
Sono momenti diversi di una vicenda che evolve continuamente.
Gli orari non sono dettagli: fanno parte dei fatti.

E c’è un altro elemento.
Alle 1:46 il comandante De Falco non dice semplicemente a Schettino di tornare sulla nave.
Gli indica una modalità precisa : portarsi con la scialuppa sotto la prua, lato dritto, raggiungere una biscaggina e salire da lì.
Nella stessa telefonata Schettino cerca di spiegargli l’assetto della nave, dicendo che è inclinata di 90 gradi.
A quell’ora il lato di dritta della Concordia è ormai sommerso.
Per questo ritengo che quella specifica via di risalita non fosse praticabile.
Eppure quell’ordine continua a essere ricordato come se potesse essere eseguito.
Ed è qui che c’è un particolare che trovo molto interessante.
Ne parlai direttamente con il comandante Gregorio De Falco nella Sala Operativa della Capitaneria di Porto di Livorno.
Parlammo per quasi tre ore.

Per spiegarmi perché, secondo lui, risalire sulla Concordia fosse possibile, richiamò Mario Pellegrini, il vicesindaco del Giglio, che quella notte era riuscito a salire a bordo.
È un argomento che De Falco ha ripetuto anche pubblicamente negli anni successivi.

Che cosa non la convince di questo paragone ?

La cronologia. Pellegrini riesce a salire a bordo intorno alle 23.
De Falco impartisce quell’ordine a Schettino all’1:46.
Sono trascorse quasi tre ore e nel frattempo l’assetto della Concordia è cambiato radicalmente.
Il fatto che Pellegrini sia riuscito a salire sulla nave intorno alle 23 non dimostra che all’1:46 fosse praticabile la specifica via indicata a Schettino.
Ancora oggi vedo richiamare Pellegrini come risposta alla domanda sulla possibilità di risalire, senza che quasi mai venga messa accanto l’ora in cui Pellegrini salì e quella della telefonata.
Se vogliamo capire quella notte, dobbiamo restituire a ciascun fatto il suo tempo.

Quanto ha contato la cronologia nel suo lavoro sulla Concordia ?

Moltissimo.
C’è stato un momento, in particolare, nel quale una sequenza di fotografie mi ha permesso di ricostruire con grande precisione una fase di quella notte.
Enzo Russo, fotografo arrivato al Giglio, mi aveva consegnato una chiavetta con centinaia di fotografie.
Guardavo gli scatti uno per uno, li ingrandivo, controllavo orari e metadati.
A un certo punto mi accorsi che alcune immagini appartenevano alla stessa sequenza. Documentavano ventuno minuti delle fasi finali del ribaltamento della Concordia, dalle 00:07 alle 00:28.

Perché quei ventuno minuti erano così importanti ?

Perché il comandante Schettino è fuori bordo alle 00:17, pochissimi istanti prima del definitivo ribaltamento della nave.
Quelle fotografie documentavano proprio quella fase finale.
Volevo capire quando e in quali condizioni della nave viene collocato fuori bordo. Schettino aveva sempre sostenuto di essere stato ancora a bordo mentre la nave si ribaltava, tanto da avere la percezione che gli stesse cadendo addosso.
Quelle fotografie permettevano di seguire l’evoluzione dell’assetto della Concordia minuto per minuto e di confrontarla con gli orari della ricostruzione processuale. Quando misi insieme immagini, metadati e cronologia, ricordo di aver battuto una mano sul tavolo e di aver detto ad alta voce: «Sta dicendo la verità».
Mi riferivo esattamente a questo : era ancora a bordo pochissimi istanti prima del ribaltamento.
Due fotografie tratte da quella sequenza furono successivamente acquisite agli atti del processo.

Lei ha seguito tutte le 72 udienze celebrate a Grosseto e poi l’intera vicenda giudiziaria.
Quanto era difficile, in quegli anni, introdurre elementi che non coincidevano con il racconto dominante?

Molto.
Il clima era fortemente polarizzato.
La telefonata aveva prodotto una rappresentazione potentissima della notte della Concordia.
Ricostruire gli orari, introdurre altri fatti, parlare delle diverse condotte o mettere in discussione un passaggio di quella telefonata poteva essere percepito come un tentativo di difendere il comandante Schettino.
Ma raccontare in modo dettagliato un evento, allontanandosi dalla sua semplificazione, non significa difendere qualcuno.
Significa raccontarlo meglio.

Oggi le sembra che ci sia più spazio per farlo ?

Credo di sì.
Forse sono serviti il tempo e la distanza.
E ritrovare oggi nel documentario alcuni elementi sui quali lavoravo già allora mi sembra significativo soprattutto per questo.
Non lo considero un riconoscimento personale.
Mi interessa perché significa che certe domande possono finalmente essere ascoltate per quello che sono.

L’errore del timoniere è un fatto.
I concorsi colposi richiamati dalla sentenza sono fatti.
Le considerazioni del Tribunale sulla posizione di Bosio sono negli atti.
La cronologia è un fatto.
Non dobbiamo avere paura di aggiungere elementi che rendono più preciso il racconto di ciò che accadde quella notte.
Forse oggi la distanza ci permette finalmente di farlo con maggiore equilibrio.

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Interview d’Angela Cipriano – octobre 2026

«Ce dont on se souvient de la nuit du Concordia, c’est surtout d’un certain coup de téléphone.»

Qu’avez-vous particulièrement apprécié dans le documentaire de Netflix sur le Concordia ?

C’est surtout le fait qu’il a porté à l’attention du grand public des détails qui étaient restés en arrière-plan depuis des années.
Ils permettent de considérer le Concordia autrement qu’à travers la seule figure du commandant, de le voir en tant que navire, c’est-à-dire comme une organisation composée de personnes, de rôles, de procédures et d’équipements.
Qu’un fait soit documenté, c’est une chose ; qu’il fasse vraiment partie du savoir collectif en est une autre.

Quels sont les éléments les plus significatifs à vos yeux ?

L’un d’entre eux est certainement l’erreur du timonier.
Beaucoup de spectateurs ont cru à une révélation, mais elle figurait depuis des années dans la reconstruction des faits effectuée lors du procès.
Lors de la phase qui a immédiatement précédé l’impact, le commandant Schettino a donné au timonier une série d’ordres pour préparer la navigation rapprochée sur sa droite.
Et lorsqu’il lui a ordonné de virer à gauche, d’abord de dix puis de vingt degrés, Jacob Rusli Bin a au contraire viré d’abord encore à droite.
Les experts estiment à environ treize secondes le retard d’exécution qui s’en est suivi.

Dans vos écrits, vous insistez beaucoup sur la nécessité de lire la sentence du début à la fin.
Y aurait-il un passage qui serait plus particulièrement resté dans l’ombre selon vous ?

Oui.
Il concerne Roberto Bosio, commandant en second du Concordia.
Son dossier avait été clos et, par conséquent, aucune condamnation n’a été prononcée contre lui.
Mais en lisant le jugement du Tribunal de Grosseto, on découvre un élément rarement mentionné dans le récit public : les juges se désolidarisent expressément de cette décision.
Le Tribunal écrit que, « contrairement à la thèse soutenue par l’accusation et retenue par le juge d’instruction », il identifie des attitudes de conduite négligente de la part du commandant en second, susceptibles d’avoir été en lien de causalité avec les décès et les blessures.
Et, en ce qui concerne la gestion de la situation d’urgence, il ajoute que la responsabilité par omission aurait dû être imputée aussi à Bosio comme elle l’a été au commandant Schettino.
Bien sûr, cela ne transforme pas un non-lieu en condamnation.
D’un point de vue juridique, il s’agit de deux choses très différentes et qui doivent être traitées séparément.
Mais si nous voulons reconstituer ce que le Tribunal a réellement écrit au sujet de la nuit du Concordia, nous ne pouvons pas non plus ignorer ce passage.

Pourquoi est-ce si important à vos yeux ?

Parce que cela nous ramène au navire et à son organisation.
La même sentence stipule que « le commandant d’un navire de la taille du Concordia ne peut se passer de l’aide et de la coopération des autres officiers, et notamment du commandant en second ».
C’est une phrase qui en dit très long pour moi.
Elle n’annule pas la responsabilité du commandant pas plus qu’elle ne la fait retomber sur d’autres : mais elle décrit une structure complexe au sein de laquelle coexistent différentes fonctions, tâches et responsabilités.
Et c’est précisément cette dimension du Concordia qui, pendant de nombreuses années, a été écrasée par un récit presque entièrement centré sur une seule figure.

Cependant, Bosio n’est pas le seul à avoir eu un traitement différent de celui du commandant, comme le révèlent les documents ?

Non. Avant le procès de Schettino, cinq personnes avaient déjà conclu des accords de plaider coupable : Ciro Ambrosio, Silvia Coronica, Jacob Rusli Bin, Roberto Ferrarini et Manrico Giampedroni.
Leurs situations ne se recoupent pas : Ambrosio, Coronica et Rusli Bin sont concernés par des comportements concourant au naufrage ; Ferrarini et Giampedroni sont concernés dans le cadre de la gestion de la situation d’urgence.
Mais il y a un fait qui me paraît particulièrement significatif : lorsque le moment de fixer la peine de Schettino est arrivé, le Tribunal a expressément précisé que « les négligences contributives » constatées dans les peines négociées dans le cadre des accords de plaider coupables doivent également être prises en compte.
Par conséquent, ce n’est pas mon avis personnel sur la nécessité de prendre en compte d’autres types de comportements, c’est un facteur dont le Tribunal lui-même tient compte au moment de quantifier la peine.

Quelle image du Concordia se dégage de ces éléments réunis ?

Qu’il faut étudier le fonctionnement d’un navire en tant qu’organisation.
Le commandant reste bien au sommet de la structure hiérarchique, mais une structure hiérarchique n’est pas composée d’une seule personne.
Pour comprendre comment une tragédie d’une telle ampleur a pu se produire, il faut aussi étudier le fonctionnement de la passerelle, de la chaîne de commandement, la préparation de l’équipage, les procédures, l’équipement du navire et la gestion de la situation d’urgence.
C’est là que la lecture de la sentence devient, à mon avis, beaucoup plus intéressante que la représentation simplifiée qui est restée dans la mémoire collective.

Pourtant, si l’on pense à la nuit du Concordia, qu’en est-il resté en premier dans la mémoire collective ?

Un coup de fil.
« Vada a bordo, cazzo ! » a fini par représenter pratiquement entièrement cette nuit-là.
Cette phrase a progressivement occupé une place énorme dans le récit public, au point qu’il était difficile d’y ajouter quoi que ce soit qui ne corresponde pas à cette caricature.
Et pourtant ce coup de fil n’a été échangé qu’à 1:46, alors que le naufrage, l’évacuation et la gestion des urgences étaient pratiquement terminés.
Pour comprendre cette nuit-là, il faut replacer l’appel téléphonique dans le contexte chronologique, et non l’utiliser pour interpréter tout ce qui s’est passé auparavant.

Qu’est-ce qui change lorsqu’on le replace dans son contexte chronologique ?

Avant tout, cela modifie notre perception du temps.
L’impact se produit à 21:45:07.
À 00:17, le commandant Schettino est situé hors du navire.
Le coup de fil avec le commandant Gregorio De Falco a lieu à 1:46.
Ce sont là des moments différents d’une situation qui évolue constamment.
Les horaires ne sont pas des détails : ils font partie des faits.

Et il y a un autre élément à prendre en compte.
À 1 h 46, le capitaine De Falco ne s’est pas contenté d’ordonner à Schettino de retourner sur le navire.
Il lui a donné des instructions précises : avec le canot de sauvetage, aller sous la proue côté tribord, atteindre une certaine échelle de corde et remonter à bord par cette échelle de corde-là.
Lors du même appel téléphonique, Schettino a tenté d’expliquer l’assiette du navire, informant qu’il était incliné à 90 degrés.
Or, à ce moment-là, le côté tribord du Concordia était déjà submergé.
C’est pourquoi je dis que cet itinéraire précis pour remonter à bord était impraticable.
Et pourtant, cet ordre reste dans les mémoires comme s’il avait pu être exécuté.
Voici un détail que je trouve très intéressant.
J’en ai parlé directement avec le commandant Gregorio De Falco dans la salle des opérations de la Capitainerie du Port de Livourne.
Nous avons discuté pendant près de trois heures.

Pour m’expliquer pourquoi, selon lui, il était possible de remonter à bord du Concordia, il a évoqué Mario Pellegrini, l’adjoint au maire de Giglio Porto, qui avait réussi à monter à bord cette nuit-là.
C’est d’ailleurs un argument que De Falco a répété publiquement au cours des années suivantes.

Qu’est-ce qui vous paraît douteux dans cette comparaison ?

La chronologie.
Pellegrini a réussi à embarquer vers 23 h.
De Falco a donné cet ordre à Schettino à 1 h 46.
Près de trois heures s’étaient écoulées et, entre-temps, l’assiette du Concordia avait considérablement changé.
Le fait que Pellegrini ait pu embarquer vers 23 h ne prouve pas que l’itinéraire précis indiqué à Schettino était encore praticable à 1 h 46.
Je vois encore circuler aujourd’hui cette référence à Pellegrini pour répondre à la question de la possibilité de remonter à bord, sans que quasiment jamais l’heure où Pellegrini l’a fait et l’heure de l’appel téléphonique de De Falco ne soient évoquées.
Si nous voulons comprendre cette nuit-là, nous devons rappeler à quel moment chaque fait s’est produit.

Quelle importance la chronologie a-t-elle eue dans votre travail sur le Concordia ?

Une importance énorme.

Il y a eu en particulier un moment où une série de photographies m’a permis de reconstituer toute une partie de cette nuit-là avec une grande précision .
Enzo Russo, un photographe arrivé sur l’île du Giglio, m’avait remis une clé USB contenant des centaines de photos.
Je les ai examinées une à une, agrandies, et j’ai vérifié les heures et les métadonnées.
À un moment donné, je me suis rendue compte que certaines images appartenaient à une même séquence.
Il avait filmé vingt et une minutes des dernières étapes du chavirage du Concordia, de 00:07 à 00:28.

Pourquoi ces vingt et une minutes étaient-elles si importantes ?

Parce qu’à 0:17 le commandant Schettino est situé hors du navire, quelques instants avant le chavirage final du navire.
Ces photographies documentent justement cette phase finale.
Je voulais comprendre quand et dans quelles conditions il avait « quitté » le navire.
Schettino avait toujours affirmé qu’il était encore à bord lorsque le navire a chaviré, à tel point qu’il avait eu la sensation qu’il était en train de lui tomber dessus.
Ces photographies ont permis de suivre l’évolution de la situation du Concordia minute par minute et de la comparer au time-line de la reconstruction du procès.
Quand j’ai eu mis ensemble les images, les métadonnées et l’historique, je me souviens avoir tapé du poing sur la table et avoir dit à voix haute : « Il dit la vérité. »
Ce à quoi je faisais référence, c’est qu’il était encore à bord quelques instants avant le chavirage.
Deux photographies extraites de cette séquence ont été par la suite acquises aux actes du procès.

Vous avez suivi les 72 audiences tenues à Grosseto et l’intégralité de l’affaire judiciaire.
À quel point était-il difficile, durant ces années, d’introduire des éléments qui ne correspondaient pas au récit dominant ?

Très.
Le climat était extrêmement orienté.
L’appel téléphonique avait offert un raccourci très puissant de la nuit du Concordia.
Reconstituer le déroulement des événements, introduire d’autres faits, discuter des divers comportements ou remettre en question un passage de cet appel pouvait être perçu comme une tentative de défendre le commandant Schettino.

Mais relater un événement en détail, en s’éloignant de toute simplification, ne signifie pas défendre qui que ce soit.
Cela signifie le raconter de manière plus fidèle.

Avez-vous l’impression qu’il serait davantage possible de le faire aujourd’hui ?

Oui, je le crois.
Peut-être le temps et la distance étaient-ils nécessaires.
Et le fait de retrouver aujourd’hui dans le documentaire Netflix certains éléments sur lesquels je travaillais déjà à l’époque me paraît significatif en ce sens.
Je ne le perçois pas comme une reconnaissance personnelle.
Ce qui m’intéresse, c’est que cela signifie que certaines questions peuvent enfin être posées telles quelles.

L’erreur du timonier est un fait.
La négligence contributive mentionnée dans le jugement est un fait.
Les considérations de la Cour concernant la position de Bosio figurent dans les documents.
La chronologie est un fait.
Nous ne devons pas hésiter à ajouter des éléments qui permettent de préciser le récit des événements de cette nuit-là.
Peut-être qu’aujourd’hui, le recul nous permet enfin de le faire d’une façon plus sereine.

Texte original dans le billet suivant

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Schettino, l’intégralité du texte de l’interview sur Quinta Colonna pour le naufrage du Costa Concordia.

Schettino, l’intervista integrale testuale a Quinta Colonna per il naufragio della Costa Concordia.
Vidéo publiée sur YouTube le 11 juillet 2012par Sport90Live

Nous publions l’intégralité de l’interview de Francesco Schettino, capitaine du Costa Concordia, qui a coulé près de l’île de Giglio. Cette interview exclusive a été réalisée dans le cadre de l’émission Quinta Colonna de Mediaset, diffusée sur Canale 5 le 10 juillet 2012.

Commandant, vous avez décidé de prendre la parole quelques jours après la fin de votre assignation à résidence. Pourquoi ?

 » Parce que, tout d’abord, je tiens à m’exprimer publiquement, car je crois qu’il est de mon devoir d’expliquer le déroulement des événements, tant cette histoire est complexe et présente de multiples facettes, à mon avis. Chacun a sa propre vérité, et il ne s’agit certainement pas de la vérité absolue, mais je crois qu’il est de mon devoir personnel, étant donné qu’un peu tout le monde a été impliqué, directement ou indirectement, dans cette affaire. Je crois qu’il est de mon devoir de le faire, même si je n’en ai pas vraiment envie. Je le fais sincèrement par devoir moral envers le public. Mon intention n’est pas de changer l’opinion publique, car chacun a sa propre idée, je la respecte et je m’y tiens. Je souhaite sincèrement que personne ne se retrouve jamais face à un tel dilemme, une telle tragédie. « 

Reprenons cette journée chronologiquement, pourquoi avez-vous demandé à être prévenu pour rendre en passerelle lorsque vous arriveriez près du Giglio ?

 » C’est le Maître d’Hôtel qui m’a demandé « Commandant, on peut y passer ? »,  c’est normal de dire : « Écoutez, je viens aussi », et on va donner trois coups de sirène pour saluer l’île, c’est normal que le Commandant soit là en personne. « 

Mademoiselle Cemortan était présente elle aussi ?

 » La jeune femme attendait dehors de recevoir la clé de sa cabine que je devais lui remettre quand elle aurait été libérée … « 

Pourquoi était-elle là, pourquoi était-elle sur la passerelle, même si elle se tenait derrière ?

 » Parce qu’elle était une amie à moi et au Chef-Commissaire, une personne qui souhaitait partir en croisière avec ses amis à bord, elle voulait acheter un billet en Russie, elle nous a dit qu’elle n’avait pas pu trouver de place sur le navire dans les agences russes, alors nous l’avons aidée à trouver une cabine et un billet de voyage en règles « .

Cette histoire a fait couler beaucoup d’encre, et certains l’ont décrite comme bien plus qu’une simple amie.

 » Il est normal qu’il y ait des rumeurs… C’est une personne sociable et amicale, appréciée de tous, cela ne signifie pas pour autant qu’il y ait rien de plus « .

Mais ce soir-là, Mademoiselle Cemortan dînait bien avec vous ?

 » Elle a dîné avec moi, et aussi avec le Chef-Commissaire car, je le répète pour finir : ce sont des personnes de bonne compagnie … et rien d’autre … « 

On a dit que cette manœuvre, et donc la salutation au Giglio, était une manœuvre destinée à démontrer également aux yeux de cette jeune fille, votre habileté à approcher ce grand navire du Giglio.

 » À part le fait qu’il faisait nuit et qu’il n’y avait donc rien à voir, heureusement plus tard sur Facebook, on a trouvé sur Facebook le post qui indiquait que l’inchino avait été fait pour le Maître. « 

 » Approchons-nous au maximum « , auriez-vous dit au cartographe Canessa, d’après ses propos à l’Officier Coronica.

 » Je ne voulais défier personne, nous avions juste programmé une navigation à un demi-mille, parce pour moi un demi-mille était une distance acceptable pour faire un salut, sinon ils ne l’auraient même pas vu, ni même entendu ce salut béni.
Il y a une différence entre saluer et passer au plus près. Il s’agissait forcément de passer au plus près de l’île, parce que en cas d’inchino, en général, nous ralentissons, nous nous rapprochons et nous choisisons les bonnes cartes pour faire l’inchino à une certaine distance de la côte, si nous avions programmé un vrai inchino, il ne se serait absolument rien passé « .

Mais avez-vous le sentiment de devoir présenter des excuses à qui que ce soit ?

 » Je ne peux certainement pas être satisfait de ce qui s’est passé, mes condoléances, toute mon affection, vont aux personnes qui, hélas, ne sont plus parmi nous. Les dégâts économiques sont indéniables, ils y a les pertes subies, les familles endeuillées et, enfin, il y a la Compagnie et le Commandant du navire, victime de ce système. Ce qui s’est produit, ce sentiment indescriptible, est bien moindre que la douleur d’une mère qui perd un enfant. C’est incommensurable. Mais la perte d’un navire est une chose pour un capitaine … une telle douleur n’a pas de mesure. « 

Vous présentez vos condoléances … mais les condoléances ne sont pas des excuses. Je vous ai demandé si vous pensiez devoir vous excuser.

 » Certainement, comme je n’aurais jamais imaginé qu’une chose pareille puisse jamais arriver, cela dépasse largement toute intention, de vouloir faire une chose pareille.
Dans cet incident, non seulement le navire et la compagnie ont été identifiés, mais le commandant l’a également été, il est donc tout à fait naturel que je présente mes excuses à tous, précisément en tant que représentant de ce système « .

Vous avez mentionné une mère et petite fille. Qu’avez-vous ressenti en apprenant la mort de la petite Dayana Arloti ?

 » Je préfèrerais éviter, je ne souhaite pas en parler … parce que ça me rend déjà malade « .

Mais je dois vous le demander, Commandant.

 » C’est une question qui me détruit. C’est terrible « .

Pourquoi ?

 » Arrêtez « 



SCHETTINO SUR L’ABANDON

Mais ensuite vous vous éloignez du navire, ce navire, vous le quittez ?

 » Jusqu’à présent, sur cette affaire, il y a eu beaucoup de manipulations, beaucoup de divertissement au détriment de l’information. Je crois que vous, et j’ai toujours respecté cela, avez la capacité d’analyser les choses et donc de ne pas vous arrêter à la surface, à ce que l’on vous a laisé croire et qui, au final, a eu cet écho retentissant : le commandant qui abandonne ce navire.
Je suis descendu du pont 8, le navire penchait nettement, j’ai quasiment aperçu la chaloupe de sauvetage en dessous la porte d’embarquement, c’est là que j’ai dû faire un choix, je ne pouvais pas rester sur le navire car le bois était déjà glissant à cause de l’inclinaison de 50 à 55 degrés, j’ai été pratiquement obligé d’aller sur le canot, je ne sais pas si j’ai glissé ou si je suis tombé, c’est le navire qui a bougé, je n’imaginais pas qu’on donnerait une telle importance à la chute, le commandant marche et trébuche sur une chaloupe de sauvetage ! C’est de la méchanceté pure « .

Mais si vous deviez nous raconter aujourd’hui ce qui s’est passé, vous avez glissé, vous êtes tombé, vous êtes allé jusque-là, vous avez voulu y aller… Quelle est la vérité ?

 » Je n’ai pas trébuché ni chuté. Le sol a simplement disparu sous mes pieds, comme une secousse de tremblement de terre, le sol s’effondre que faites-vous ? Vous tombez avec le sol … « 

Mais vous atterrissez sur le rocher. Vous avez assisté au naufrage du navire depuis le rocher, dit-on, qu’avez-vous ressenti en arrivant sur ce rocher ?

 » Franchement j’aurais voulu la soutenir de mes mains mais je ne le pouvais pas. La seule chose que j’ai faite, c’est d’attraper mon portable et d’appeler immédiatement les secours. « 

Commandant, certains de vos officiers ont sauté à l’eau et d’autres ont tenté de secourir les passagers qui étaient dans l’eau entre le navire et le rocher, n’avez-vous pas été tenté de vous jeter à l’eau vous aussi pour leur porter secours ?

 » Ce que j’ai vu, c’est qu’il y avait déjà 5 ou 6 personnes qui s’approchaient du rocher, autrement dit, je n’ai vu personne se noyer dans l’eau, honnêtement ”.

Commandant, quand avez-vous compris qu’il y avait des victimes ?

 » Je crois que le capitaine de la Capitainerie, De Falco, m’a dit qu’il y avait déjà des victimes, mais je ne sais pas si c’était exact, s’il y avait vraiment des victimes, c’est lui qui a été le premier à me le dire.
J’espérais toujours que ce ne soit pas vrai, ça aurait pu être quelqu’un qui s’était évanoui et puis avait repris ses esprits ensuite « .

À un moment donné, De Falco vous demande de revenir à bord, lors d’un appel téléphonique resté célèbre et qui a fait le tour du monde. Pourquoi ne remontez-vous pas à bord et qu’avez- vous ressenti en réécoutant cet appel ?

 » Entendre cet appel téléphonique ne m’a fait aucun effet parce que je me suis mis à la place de mon interlocuteur. D’une manière générale, lorsqu’on gère des opérations de sauvetage à distance, il est essentiel d’être bien attentif à ce que dit la personne qui représente vos yeux à ce moment-là et de bien comprendre le contexte dans lequel la situation se déroule. En tant que commandant, je n’ai jamais donné un ordre qui ne pouvait pas être exécuté, lui, il m’a donné une tâche sans comprendre qu’il était impossible de la faire. Le problème, c’est qu’il n’avait pas réalisé que le navire avait coulé sur son côté droit. J’aurais dû nager 300 mètres, c’est-à-dire sauter dans l’eau, faire le tourP de la proue, voir la passerelle, avec mon téléphone portable à préserver car entre-temps je devais parler à la cellule de crise. Je faisais quelque chose de bien plus sérieux « .

Le fait est que d’autres officiers ont débarqué à 6h#0 du matin.

 » Ils l’ont fait aussi pour se protéger eux-mêmes. En quel sens ? Si j’avais voulu me protéger, je me serais placé du côté bâbord, certain que le navire ne coulerait pas, et pourtant j’étais ici (à tribord) « .

Cependant, si vous étiez resté là-bas, vous ne seriez pas aujourd’hui le lâche que toute l’Italie croit que vous êtes.

 » Le lâche c’est celui qui, dans une situation dangereuse, tente d’en tirer profit.
Si j’avais su que cet appel téléphonique serait rendu public, le ton de la conversation aurait certainement été différent.
Laisser mon ego prendre le dessus aurait signifié raccrocher le téléphone et le jeter à l’eau. Je nai pas compris à quel jeu nous jouiions… et là, il s’en est fallu de peu, et j’ai de la chance de ne pas l’avoir fait, car j’aurais fait étalage de toute ma napolitanité et je lui aurais fait un peu comprendre qui était le commandant Francesco Schettino « .



L’IMPACT

 » Avant de se mettre en mode droite toute, il faut avoir la perception d’un danger, car jusqu’à ce moment-là, aucun d’entre nous n’avait détecté le danger, logiquement, nous n’aurions pas dû descendre autant au sud car ce n’était pas planifié, et même quand on doit effectuer un inchino, il ne servirait à rien de le faire à 50 mètres, ni à 100 mètres « .

Et si vous n’aviez pas ordonné ce virage à droite lorsque vous dites : « Dieu a posé sa divine main sur ma tête », que se serait-il passé ?

 » La main de Dieu, c’est justement pour dirent qu’il y avait un obstacle. L’instinct, l’observation, l’attention, m’ont fait pressentir qu’il y avait quelque chose d’important à faire, car j’ai vu cette écume blanche. À tel point que même les officiers racontent que j’ai quitté mon poste, qui était pratiquement tout près de la barre, pour me rapprocher, pour ainsi dire, de la vitre du pont afin d’avoir une meilleure vue.
Finalement, j’ai réussi à éviter la collision frontale « .

Écoutez, pouvez-vous me faire un schéma de ce qui a pu se passer sur cete route ?

 » Voici le rocher, voici l’autre, plus loin. Le navire était censé suivre ce chemin… La limite à partir de ce rocher était censée être cette distance, soit 0,5 mille (il dessine 0,5). Il devait effectuer un virage comme celui-ci (il dessine un demi-cercle). Au lieu de suivre cette route, à partir de ce moment-là, il a fait ceci (il dessine un autre demi-cercle dans la partie supérieure) ”.

Pourquoi le navire a-t-il dépassé ce point et est-il allé plus loin ?

 » Parce qu’il a commencé le virage en retard. Pendant que nous faisions ce trajet, je parlais au téléphone avec le commandant « .

Cependant, selon le parquet, l’échange téléphonique que vous avez eu avec Palombo a été un moment de distraction.

 » À ce moment-là, je suis monté sur la passerelle, j’ai ordonné la navigation manuelle et je n’étais pas aux commandes, la direction de la navigation revenait à l’Officier.
Il s’agit d’un accident banal où la fatalité a trouvé sa brèche précisément dans l’interaction entre les êtres humains.
Je pense qu’il y a eu un malentendu sur le fond dès le départ , et c’est précisément pour cela qu’il y a de la colère.
C’est comme si toutes les têtes s’étaient déconnectées et tous les instruments avec.
Mais on arrive à un point où il faut pouvoir prononcer les mots et donc dire « mais qu’est-ce que nous fabriquons ? »
Je m’en veux d’avoir été distrait et d’avoir dit que cette distance devait être reportée comme par routine, car quiconque observe une situation de proximité excessive sur un radar se doit de la signaler « .

Votre problème était d’évaluer le niveau de l’inondation. N’y arriviez-vous pas ?

 » Non, je n’arrivais pas à la cerner, ou plutôt je n’en étais pas sûr. On ne peut pas débarquer 4 000 passagers en mer à la légère.
À ce moment-là, j’ai décidé d’agir comme je l’ai fait parce que je croyais sincèrement que l’impact n’avait pas affecté tous les compartiments étanches qu’il avait touchés « .

Ne regrettez-vous pas d’avoir attendu 45 minutes avant de donner l’alerte générale ?

 » Non, je ne regrette absolument rien. Je le répète, c’était la bonne décision. Car, pour évacuer le navire, j’aurais dû l’arrêter. Il aurait été insensé d’interrompre un événement favorable qui se déroulait : le navire dérivait vers la côte, il aurait donc été imprudent de l’arrêter pour mettre les canots de sauvetage à l’eau, sur une profondeur de 100 mètres où le navire aurait alors certainement coulé. Si le bateau avait chaviré à cet endroit, malheureusement, j’ignore combien il y aurait eu de victimes, mais il est certain qu’en eau moins profonde il y a eu moins de victimes « .

Vous commencez par vous adresser principalement à la cellule de crise de Costa Croisières. Et vous dites immédiatement : « j’ai fait une catastrophe », comme si vous aviez réalisé la gravité de la situation ?

 » Oui, mais un navire à passagers qui a le moteur de conduction inondé après une collision c’est déjà une catastrophe, ça ne peut pas être pire « .

Ferrarini et la cellule de crise de Costa ne vous ont-ils pas dit, dans leurs premières communications, d’attendre pour donner l’alerte générale et l’abandon du navire ?

 » Non, absolument pas « .

Pourquoi avez-vous indiqué à la Capitainerie du Port, lors de votre première communication, que vous aviez seulement un black-out et n’avez-vous pas mentionné l’impact avec le rocher ?

 » Nous étions en train d’évaluer l’état du navire « .

Lorsque cette communication a été faite, Capitaine, vous saviez déjà qu’il y avait une voie d’eau dans la coque, car vous l’aviez déjà signalé à d’autres personnes, comme à Ferrarini.

 » La première communication concernant la panne de courant était due au fait que je souhaitais, entre-temps, demander un remorqueur, ce que j’ai finalement fait.
Un remorqueur pour nous sortir de là, car il n’aurait pas été judicieux d’en appeler un pour un navire en train de couler.
Je ne voulais surtout pas créer une information de contact entre la terre et le navire et commencer à dire : « On a heurté un rocher, on coule ! » et les gens auraient sauté à l’eau. C’était une façon de protéger les gens au début et tant que j’ai cru que les conditions seraient réunies pour que le navire ne coule pas.
J’ai commencé à en douter quand Iaccarino a commencé à dire : « L’eau arrive sur le pont 0. » Peut-être que si j’avais eu cette information plus tôt … il aurait été plus important de l’avoir là « .

Autrement dit, si vous aviez su que « l’eau arrivait au pont 0 », qu’auriez-vous fait ?

 » Automatiquement, j’aurais fait évacuer immédiatement « .

Mais, commandant, aviez-vous conscience de la panique qui avait déjà éclaté à bord à ce moment-là ?

 » En réalité, le signal d’alarme général sert à rassembler les passagers.
En réalité, ils avaient déjà effectué la majeure partie du travail eux-mêmes. À tel point que lorsque nous avons donné l’alerte générale, environ 20 minutes plus tard quand l’ordre d’abandonner le navire a été donné, les canots de sauvetage étaient remplis et tout le monde était déjà à bord.
Le navire commença alors à gîter rapidement, et l’abandon du navire devint absolument nécessaire.
Le problème n’était donc pas de les alerter, mais de les rassurer.
Autrement dit, il n’y a pas de naufrage parfait.&
Imaginons donc ce même navire coulant avec des ponts horizontaux, ici il y a eu un véritable chavirage et malheureusement, dans cette phase de chavirage, le temps s’est accéléré ; assurément, si nous avions eu 5 minutes de plus, 10 minutes de plus, il n’y aurait eu aucune victime « .

Que voulez-vous dire par « si le navire avait chaviré 10 minutes plus tard » ?

 » Oui, on a estimé qu’à la fin il y avait plus ou moins 50 personnes encore à bord. Sachant qu’un canot de sauvetage peut contenir 150 personnes … « 

Je vais vous lire quelques déclarations officielles de vos officiers.
Martino Pellegrini, responsable de la sécurité, a déclaré : « L’état mental du commandant semblait altéré, il allait en s’aggravant, sa voix tremblait. »
Iaccarino a déclaré : « Il était en état de choc. »

 » Voilà donc leur perception. Moi, ce qui me surprend, c’est que ces déclarations sont  contredites par la vérité qui a émergé par la suite de la boîte noire « .

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L’Amiral Minaudo confirme la justesse de la manœuvre du commandant Schettino

L’Ammiraglio Minaudo conferma la correttezza della manovra del Comandante Schettino

Vidéo mise en ligne sur YouTube le 30 juin 2015 par Giuseppe Minaudo

Les rapports d’enquête montrent que les capacités évolutives de Costa Concordia auraient permis au navire de contourner Le Scole si le timonier avait rapidement exécuté tous les ordres du commandant Schettino, bien que donnés en urgence et au dernier moment.

Vous ayez appris d’une manière ou d’une autre à connaître cette dynamique,  vous l’ayez étudiée, vous l’avez analysée, puis vous avez eu l’occasion d’en approfondir certains aspects en lisant ce livre. Je vous poserai alors cette question précise, en vous basant sur votre expérience et l’idée que vous vous êtes fait de cette nuit tragique et maudite : quels sont les points clés qui ont été abordées dans cet ouvrage parce qu’ils méritent, l’attention de l’opinion publique, et que celle-ci doit peut-être apprendre à se familiariser avec ces aspects techniques et à les comprendre.

L’Ammiral Minaudo

Merci. Il n’est pas simple de répondre à une telle question.

J’ai principalement lu les chapitres techniques de ce volume et je dois dire que ce que vous dites est extrêmement intéressant et que les informations ont été recueillies chronologiquement, comme lors d’une enquête sur un accident Maritime.
Je dois donc dire que de ce point de vue, c’est parfait. Mais certaines choses m’ont beaucoup laissé perplexe : la description des faits est faite, elle est réalisée par des techniciens, elle est expliquée et clarifiée par le commandant Schettino, mais en réalité, elle n’est pas perçue correctement par tous ceux qui l’écoutent, et en premier lieu malheureusement par la Radio, la Télévision et les journaux.
Et ils ont mal interprété ce qui était écrit.
Ce n’est pas une accusation contre qui que ce soit, mais je tiens à préciser que la terminologie nautique et les techniques de navigation relèvent d’un art du passé, d’une science actuelle et d’une législation nationale et internationale qui vise à éliminer les accidents et les avaries possibles.
Autrement dit, quiconque exerce un métier et surtout un métier en mer, se doit d’être un connaisseur, un expert de la mer, un expert en technologie, un expert en navigation. Et tout cela s’acquiert grâce à des années d’expérience comme celle du capitaine Schettino.
Car voyez-vous, 30 ans en mer, ce n’est pas rien, et une expérience de ce genre ne peut pas se transmettre en peu de temps, ni par des rapports ou un échange de questions-réponses avec le procureur, car personne ne peut transmettre son permis bateau à son petit-fils.
Voici donc le premier point, la première difficulté. Je dois dire qu’à la lecture des chapitres techniques, j’étais moi-même perplexe car certains points n’étaient pas clairs.
Voici pour le premier point, deuxième point : des experts éminents et reconnus ont décrit des faits techniques. Sans vouloir offenser personne, il aurait mieux valu laisser le soin d’expliquer à un professeur de navigation qu’à un médecin pour comprendre comment se déroule une manœuvre.
Que se passe-t-il lorsque la planche du gouvernail bouge ? C’est comme lorsqu’on met la main dans l’eau sur un bateau : on plonge la main, on la fait pivoter, et l’eau est repoussée, elle se rapproche du bateau. Le mécanisme fonctionne donc parfaitement, c’est la chose la plus simple du monde. Mais expliquer ces choses d’abord aux avocats, puis au procureur, et enfin au juge, je pense que c’est mission impossible.

Vittoriana Abate

Nous ne nous étions jamais rencontrés avant ce soir, et j’ai été frappé par certaines de vos réflexions, notamment celle sur la manœuvre dite de la baïonnette, une réflexion qui m’est venue spontanément à la lecture des actes du procès.

L’Ammiral Minaudo

Alors, je dois avouer que je n’ai jamais entendu parler de la manœuvre de la baïonnette dans le jargon nautique. Je m’excuse donc, si quelqu’un peut m’éclairer sur ce point, car c’est un terme tout nouveau pour moi ?
Concernant le jargon nautique, j’en discutais justement avec des amis et des journalistes, la terminologie nautique actuelle a été copiée au milieu du XIXe siècle à partir de dictionnaires, principalement anglais, rédigés par les élèves des écoles navales militaires anglaises. Ces dictionnaires navals ont ensuite été traduits dans différentes langues, et nous, en Italie, avons dû les traduire également en italien.
Mais quelle était donc cette langue italienne, puisque tous nos marins, dans les différents royaumes qui composaient l’Italie, parlaient des dialectes locaux ? Un Amiral illustre a créé un dictionnaire à la fin de l’an 800 avec ses collaborateurs. Ce dictionnaire, publié en Italie, était un recueil de termes nautiques adaptés de divers dialectes, et disons, toscanisés. C’est cette terminologie nautique que nous utilisons quotidiennement. Alors, comment expliquer quelque chose de technique à des gens qui ne sont pas du métier ? Certains termes sont incompréhensibles s’ils ne sont pas employés par des professionnels entre eux. C’est impossible, et surtout, les conséquences d’une manœuvre et une manœuvre difficile sont réellement difficiles à appréhender.
Dans les années 1950 et 1960, la législation internationale, et donc la législation en vigueur, était dictée avant tout par cet organisme des Nations Unies, l’Organisation Maritime Internationale (OMI), qui a enjoint à tous les pays de procéder à des essais en mer dès la mise à l’eau d’un navire.
Ces essais, conformes aux normes, devaient permettre d’obtenir des valeurs numériques indiquant les caractéristiques de manœuvrabilité du navire.
Par ailleurs, les lois internationales, les normes internationales, surtout le directives et aussi les recommandations, ont été mises en application par la législation nationale, qui, recevant ces suggestions, exigea notamment que les résultats de ces essais soient affichés sur la passerelle afin que chacun puisse les consulter.
Il s’agit d’un petit dessin tout simple à différentes allures et avec différents angles de gouvernail, qui montre à quels points le navire est respectivement en avance ou en retard.

Vittoriana Abate

C’est un point du super-rapport d’expertise du GIP qui n’a pas convaincu  qui ne vous a pas convaincu la juge d’instruction Valeria Montesarchio. C’est un point que vous avez souligné, avant le Scole, sur lequel je reviendrai car c’est un aspect important.

L’Ammiral Minaudo

Oui, je disais donc qu’Internet m’a aidé dans cette réflexion, car j’ai effectué des recherches et je suis tombé sur un rapport très spécialisé, un rapport dans lequel ils tentaient de démontrer ce que pourrait être la courbe d’évolution, autrement dit, la courbe que suit votre voiture lorsque vous tournez le volant, la trajectoire de votre voiture varie en fonction de l’angle de braquage.
Sur un bateau, c’est à peu près pareil. Les moteurs du bateau contribuent d’une certaine manière à ce mouvement.
Quel est le problème avec ce rapport ? il parle d’un navire qui a deux hélices et entre ces deux hélices, en plein milieu, se trouve un gouvernail.
Comment fonctionne un gouvernail ? Un gouvernail est une lame, comme je l’ai dit précédemment, une main qui se déplace dans l’eau et qui s’oriente d’une certaine manière, seule la lame du gouvernail est affectée par le mouvement de l’eau de la proue vers la poupe lorsque le navire avance.

Vittoriana Abate

Expliquons clairement même pour un public de non-initiés ce que ça signifie. Autrement dit, l’expertise, la super-expertise, sur quel type de navire cette expertise a-t-elle été réalisée ?

L’Ammiral Minaudo

L’expertise a été faite pour un navire à deux hélices et un gouvernail central, placé dans le même axe que ces hélices. Ainsi, le flux d’eau est projeté directement et à grande vitesse contre la lame du gouvernail. Une simple impulsion suffit à faire virer le navire très brusquement.
Pour répondre également à la première question, la manœuvre de la baïonnette, qui ne repose sur aucune manœuvre planifiée, est appelée manœuvre AZ ou manœuvre en zigzag.
Elle consiste à placer le gouvernail complètement d’un côté afin que la poupe se déplace du côté opposé, après quoi à remettre le gouvernail au milieu et enfin à le placer dans l’autre direction.
De cette manière, il est possible d’empêcher la poupe du navire d’aller heurter un rocher, un obstacle et de le contourner car la rotation de la partie avant du navire est beaucoup moins importante que la rotation de sa partie arrière « .

Vittoriana Abate

Je profite encore votre présence et donc de votre expérience pour vous demander, en revenant précisément à la manœuvre du commandant Schettino cette nuit-là sur le Concordia, comment cette manœuvre a été exécutée de votre point de vue, selon votre expérience surtout ?

L’Ammiral Minaudo

Je ne veux donc pas me contenter de rapporter un fait technique, mais je parle aussi avec mon expérience personnelle : la manœuvre effectuée par le commandant Schettino était parfaite et lui aurait permis de contourner l’obstacle si les ordres avaient été parfaitement exécutés.
Si quelqu’un en doute, qu’il prenne l’un des navire jumeaux du Costa Concordia, qu’il le filme pendant qu’il effectue les mêmes manœuvres à la même distance du rocher et cela prouve que le navire franchit bien l’obstacle.
Les ordres doivent être respectés. Ce sont des ordres précis « .

Vittoriana Abate

Ammiral, vous faites bien sûr référence à ce qu’on a appellé l’erreur du timonier.

L’Ammiral Minaudo

Bien sûr. Là-dessus, il n’y a aucun doute, il n’y a aucun doute.

Vittoriana Abate

Ce que vous êtes en train de nous dire, en vous basant sur votre expérience, c’est que le navire aurait franchi les rochers de Le Scole sans encombre si le timonier avait suivi scrupuleusement les ordres du Commandant.

L’Ammiral Minaudo

Absolument, oui, ou du moins l’impact aurait été considérablement réduit.

Vous avez donc compris l’intervention de Vittoriana Abate qui a interagi avec l’Amiral Minaudo précisément parce que, ayant traité ces questions en détail, elle a tenté de susciter ces réflexions, qui sont fortes et que chacun peut accueillir comme il l’entend, mais qui, au moins, donnent à réfléchir.
Je souhaiterais solliciter l’intervention de Salvatore Proto de la Wesmans, qui nous vient de Norvège. (Wesmans est une société scandinave de premier plan, fondée en 1895, spécialisée dans l’expertise maritime, la gestion des sinistres et le conseil pour le secteur de l’assurance et du transport maritime, Salvatore Proto en est le Directeur)

Monsieur Salvatore Proto

Vous me connaissez sans doute, car je suis de la péninsule et j’en suis parti. Je vis en Norvège. Ceux qui me connaissent le savent également : je suis le Directeur de l’une des plus anciennes sociétés du monde, à Cleveland.
Je connais bien Arne Sagen, car il a reçu de nombreuses distinctions dans sa vie et dans sa carrière professionnelle. Notre société s’occupe d’évaluer en fait dans la réalité ce qu’est un accident en général. Nous avons 120 ans d’expérience, et lors du naufrage du Costa Concordia, mes collègues m’ont dit : « Schettino ! Sorrento ! vous êtes de Sorrento ! » J’ai été un peu surpris, mais connaissant le monde maritime depuis tant d’années – j’ai toujours eu à faire avec les navires – je me suis posé la question : comment est-il possible que ce navire ait eu un tel accident ? Je n’ai donc pas cherché plus loin, nous sommes une société qui pouvait répondre à la question, nous avons commencé à évaluer nous-mêmes les circonstances de l’accident.
Non pas parce que quelqu’un nous l’a demandé, mais parce que nous voulions comprendre pourquoi c’était arrivé.
Aujourd’hui, la construction navale et les navires de croisière représentent le secteur économique majeur, générant des milliards gens voyagent. Si nous ne parvenons pas à comprendre ce qui s’est réellement passé avec le Costa Concordia, nous ne pourrons pas éliminer ces causes, et ainsi nous priverons ma femme, mes enfants, ma mère n’est malheureusement plus, mes proches, de réaliser dans le futur un voyage en mer, nous les priverons du bonheur, de la joie de monter sur un navire de croisière.
J’ai donc voulu répondre personnellement à mes collègues en disant :  » Écoutez, ce n’est pas ce que vous croyez. « 
C’est pourquoi je suis heureux de vivre en Norvège et d’être dans ce pays, parce qu’on bénéficie de beaucoup d’attention.
Arne Sagen le démontre d’ailleurs de sa propre initiative. Lorsqu’il a appris que quelqu’un avait commencé à dire : « Écrivons ces vérités, ces révélations, écrivons ce qui doit émerger », il a souligné la nécessité de commencer à comprendre ce qui s’est réellement passé, pas de défendre Schettino. J’e n’ai connu Schettino que récemment, je le dis publiquement.
Depuis 120 ans, notre objectif en tant que société n’a jamais été de nous défendre entre nous. Nous voulons comprendre et dire aux gens : attention, si vous montez sur un navire il peut y avoir ce risque.
Et la gestion de ce navire n’est pas uniquement assurée par le capitaine, mais par un système global, très bien expliqué par Arne Sagen et présenté dans AISM International, un magazine hebdomadaire. Ce système prend racine au sein de la Compagnie
N’oubliez pas que c’est tout le management qui doit être parfait.
Je vais immédiatement conclure sur l’affaire Schettino …

Vittoriana Abate ( … )

Monsieur Salvatore Proto

… comme le dit Arne Sagen qui répète que le cas de Schettino est la honte de l’Italie.
Mais n’ayez pas honte de l’Italie pour ce que vous avez dit, non. Il est possible qu’en désignant Schettino comme le seul responsable, le commandant comme le seul coupable, nous ayons effacé des années de travaux, d’études visant à améliorer la sécurité des navires.
Nous investissons massivement dans ce domaine, à tel point que notre société – et je préférerais que cela ne soit pas écrit, car je ne souhaite pas faire de la publicité là-dessus – notre société a créé un comité d’experts exclusivement norvégien et a invité des spécialistes internationaux possédant une vaste expérience dans ce secteur afin de rendre les navires de croisière, et notamment ceux qui présentent les risques les plus élevés, les plus sûrs possible.
Voici notre point de vue.

Vittoriana Abate

J’aimerais poser une question, je pense que monsieur l’ingénieur a introduit un concept que je trouve très intéressant et également très important, et que j’aimerais que vous développiez brièvement. Il a introduit le concept d’accident qui concerne, qui implique toute une organisation. Qu’est-ce que cela signifie ?

Monsieur Salvatore Proto

Certainement. Un accident impliquant toute une organisation commence par le code ISM/Code International de la Gestion de la Sécurité en Mer. Le code ISM correspond à une procédure préventive, également mise en œuvre lorsqu’un accident survient. Il s’agit d’une mesure préventive visant à éviter qu’il ne se produise. Et après un accident, une procédure complète est mise en place pour minimiser son impact.
Il y a trois phases dans l’affaire du Costa Concordia, et je suis ravi que ce livre soit publié.
Je viens de lire un passage, mais il y a bien trois phases : ce qui s’est passé avant la collision avec les rochers, ce qui s’est passé pendant, et ce qui s’est passé après.
Comme nous avons également analysé les données de la boîte noire, je n’arrive pas à comprendre pourquoi personne ne révèle à l’opinion publique ce qui s’est passé d’une façon ou d’une autre, étant donné que ces données figurent dans les actes du procès et que nous les avons analysées. Nous avons analysé les actes du procès, nous n’avons pas analysé les opinions mais les actes du procès. Nous avons lu des pages, des pages et des pages pour essayer de comprendre. Personne ne nous a donné la moindre indication, nous voulions comprendre ce qui s’est passé avant.
Eh bien, je peux vous affirmer qu’avant l’impact, les responsabilités ne reposent pas uniquement sur le capitaine. Pendant l’impact, d’autres responsabilités ne lui incombent pas uniquement, mais aussi au reste de l’équipage qui avait des tâches spécifiques à accomplir, et aussi à l’équipement matériel concerné.
Je crois que le capitaine, dans ce cas précis, a agi après l’impact avec un professionnalisme et une expertise remarquables, bien au-delà de ce que nous avons vu, car il a empêché le navire … en rapprochant le navire des rochers du bas-fonds il a évité que la tragédie ne touche un nombre bien, bien plus grand de victimes que les 32 qu’il a faites.
Voilà ce que nous avons lu.

Merci pour votre contribution.

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Schettino : Je n’ai jamais quitté volontairement le Concordia.

Je n’ai jamais quitté volontairement le Concordia.

Non ho mai abbandonato volontariamente la Concordia

Une interview exclusive de Franco Esposito publiée le 9 juillet 2015 sur YouTube par le journal Telecolore Salerno
Francesco Schettino a accordé une interview exclusive à Franco Esposito. Le directeur de Telecolore s’est longuement exprimé sur l’abandon du navire, un crime pour lequel Schettino a été condamné, ainsi que pour homicides multiples involontaires et pour naufrage. Mais au-delà de l’aspect purement pénal (Schettino a été condamné à seize ans de prison par le tribunal de Grosseto en première instance), l’abandon de navire reste le comportement le plus éthiquement odieux pour tout le monde. Dans cette interview, Schettino tente d’expliquer sa version des faits et, pour la première fois, exprime ses attentes quant aux motifs de la sentence, qui seront rendus publics dans quelques jours. Filmé par Francesco De Angelis. (090715 Franco Esposito, Francesco De Angelis)

Franco Esposito
Schettino, pourquoi avez-vous accepté de confier à Vittoriana Abate ce qui constitue un véritable Mémoire, du moins en ce qui concerne le premier degré de ce procès.

Francesco Schettino
Écoutez, plutôt qu’un Mémoire, c’est mon récit. Et elle, elle a toujours montré qu’elle cherchait la vérité, à comprendre le déroulement des événements, et elle as su interpréter avec fidélité mon histoire, ma pensée.

FE
Voilà. Et pourquoi avez-vous eu besoin d’un livre pour exprimer vos pensées ? Il y a eu un procès, et dans un procès, il y a des contre-interrogatoires, il y a des actes. Bref, le récit de la vérité se construit lors d’un procès.

FS
Dès les premiers jours de mon assignation à résidence, durant laquelle, comme vous le savez, cette mesure interdit tout contact avec l’extérieur que ce soit par téléphone ou par courriel, j’ai été contraint de subir la violence médiatique et d’écouter une version déformée des faits, et ce pendant six mois.
Je me doutais déjà qu’il y avait un barrage médiatique. Il n’y avait pas de réelle volonté de relater les faits tels qu’ils s’étaient déroulés. De plus, ceux qui connaissaient la vérité n’ont pas permis aux journalistes, ceux qui font leur travail, de pouvoir documenter la vérité.
Et ce fut le début de ce long phénomène, si je puis dire, au cours duquel je n’avais pas encore compris qu’il me serait ensuite impossible, au fil des années, de raconter le déroulement exact des faits.

FE
Mais vous avez répondu à 30 heures d’interrogatoire avant le prononcé de la sentence.

FS
Comme vous avez pu le constater, ces 30 heures d’interrogatoire n’ont pas été intégralement publiées, et les médias n’ont pas rapporté tout ce qui en est ressorti.

FE
On a dit de vous que vous étiez un lâche, un incompétent, et que vous envisagiez une reconversion. Vous tenez absolument à souligner dans ce livre, en répondant aux questions de Vittoriana Abate qui, de toute évidence, a documenté toute son enquête à l’aide de pièces du procès, que vous n’étiez pas un lâche.

FS
Écoutez, il y a une boîte noire qui permet d’entendre mes échanges avec les officiers sur la passerelle, et je pense qu’il est possible de comprendre grâce à ces enregistrements si je me suis comporté en lâche ou non.

FE
Vous n’avez donc pas abandonné le navire.

FS
Ce n’est pas que je veuille me blanchir. Mais je souhaite vraiment que le monde comprenne, car j’ai appris que souvent, pour faire parler de nous (les italiens), nous nous faisons nous-mêmes du mal.
Je crois également qu’il est juste et nécessaire de raconter toute l’histoire, de dire toute la vérité, étant donné que, comme vous pouvez le constater, ces photos sont issues des enquêtes.
Le parquet lui-même, les enquêtes du parquet, ont déterminé que j’avais quitté le navire à 00 h 17, au moment précis où le patrouilleur de la Guardia di Finanza a lancé un appel radio à toutes les autres unités de la zone, les avertissant de s’éloigner du Concordia parce qu’il était en train de chavirer.
Il existe un enregistrement audio de cet appel, que vous pouvez écouter :  » Attention à tous les navires dans la zone :  le navire va chavirer, le navire chavire !  » Voici une photo …

FE
Vous étiez encore sur le navire à 00 h 17 ?

FS
Bien sûr, j’était encore dessus et ce n’était pas moi qui le dis, car cela a également été dit par divers témoins lors de l’interrogatoire des témoins au tribunal .
Et voici dans le livre les transcriptions des procès-verbaux de leurs témoignages. Bien.
Voici quelques photographies que j’ai reçues d’un photographe, M. Enzo Russo, qui les a lui-même obtenues d’un touriste chinois qui se trouvait sur le quai avec son trépied, et qui a pratiquement filmé le naufrage proprement dit du navire en séquences chronologiques, reconstituant ainsi l’événement.
Le livre mentionne ici les deux chaloupes de sauvetage restées coincées sous les bras déployés des grues. Le système de grues permettant la mise à l’eau des chaloupes de sauvetage s’étend pour les descendre par-dessus bord et les poser correctement sur l’eau.
Lors de la rotation du navire, ces bras sont restés déployés et ont harponné la coque en fibre de verre des chaloupes, elles allaient pratiquement être écrasées sous le bord.
Donc, voici les résultats de l’enquête.
Alors je me demande, compte tenu de l’évidence de ces preuves et indépendamment de la ligne éditoriale que peut adopter un journaliste dans un tribunal, sachant que ces messieurs sont venus assister à 70 audiences, je me dis : comment se fait-il qu’ils n’aient pas réussi à porter cette vérité à la connaissance de leurs lecteurs ?
Voilà mon problème et la question que je pose.
Par conséquent, ce livre, outre le fait d’être un témoignage de la vérité, est aussi un moyen de porter à l’attention du public les résultats des enquêtes sur lesquelles le procès a été instruit.

FE
Cependant, commandant, malgré ces photos, le tribunal vous a reconnu coupable d’abandon du navire.

FS
Il y a eu réduction, c’est certain, et maintenant il nous faudrait comprendre pourquoi. Quelles en étaient les raisons ?
C’est pourquoi, par respect pour le pouvoir judiciaire, j’ai voulu faire preuve de prudence dans mes déclarations. concernant les images.
Les images … on m’avait conseillé de sortir le livre avant le prononcé du verdict.
Je m’y suis opposé car je ne voulais absolument pas manquer de respect à un tribunal qui a prouvé son humanité et sa sensibilité face aux problèmes des vicissitudes humaines.
J’ai toujours bénéficié d’un grand respect de la part du Corps des Magistrats, je m’y connais en hommes et je sens comment un homme perçoit un autre homme. Ce sont des choses que je n’oublierai pas.
Par respect, je n’ai pas souhaité commenter la présentation du livre, et donc, je me réserve donc le droit de comprendre pourquoi il a été donné un an a été accordé pour abandonné du navire.
Alors qu’en réalité, il s’agissait clairement d’un phénomène pratiquement physique et non d’un choix volontaire de ma part.

FE
Senta ma perché quella notte poi dopo c’è quell’immagine lei va a dormire in hotel c’è quell’intervista che rilascia se non ricordo male
Écoutez, mais pourquoi ces images la nuit suivante, où vous dormez à l’hôtel, et vous donnez unevinterview, si je me souviens bien ? Il y a aussi ça, malheureusement.

FS
Écoutez, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit.
Vers 11h30, peut-être midi, l’avocat de Costa Croisières m’a dit alors que que j’étais dans un bureau de district de la Capitainerie du Port du Giglio, il m’a dit qu’il avait un taxi et que si je voulais, je pouvais aller à l’hôtel prendre une douche. Je suis donc allé à l’hôtel à midi et j’y suis resté un quart d’heure, le temps qu’ils me transfèrent ensuite en patrouilleur à Porto Santo Stefano.
Comme vous le voyez, malheureusement, il n’y a rien de vrai là non plus.

FE
Écoutez Schettino, nous attendons maintenant les motifs de la sentence, qu’en attendez-vous ?

FS
Je suis convaincu que les motifs de la sentence seront présentés avec professionnalisme et rigueur.
Au cours de ces 70 audiences, j’ai pu apprécier le professionnalisme du juge et de l’ensemble du tribunal de Grosseto.
Donc, si les raisons ne se reflétaient pas dans ce que j’ai, disons, ressenti ce soir-là, ce que j’ai essayé d’expliquer dans le livre, je crois qu’elles n’auraient pas été clairement expliquées parce que je crois que le procès s’est déroulé d’une manière remarquable, c’est tout.
Il n’est pas difficile pour un juge de comprendre, par exemple, certains aspects techniques.
Si les avocats, si les consultants techniques de l’enquête préliminaire avaient été compris, si toutes les discussions entre les experts qui ont eu lieu lors de ces 70 audiences, toute ces successions dynamique d’arguments même techniques étaient portées à l’attention des juges, je suis convaincu qu’ils feraient un excellent travail.

FE
Pour terminer, comment vit-on lorsqu’on est jugé par les gens symbole de la lâcheté de ce pays, comme je l’ai constaté ?

FS
Écoutez, je ne pense pas que les gens me jugent comme un lâche ou un symbole d’habileté parce que c’était tellement évident.
Il est tellement évident que l’appel téléphonique dont nous avons parlé est ce que De Falco a fait pour mettre un sceau sur toute cette histoire : quiconque l’écoute plusieurs fois réalise que c’est un sketch.
Il y a donc eu encore trois années de procès pendant lesquelles cela n’a toujours pas été expliqué à cause de ce phénomène médiatique qui refusait catégoriquement d’accepter une vérité différente.
Mais je crois que les gens ordinaires, au fond d’eux-mêmes …  parce qu’il est impossible que … où que j’aille, les gens ordinaires qui me rencontrent et me serrent la main me montrent bien qu’ils ont compris comment les choses se sont passées en ce qui concerne l’abandon du navire …
Comme l’a indiqué le Valeriana Abate, les bénéfices de ce livre seront reversés à une Association caritative.
J’ai également eu l’idée d’octroyer une bourse d’études pour l’an prochain à un futur Capitaine au Long Cours qui aura obtenu d’excellents résultats à l’examen pour son savoir-faire de marin et qui décrochera son diplôme avec mention. C’est certain.

FE
C’est ma dernière question : un tribunal vous a condamné à 16 ans de prison en première instance. Vous croyez qu’avec ce livre de Vittoriana Abate, avec vos propos, avec ce que vous avez dit en quelques minutes lors de cet entretien, vous pourrez semer le doute chez les gens ?

FS
Je fais la distinction entre les deux : nous laisserons le procès aux juges.
Ensuite la médiatisation du procès, comme me l’a dit un ancien avocat – je ne parle pas du tribunal de Grosseto, mais des juges précédents –  les auraient mis en difficulté pour m’accorder, après les six mois d’assignation à résidence, une mesure moins contraignante d’après laquelle j’étais tenu de rester dans ma ville.
On justifie donc cela comme si l’opinion publique, en bien ou en mal, avait eu une certaine influence sur le juge.
Je ne crois pas que cela se reproduira dans le futur, et ce livre n’a pas pour but de perturber le bon déroulement d’un procès.
Il s’agit d’un livre, d’une lecture des actes du procès, rédigé avec le professionnalisme qu’on a bien voulu me reconnaître à l’échelle Inter Nationale dans les années qui ont précédé l’accident.
Je me suis permis d’offrir une perspective et une lecture des événements différentes à l’attention de ceux qui, malheureusement, n’ont pas été informés.
Il ne s’agit donc pas, disons, de créer une occasion de toucher la sensibilité du tribunal.
Ce livre est dédié au lecteur, à ceux qui auraient dû être informés.
Il est inconcevable que, trois ans plus tard, on me demande encore si j’ai abandonné le navire ou non.

Le Verità Sommerse: Vittoriana Abate intervista il Comandante Francesco Schettino (Italian Edition)

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