” La vérité sur Schettino ? Il a débarqué le dernier ”
Publié par Monique-Mauve dans Journal de bord le 11 juillet 2026

Voici ce que dit Katia Keyvanian, responsable du service auprès de la clientèle sur le Costa Concordia : ” le commandant est un bouc émissaire qui masque des fautes commises par d’autres personnes ”.
un article de Giovanni Terzi, dit Terzigio, paru sur le journal-papier Libero le 27 juin 2022, soit dix ans après l’accident.
Sur cette nuit tragique du 13 janvier 2012 émergent des témoignages inédits qui éclairent d’un jour nouveau le naufrage du Costa Concordia. Parmi eux, celui de Katia Keyvanian, responsable de la réception du navire et témoin du drame.
Je me demande pourquoi nous passons sous silence des témoignages qui proposent une version différente de celle révélée par l’appel téléphonique du capitaine Gregorio de Falco. Sommes-nous certains que le capitaine Francesco Schettino a réellement abandonné le navire ? Sommes-nous certains qu’il n’y avait pas d’autres coupables ? Il convient tout d’abord de souligner que le Costa Concordia n’a pas eu la vie facile. Lors de son lancement en 2005, la fameuse bouteille de champagne n’a pas éclaté. Le 22 novembre 2008, lors de manœuvres d’accostage, le navire a heurté un dock flottant amarré dans le port de Palerme à cause de vents violents, subissant des dommages sur le côté tribord et à l’écoutille d’étrave. Dans la nuit du 3 au 4 mai 2010, un passager russe de 33 ans est tombé à la mer depuis l’un des ponts du navire. Son corps a été repêché quelques jours plus tard, et les causes du drame n’ont jamais été déterminées, bien que le suicide soit l’hypothèse la plus probable. L’accident s’est produit au large des côtes françaises, sur la route entre Savone et Barcelone. Le 7 novembre 2010, lors d’une escale dans le port de Savone, en raison de vents violents, le navire a heurté la tour d’une grue Gottwald, stationnaire et hors service, immobilisée sur le quai 14, la déplaçant de près de 20 mètres. Heureusement, aucun grutier ne se trouvait à bord. En somme, une histoire qui mérite peut-être d’être réécrite, malgré les condamnations, pour faire éclater la vérité que personne n’a voulu révéler.
« Le commandant Schettino n’a pas abandonné le navire. Je suis descendue à 00h10 et il était encore là, supervisant les passagers des canots de sauvetage utilisés pour la navette vers l’île. Il est absolument faux qu’à 23h, il se trouvait à l’hôtel tranquillement, comme l’ont rapporté de nombreux journalistes. »
Ces propos sont de Katia Keyvanian, responsable du service clientèle du Costa Concordia, le navire qui a coulé le soir du 13 janvier 2012 après avoir heurté le plus petit des rochers de « Le Scole », à cinq cents mètres du port de l’île du Giglio.
Pour ce naufrage, qui a causé la mort de 32 personnes et permis le sauvetage de 4 200 autres, le commandant Francesco Schettino a été condamné à 16 ans de prison, une peine qu’il purge actuellement à la prison de Rebibbia.
Katia Keyvanian avait elle-même écrit ces mots poignants sur sa page Facebook immédiatement après la tragédie :
« Je suis Katia Keyvanian. J’ai embarqué le 13 janvier pour remplacer un collègue sur le Concordia. Je serais ravie d’être invitée par les journalistes qui, sans connaître les faits, écrivent et racontent n’importe quoi. Nous avons évacué, dans l’obscurité, alors que le navire gîtait sur le flanc, 4 000 personnes en moins de deux heures ! Des incompétents n’en auraient jamais été capables.
Il est faux que le capitaine ait été le premier à débarquer ; j’étais dans le dernier canot de sauvetage, et il est resté accroché à la rambarde du pont 3 pendant que le navire coulait.
Honte à vous, qui avez écrit qu’il a été le premier à débarquer ! »
Ce sont les mêmes mots que Katia a prononcés lors de son interrogatoire au tribunal, et que d’autres ont aussi utilisés en parlant du capitaine Schettino.
Mais alors, Katia, pourquoi croyez-vous que Schettino a été condamné ?
« Il est devenu le bouc émissaire de crimes qu’il n’avait pas commis. »
Était-il plus facile d’accuser de tout une seule personne que de chercher la vérité ?
« La vérité aurait probablement mis dans l’embarras des gens qu’il valait mieux laisser tranquilles. »
Le Costa Concordia mesurait 298,2 mètres de long, 36,5 mètres de large et 70 mètres de haut. Lorsque sa marraine, Eva Herzigova, a jeté la traditionnelle bouteille de champagne par-dessus bord pour l’inaugurer à Civitavecchia le 7 juillet 2006, on raconte qu’elle ne s’est pas cassée : un symbole interprété de manière négative comme un mauvais présage. À l’époque de son lancement, le Costa Concordia était le plus grand paquebot marchand italien : il avait été construit par Fincantieri au chantier de Sestri Ponente et avait coûté 450 millions d’euros. Les caractéristiques et les dimensions du navire furent largement diffusées pour souligner son caractère unique : à vide, il pesait l’équivalent de 110 Boeing 747, et la longueur de ses câbles électriques aurait pu couvrir cinq fois et demie la distance entre Rome et Milan. Son pont en teck était aussi grand que deux terrains de football, et les nappes des restaurants du bord auraient pu recouvrir une table de vingt-sept kilomètres de long.
Que s’est-il passé à bord du Concordia ce soir-là ?
« Quand il est devenu évident que le navire prenait l’eau et gîtait sur tribord, tout le monde a tenté de rejoindre les canots de sauvetage sur le pont 3. C’était la panique, et nous avons tous fait de notre mieux pour rétablir l’ordre et le calme. Des gens plongeaient, nous leur lancions des gilets de sauvetage à la mer et nous essayiions d’en remonter d’autres. À un moment donné, j’ai vu un homme sur le pont allumer une cigarette qui, compte tenu de la fuite de carburant, risquait de provoquer un incendie. Je l’ai réprimandé et mis en garde contre le danger, et il m’a répondu : « Fumer m’aide à gérer le stress. » »
Quand avez-vous réalisé que quelque chose de grave se passait ?
« À 21 h 45, parce que le gâteau qui célébrait mon retour à bord après cinq mois est tombé par terre. Au début, nous avons pensé que c’était peut-être une manœuvre ratée par d’un officier ; ça peut arriver en mer. »
Et ensuite ?
« Un autre coup. On a cru avoir touché un haut-fond et, comme on nous l’a appris, la priorité absolue est alors d’éviter la panique parmi les passagers. »
Mais la panique s’est installée…
« Quand les lumières ont commencé à s’éteindre, les gens se sont mis à crier.
Puis les garçons de la blanchisserie, qui se trouve bien au fond du navire, sont remontés à la surface, effrayés car le Concordia prenait l’eau. Jusqu’à ce que le directeur arrive et nous dise de récupérer les livres de comptes et l’argent des caisses. Pour moi ça a été le signe qu’on allait d’abandonner le navire. Au bout d’environ 45 minutes, les sept coups de sirène ont retenti, annonçant que tout le monde devait se rassembler aux points de regroupement. À ce moment-là, la panique s’est vraiment emparée des passagers, d’autant plus que nous pouvions apercevoir les lumières de l’île du Giglio qui étaient tout près. »
De quoi vous souvenez-vous, Katia ?
« Je me souviens d’un journaliste qui a simulé un évanouissement pour être le premier à monter dans le canot de sauvetage ; d’un étranger qui a sauté du canot pour remonter à bord, abandonnant femme et enfants pour aller chercher des papiers ; et de bien d’autres choses absurdes, mais compréhensibles, car dictées par la panique. Au fil du temps, le navire s’est enfoncé de plus en plus, et nous avions fini par former un véritable cordon humain pour rester groupés. »
Et le commandant Schettino ?
« Il était là pour coordonner tous les débarquements. Le navire s’inclinant sur tribord, le plancher est devenu un mur. Le navire ayant complètement coulé du côté affaissé, les demandes qu’a faites De Falco pendant près de deux heures, alors qu’il n’était pas sur place, sont illogiques et inconcevables. »
Qu’est-ce qui était inconcevable ?
« Le navire étant coulé, il était physiquement impossible de remonter à bord, et tout cela me met vraiment en colère car la vérité n’a pas été dite. »
Quelle vérité ?
« Que les responsabilités n’étaient pas celles qui ont été attribuées à Schettino.
Personne n’a jamais dit qu’après quelques semaines, le directeur du RINA (NDLR : l’organisme qui délivre les certifications) avait démissionné parce qu’on avait découvert que les portes avaient été installées à l’envers.
Personne n’a précisé que le mauvais cap n’avait pas été visé par Schettino, mais par son second.
Beaucoup de choses n’ont pas fonctionné, mais il était plus facile de rejeter la faute sur le capitaine.
Il est regrettable que lorsque j’ai évoqué ces faits, on m’ait répondu : « Vous étiez sûrement la maîtresse de Schettino. »
Il a été la cible d’un véritable lynchage médiatique, injuste et injustifié. »
Que faites-vous maintenant, Katia ?
« J’ai pris quelques années de congé car cette histoire m’a profondément marquée.
Je suis arménienne, et c’est pourquoi en raison des injustices que subit mon peuple dans le récit dans l’Histoire des évènements qui l’ont frappé, je ne supporte pas les mensonges. »
Pour faciliter le suivi de l’affaire CONCORDIA, en ITALIE
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Petite Méthode le 28 octobre 2014
une page Commandant SCHETTINO a été créée.
Vous pourrez y retrouver tous les billets de la catégorie du même nom.
Pour des regards différents sur l’accident et ses suites :
- le blog d’un marin pur et dur, Pas Chiche
- le blog d’une férue d’actualité, le défouloir de krn
- le blog d’un autre amoureux du CONCORDIA
De la honte à la rédemption
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 29 juillet 2026
De la honte à la rédemption, voici pourquoi c’est le plus grand roman italien.
Dalla vergogna al riscatto, ecco perché è il vero grande romanzo italiano
https://www.cislscuola.it/news/dettaglio/article/dalla-vergogna-al-riscatto-ecco-perche-e-il-vero-grande-romanzo-italiano/
Un article de Gabriele Romagnoli paru le 24 juillet 2014 sur le journal La Reppublica ainsi que sur le site syndical scolaire CISLscuola .
https://www.cislscuola.it/uploads/media/romagnoli_24072014.pdf
Un navire arrive chargé de … de peurs et d’espoirs, d’existences effacées et de vies nouvelles, de honte et de rédemption, de stupidité et d’intelligence, de miroirs et de trous noirs. Gabriele Romagnoli (La Repubblica, 24 juillet 2014) voit dans les événements du Costa Concordia le fil conducteur d’une histoire universelle qui se déroule « entre la grandeur et la misère, la tragédie et le ridicule, la vie et la mort ».
L’histoire du Costa Concordia, qui a coulé au large de l’île de Giglio le 13 janvier 2012 et a repris la mer hier pour son dernier voyage, est le grand roman populaire italien qu’aucun auteur n’a pu ou n’a voulu écrire, faute d’imagination et par excès de narcissisme. Pourtant, cette métaphore de la renaissance, cette boîte de Pandore, est aussi liée à notre propre nombril : il suffit de le regarder et de nous regarder, mais sans l’alourdir de trop d’allégories, de peur qu’il ne replonge.
La nuit du naufrage redéfinit les frontières de la tragédie, du moins pour ceux qui l’imaginent sans la vivre. Dans sa représentation, elle est enveloppée d’un mystère épique. L’avion malaisien a disparu sans laisser de traces. Le train espagnol a explosé, déchiré par des explosifs terroristes. Le navire italien a coulé à pic devant la côte en effectuant un inchino/une révérence, un mot et un geste associés à la comédie, jamais au drame. Et pourtant c’est ainsi, les chemins qui conduisent à la fin sont divers et pervers : un jeune Kennedy meurt dans la chute de son d’avion après une mauvaise manœuvre, un autre meurt en se cognant la tête contre un arbre en jouant au rugby dans la neige. C’est toujours la tempête lorsque l’électroencéphalogramme du capitaine devient complètement plat.
Cetre histoire est, comme nulle autre, une histoire de honte individuelle et nationale. C’est la création d’un personnage-type : Arlequin, Polichinelle, Schettino. Un objet de comparaison constamment associé, à tort ou à raison, à des personnalités de la vie publique. Le capitaine qui fuit devient le symbole d’une propagande anti-italienne qui, à une époque, montrait des spaghettis avec un fusil en couverture du Der Spiegel et voit maintenant l’image idéale servie sur un plateau d’argent. À la lâcheté s’ajoute le manque de modestie (« J’ai trébuché dans la chaloupe ») et la moquerie finale lorsque, le 27 février, il « remonte – enfin – à bord » pour une inspection des lieux, prend un selfie avec le gilet de sauvetage de Cassano et répond avec arrogance aux questions des journalistes : « Vous n’y avez rien compris ! » Un rédacteur américain, visionnant cette vidéo, m’a dit : « En dehors de Berlusconi, c’est ce type qui vous a fait le plus grand tort ! »
Nick Sloane, ce cow-boy des mers venu d’Afrique du Sud pour renflouer le Concordia, peut redresser un navire, mais pas une réputation. Toute la formidable équipe internationale qui a travaillé avec lui, le plongeur espagnol qui a péri sous l’épave, l’excellence italienne, pour une fois digne dirigée par le chef de la Protection Civile, Franco Gabrielli, ont chacun leur propre histoire. Mais ce sont d’autres chapitres de la même histoire : ils ne la réparent pas, ils s’y ajoutent. Interpréter le renflouement de l’épave comme une prophétie optimiste était exagéré. C’est simplement la dure réalité : il suffit d’une seule personne inexpérimentée pour causer d’immenses dégâts ; il faut des dizaines d’hommes compétents pour accomplir une modeste tâche sensée.
Ce navire coulé est un catalyseur, un carrefour de destins et un microcosme où se croisent la vie et la mort. En l’occurrence : en inversant l’ordre chronologique. Lors de l’audience du 29 avril, l’assistance a écouté avec émotion le récit de la disparition de la petite Dayana, engloutie par un puits, et de son père William qui s’est séparé de sa compagne Michela pour tenter de la sauver avant de périr lui aussi. Hier, les réactions ont été fort différentes à l’annonce de la naissance en août prochain du petit Filippo, en août, par Simon et Virginia qui s’étaient rapprochés lors des opérations de sauvetage du Giglio. Dans une nouvelle extraite de son « Carnet rouge », l’écrivain américain Paul Auster raconte comment son ex-femme jette une pièce de monnaie par la fenêtre à leur enfant alors qu’il vient le chercher pour l’emmener au stade. Elle la lui lance pour qu’il s’achète une glace, mais elle rebondit sur une branche et disparaît. Arrivés au stade, père et fils font la queue pour les glaces et aperçoivent la pièce par terre. Quiconque croit aux miracles de la providence pensera que c’est la même pièce. Et que Dayana revit un peu en Filippo.
Le Concordia vous place devant de grandes questions universelles et ne vous donne pas de réponse, comme lorsqu’on a retrouvé le corps de l’indien Russell Rebello, à ce moment précis nous avons accepté le caractère miraculeuse de la chose et que nous nous sommes sentis apaisés en écoutant la nouvelle : le tout est comme une somme algébrique qui donnerait infiniment zéro.
Il y a eu des moments d’avidité et de bêtise extrême, des arnaques aux demandes de remboursement, des dérobades devant les responsabilités, des soif de notoriété. Et tout autant de moments de tendresse, de lucidité, de sens du devoir et de la justice. C’est une histoire qui, pourtant, revient toujours à la réalité suivant le destin perpétuel de l’anéantissement de toute matière. Il y a eu un moment bouleversant hier, lorsque le pavillon bleu marin orné d’un P (papa) a été hissé, signifiant « tout le monde à bord, nous allons lever l’ancre ». Si nous avons jamais vu un vaisceau fantôme, c’était bien à ce moment-là. Il est revenu du bas-fond infâmant où il était tombé, s’est relevé et est reparti, nous rappelant que rien n’est joué d’avance : même les épaves peuvent parcourir un long chemin s’il y a quelqu’un de capable de les accompagner. Sous nos yeux, tout le monde, sangdious, est remonté à bord : les survivants et les disparus, les lâches et les courageux, les intègres et les malhonnêtes. Ce dernier voyage est extraordinaire car il représente une rupture avec la résignation sans autre but d’une conclusion plus convenable. Il nous enseigne que même la décence est un exercice de volonté. Pendant deux ans et demi, face à cette carcasse, aux mouches qui bourdonnaient autour, à la puanteur qu’elle exhalait, nous avions éprouvé une nausée qui, même aujourd’hui en le voyant prendre la mer, ne s’atténue pas.
Le grand roman italien du Concordia est, hélas, une histoire universelle, capable de mettre en scène la réalité et, de ce fait, nous ne pouvons pas nous en détacher. Il nous remet à tous nos billets de passagers et nous dit que ce n’est qu’au plus profond de la nuit que nous saurons si nous sommes Schettino, un marin courageux, ou plus simplement une victime. Jusque-là, nous naviguions à vue, avec notre bagage de suppositions, conscients que chaque frontière entre la misère et la grandeur, la tragédie et le ridicule, la vie et la mort, est une ligne tracés au crayon sur une carte où nous ne voyons qu’un tout petit rectangle de l’océan, et c’est justement ce qui nous le rend inconcevable.
C’était ma faute, mais …
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 28 juillet 2026

C’était ma faute mais …
Le malheureux Commandant du Costa Concordia Francesco Schettino explique comment des ratés de communication au sein d’une équipe ont pu couler un paquebot de croisière.
un article du 12 novembre 2015 qui a été publié récemment (NDS : à l’époque) par LLOYD’S LIST.
Cela soulève de graves questions tels que la formation, les équipages multinationaux, la conception et la normalisation des passerelles et de l’équipement des passerelles, l’équipe de gestion des passerelles, dont certains éléments qui pourraient en comprendre très peu sur la manœuvrabilité des navires et l’utilisation d’un marin à la barre alors que les pilotes automatiques modernes et l’ECDIS devraient remplacer cette méthode obsolète et antique de pilotage sur un navire moderne.
Comment un bateau de croisière moderne a-t-il pu se retrouver sans rien ni personne aux commandes pendant environ cinq minutes alors qu’il se dirigeait droit vers des rochers connus et cartographiés dans une nuit noire ? (NDS : le sud de l’île du Giglio finalement)
Et quand ces rochers se sont profilés dans l’obscurité, comment se fait-il que les ordres pressants de son commandant aient été contredits et ensuite prétendument mal compris par un timonier qui ne comprenait pas parfaitement l’anglais, la langue de la mer, ni l’italien, la langue maternelle des officiers du navire ?
Les résultats ont été désastreux et ont entraîné directement la mort de 32 passagers et membres de l’équipage du Costa Concordia dans la soirée du vendredi 13 janvier 2012 au large de l’île Italienne du Giglio.
La faute en a été attribuée uniquement à la personne du Commandant du navire, mais Francesco Schettino se défend maintenant.
Le malheureux marin de 54 ans risque maintenant une peine de 16 ans d’emprisonnement pour l’homicide involontaire des 32 personnes décédées. Mais que l’on pense ou non qu’il était un arrogant et fringuant capitaine, la gestion de la passerelle et les procédures de navigation du navire soulèvent des questions sérieuses qui suscitent des inquiétudes dans le secteur des transports maritimes. Des questions qui ont déjà été posées quand se sont produites d’autres catastrophes récentes et auxquelles il n’a pas encore été répondu.
Schettino décrit son long procès public, qui s’est terminé cet été, comme une parodie. Non pas parce qu’il a été reconnu coupable – il dit qu’il accepte sa responsabilité pour l’accident et ses conséquences en tant que capitaine de navire – mais parce que les détails réels qui sont derrière la cause de l’accident étaient trop techniques pour que le tribunal puisse les comprendre.
« Tous les avocats qui se sont succédé n’ont pas su exposer les problèmes nautiques qui ont conduit à l’accident », a-t-il confié à Lloyd’s List au cours d’une conversation téléphonique tard dans la nuit, un jour plus tard, s’entretenant avec son avocat alors qu’il se préparait à faire appel.
« Je ne blâme pas ces gens, a-t-il déclaré, mais c’est un problème nautique, et il n’est pas facile pour un juge civil d’assimiler et de comprendre ». Il ajoute que ni la défense ni l’accusation ne disposaient d’experts en technologie maritime, en construction de navires, en gestion des passerelles et en navigation.
La persécution de Schettino par la presse Italienne et internationale a été implacable et ses tentatives pour expliquer les événements de cette soirée fatale qui ont conduit au désastre et à la mort ont été largement décrites comme une lâche tentative de rejeter le blâme et de s’exonérer.
Mais qu’est-ce qu’il essaie de nous dire ? La Première Cour et la presse internationale n’ont par conséquent pas pris en compte l’ensemble des conseils de l’industrie en ce qui concerne l’utilisation des cartes électroniques et l’application du code international de la gestion de la sécurité.
Cependant, alors que Schettino veut expliquer son histoire dans un contexte plus calme, sa version est déjà en contradiction avec celle des autres membres de l’équipe de navigation qui étaient sur le pont cette nuit-là et qui ont tous pu éviter les peines de prison en acceptant de négocier leurs peines. La demande de Schettino de négocier sa peine a été rejetée.
Costa Croisières, l’armateur de Carnival Corporation, a également évité d’être mis au banc des accusés en acceptant de payer une amende, laissant ainsi Schettino seul. C’est une chose que Schettino dit comprendre, appelant cela « une tactique commerciale » et ajoutant qu’il ne cherche pas à attaquer son ancien employeur. Mais il souligne aussi le fait que ce n’était ni sa décision d’employer les jeunes officiers de passerelle qui formaient son équipe de navigation, ni son choix pour le matériel de passerelle qu’ils utilisaient, eux et lui.
Il faisait partie de son travail, cependant, de leur dire comment le matériel pouvait être utilisé.
Cependant, ce qui interpelle, et sera un appel à la prise de conscience pour beaucoup dans l’industrie nautique, c’est le support croissant dont Schettino bénéficie, et les questions fondamentales qui se posent sur les pratiques des passerelles modernes.
Selon les experts en sécurité tels que Arne Sagen, l’inspecteur norvégien des accidents de la Fondation Skagerrak, les problèmes de passerelle et de navigation soulevés par Schettino pour sa défense doivent être étudiés. Par le passé, M. Sagen a insisté avec véhémence sur le fait que des normes de gestion laxistes et l’utilisation des technologies modernes sont en train de devenir un cocktail dangereux. De même, un rapport d’Antonio Di Lieto du Collège Maritime Australien de l’Université de Tasmanie met également en évidence les défaillances institutionnelles qui ont conduit à l’échouement du Costa Concordia.
De même qu’il montre montre que Schettino a quelque chose à reprocher, il conforte l’idée qu’il ne devrait pas être le seul à essuyer des reproches. En bref, comment se fait-il qu’un navire assez récent doté d’une équipe à la passerelle supposément compétente et du dernier équipement de navigation électronique s’est retrouvé hors de position (NDS : et carrément hors de route), sans que l’équipe de passerelle ne s’en rende compte?
Pourquoi l’équipe d’officiers n’a-t-elle pas eu à appliquer des procédures qui déterminent clairement, lorsque le capitaine est arrivé en passerelle, s’il avait pris le commandement de la navigation ou pas ? Et pourquoi la société avait-elle, à ce qu’elle prétend, un membre d’équipage/timonier indonésien qui ne connaissait ni l’anglais ni l’italien de manière suffisante pour comprendre les commandes de gouverne ?
Ce sont les propres mots de Schettino, il demande : qu’est-ce qui s’est passé avant que le navire cogne le rocher ?
Schettino veut que sa version des événements qui ont conduit à l’échouement du Costa Concordia soit entendue sans que les médias ne poussent continuellement au lynchage de la caricature médiatique qu’ils ont créée. Il a écrit un livre en italien pour tenter de faire passer ce message. Il insiste sur le fait qu’il n’est pas un « capitaine autoritaire », quelqu’un qui hurle des ordres et ne permet pas qu’on en discute. Il a également insisté sur le fait que, lorsqu’il s’était rendu sur la passerelle cette nuit-là, ce n’était pas pour y commander l’équipe de passerelle, mais pour saluer personnellement l’île du Giglio au passage du navire, comme il l’avait déjà fait auparavant et ce pour quoi il a été accusé d’être « quelqu’un qui aime se montrer ».
Lorsqu’on lui demande pourquoi aucun des officiers de quart ne lui a demandé de prendre le commandement de la passerelle alors qu’il y avait apparemment un problème, Schettino est incapable de répondre. « Ils n’avaient pas de mauvaises nouvelles à me donner », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il avait quitté l’équipe de passerelle qui devait s’occuper de faire la navigation par elle-même, pensant que tout allait bien. Il n’était, dit-il, pas responsable de la navigation jusqu’à ce qu’il dise clairement qu’il l’était (NDS : « Master takes the conn !/Le Commandant prend le commandement! »). Cependant, il semblerait que l’officier supérieur sur la passerelle, qui était responsable de l’équipe de passerelle, pensait que si, il l’était.
Cela signifie, et Schettino admet ce fait, qu’il y a eu une fenêtre de trois à cinq minutes où personne ne s’est plus occupé de la navigation et pendant lesquelles le Costa Concordia a poursuivi son approche rapide des rochers de l’île du Giglio nommés Le Scole.
« C’était ma faute. Je suis allé en passerelle pour saluer l’île. Je n’avais jamais prévu de prendre le commandement. Selon le plan de passage, nous aurions dû être à un demi-mille marin des rochers. Je ne peux pas blâmer, j’assume ma responsabilité, mais je dirigeais une équipe de passerelle qui n’était pas formée comme il faut. »
Et c’est un thème commun quand Schettino parle. Il assume sa responsabilité (NDS : lui qui est le plus ancien dans le grade le plus élevé à bord), mais il pense également que les officiers ne maîtrisaient pas les ECDIS. ECDIS, le système d’affichage des cartes électroniques et d’information, est une technologie obligatoire sur tous les navires à passagers et son déploiement est en train de s’étendre lentement à l’ensemble de la flotte marchande du monde. Bientôt, tous les navires auront au moins un système à bord et les propriétaires et les gestionnaires devront s’assurer que les officiers de navigation sont correctement formés à son/leur utilisation.
Il existe des critiques bien connues sur la gamme des différents systèmes ECDIS, avec différentes fonctionnalités, d’où la nécessité d’une formation adéquate.
Schettino dit que les officiers de passerelle devaient suivre une formation en utilisant des ECDIS à bord à bord plutôt qu’une formation à terre. Cependant, il y a aussi l’accusation selon laquelle les ECDIS sur le Costa Concordia n’auraient pas dû être utilisés en ECDIS, parce que les cartes nautiques qui y étaient installées n’étaient pas appropriées à la navigation.
En bref, un ECDIS est un ECDIS s’il contient ce que l’on appelle une carte électronique « vectorielle » contenant des ensembles de données permettant un interrogatoire plus détaillé par un officier (NDS : on peut zoomer sans perdre de netteté ; mieux, de nouveaux symboles apparaissent à l’agrandissement, un exemple au hasard un troisième écueil plus petit que le deux autres) . La carte « raster » (carte-papier scannée et numérisée) que le système du Costa Concordia contenait ne pouvait pas être utilisé comme source principale de navigation et, à strictement parler, ce système ne devrait pas être appelé un ECDIS.
Pourtant, selon les propres termes de Schettino, il avait laissé l’équipe de passerelle utiliser systématiquement le système de cartographie électronique : » Je leur avais souvent dit, aux autres officiers de navigation, qu’il me faudrait faire repeindre le plancher devant les écrans et le gouvernail (sous pilote automatique) par le maître d’équipage, tellement leurs pieds avaient usé la peinture à ces endroits-là. »
Schettino admet que bien qu’il n’ait pas pris le contrôle de la navigation lorsqu’il est entré sur le pont, il avait demandé à l’officier de quart ce qu’il était en train de faire, notamment en ce qui concerne l’utilisation du pilotage manuel et la modification du cap au point de tournant enregistré. « C’était un malentendu », concède-t-il. Il s’attendait à ce que l’équipe à la passerelle lui en dise davantage qu’ils ne l’ont fait. « La question est, est-ce que ce type a pensé que j’avais pris le commandement quand je suis entré en passerelle ? « , demande Schettino. « Pourquoi ne m’ont-ils pas crié que quelque chose n’allait pas ? Pourquoi ces officiers n’ont-ils pas pu réaliser que le capitaine approchait du point de non-retour ? «
L’hypothèse est que soit l’équipe de passerelle ne savait pas à quel point la situation était critique, soit elle avait peur.
« On ne m’a donné aucune information. L’absence d’information m’a fait penser que tout allait bien. Mais cela a vite changé « , dit-il, quand il a pris conscience de la situation et qu’il a pris le contrôle de la navigation.
Schettino dit que chaque fois qu’il prenait le contrôle du Costa Concordia pour effectuer des manœuvres, il commandait l’utilisation de deux pompes de direction plutôt que d’une pompe unique. Avec deux pompes, le gouvernail, et donc l’avant du navire répond donc plus rapidement aux commandes de la barre.
« J’ai été forcé d’aller à fond sur tribord, mais on m’a demandé : Pourquoi changez-vous de cap, nous nous passons largement ? » « Cela aurait été effrayant de voir [les rochers] s’il avait fait jour, je blâme le fait que le les officiers n’aient pas pu faire la différence entre le monde réel et celui des ECDIS et du gouvernail. Après avoir commandé des angles de gouvernail tribord, j’ai été forcé d’aller à fond à bâbord », dit Schettino, expliquant que l’officier de quart n’a pas compris pourquoi le centre du cercle de virage du navire alors qu’il commençait à se déplacer sur tribord se dirigeait vers les canots de sauvetage avant, selon Schettino. Il explique.
C’est-à-dire que, alors que les gouvernails faisaient tourner la proue vers tribord et que le navire se dirigeait dans cette direction, la poupe du navire se déplaçait vers bâbord et vers les rochers. Le virage soudain complètement vers la gauche, dramatique, difficile que Schettino a tenté avec le gouvernail du navire visait à minimiser les dommages en tentant d’éloigner la poupe des rochers.
Schettino dit que son collègue officier qui n’avait pas compris pourquoi il avait donné l’ordre de mettre la barre à bâbord avait ensuite donné l’ordre contraire de mettre la barre à tribord.
Le timonier Indonésien ne comprenait pas parfaitement ni la langue anglaise ni la langue italienne et un officier subalterne dont le travail était de pointer la trajectoire suivie sur une carte-papier était obligée d’arrêter ce qu’elle était en train de faire pour lui porter assistance.
Il semblerait même que le timonier, qui selon Schettino aurait disparu maintenant sans laisser de trace, ait exécuté les ordres qu’il lui avait donnés à l’envers.
Le reste de la nuit qui a suivi l’impact, le talonnage et les manœuvres visant à amener le navire sur la côte du Giglio, ainsi que l’évacuation frénétique, lourde et effrayante font maintenant partie de l’histoire de la navigation
Cet accident a déjà donné lieu à des discussions internationales sur la manière dont les navires de croisière sont construits, leur capacité de survie (retour au port en toute sécurité) et l’évacuation des passagers. Mais il y a ces questions sur la navigation, l’ECDIS et le code lSM.
Selon l’enquêteur sur accidents et militant de longue date pour une navigation plus sûre, Arne Sagen, l’échouement du Costa Concordia s’ajoute à une série croissante d’accidents assistés par ECDIS, dont certains ont été fatals. Il cite des cas tels que le Color Line qui s’est échoué en 1994 et la catastrophe du Rocknes en 2004, tous deux en Norvège, où l’utilisation combinée de cartes papier et de cartes électroniques a joué un rôle déterminant dans les accidents.
https://chichal-a.blogspot.com/search/label/Rocknes
Il semble que dans de tels cas, faute d’avoir cartes électroniques approuvées, il soit assez courant de naviguer en combinant des cartes papier et le système de navigation électronique, où la carte papier a la priorité. M. Sagen s’interroge sur la question de savoir si l’inadéquation de l’information et de la navigation entre les cartes papier et les cartes électroniques est n’est pas encore claire dans tous les cerveaux.
NDS : Bref, il n’y pas les mêmes informations dessus. L’une est un abcdaire et l’autre une encyclopédie. Et quand l’ordi « ECDIS » décèle « une carte » ! il ne décèle pas de laquelle il s’agit, malgré la différence d’extension des deux fichiers, bête et discipliné, il pilote quand même.
Il convient de noter, dit-il, que le guide des procédures de passerelle de la Chambre Internationale de la Navigation (International Chamber of Shipping) recommande de « planifier chaque phase du voyage en utilisant soit toutes des cartes électroniques, soit toutes des cartes papier, plutôt qu’une combinaison des deux types de cartes.
L’étude critique des procédures de navigation effectuée par M. Sagen est soutenue par les recherches du Capitaine Di Lieto, expert en simulateur de passerelle et doctorant au Collège Maritime Australien de l’Université de Tasmanie, qui a traité de l’accident dans un article intitulé « Anatomie d’un accident d’organisation » (lien vers le .pdf en anglais – 21 pages).
Le document du Capitaine Di Lieto énumère un certain nombre d’erreurs actives, certaines commises par Schettino, certaines par l’équipe de passerelle en général et certaines par la société, qui se sont réunies pour créer les conditions de l’accident.
Ces erreurs vont du changement de plan de route sans consultation adéquate avec d’autres organismes extérieurs au navire ; un défaut de tracé du nouvel itinéraire sur la carte papier ou du moins sur une qui soit à l’échelle appropriée pour une telle navigation ; un manquement de l’officier de quart à surveiller l’itinéraire suivi ; et la barrière de la langue avec le marin qui a pris la barre. Pour éviter le risque que les équipages ne connaissent pas un ECDIS, il faut davantage de consultations entre les équipages, les services des achats et les services techniques avant le choix, l’achat et l’installation d’un système d’ECDIS sur un navire, a déclaré M. Sagen.
Des efforts importants ont été déployés pour améliorer les systèmes ECDIS, notamment une proposition du S-mode présentée par le Nautical Institute en 2008.
Schettino se plaint également de ce que d’autres agents de navigation ont utilisé le Costa Concordia. La carte électronique s’affiche «comme un jeu vidéo» et il a reçu des instruction pour la régler de manière particulière lorsqu’il devait se rendre sur le pont pour effectuer des manœuvres à bâbord et autres.
M. Sagen souhaite que l’utilisation des ECDIS soit entièrement contrôlée. « Nous irons encore plus loin et affirmerons qu’il devrait également exister une liaison organisée entre la compagnie de transport maritime et les institutions nationales et hydrographiques, ainsi que des restrictions nationales pour l’utilisation d’ECDIS dans certaines eaux », suggère-t-il.
Le Code International de Gestion de la Sécurité est né du désastre du Herald of Free Enterprise en 1987 lorsque le ferry-boat ro-pax de Townsend Thoresen a chaviré en quittant Zeebrugge, entraînant la mort de 193 passagers et membres d’équipage.
Les portes de proue du navire ont été laissées ouvertes, le membre de l’équipage qui devait les fermer s’étant endormi, n’est pas allé prendre son service. L’enquête sur l’accident à l’époque a révélé que des erreurs institutionnelles au sein de l’entreprise avaient entraîné des procédures de sécurité laxistes.
Il convient de noter que le juge qui a examiné l’affaire en 2000 a décidé de ne pas emprisonner le capitaine et l’équipage, jugés fautifs, leur interdisant de travailler en mer pendant un certain temps. Il a reconnu que la faute incombait autant au propriétaire du navire qu’à son personnel à bord. Sa décision contraste fortement avec les événements en Italie.
Le code ISM qui en a résulté était un moyen pour les régulateurs internationaux de s’attaquer à ce problème de sécurité en obligeant les armateurs à assumer davantage de responsabilités. Les détails du code ISM du navire sont toutefois compilés par le propriétaire du navire et audités par un tiers, généralement une société de classe. Il repose sur le concept d’évaluation et d’amélioration des risques, notamment en ce qui concerne les aptitudes et compétences des employés.
L’essence du code et de son fonctionnement voulait impulser que le propriétaire du navire adopte une approche proactive de la sécurité en mer, plutôt que de le laisser s’en servir simplement pour rester en conformité et avoir ainsi un navire capable de rendre la mer et faire commerce.
Comme il fournit une piste sur le papier en matière de responsabilité, le code ISM peut être utilisé pour identifier des lacunes dans la sécurité. Cependant, toute cette paperasserie qui parle de responsabilités peut également être utilisée pour trouver une faute, puis attribuer une faute, ce qui, selon les experts, n’est pas ce pour quoi elle a été conçue. (voir un texte là-dessus en tête de toutes les études des BEAM, comme quoi leurs travaux n’ont pas valeur devant un tribunal, afin que tout le monde participe bien à l’enquête technique sans la crainte paralysante de se retrouver derrière des barreaux pour un temps indéterminé n’importe où sur Terre).
En vertu du code ISM, les compagnies de transport ont la responsabilité de veiller à employer un personnel adéquat, bien formé, et cela commence avant même que les navigateurs ne soient affectés en passerelle et invités à utiliser le matériel pour la première fois. M. Sagen se demande si cela est suffisant comme préparation à l’imprévu compte tenu de la gravité des incidents qui peuvent se produire.
Il s’interroge également sur les procédures ISM qui semblent bonnes sur le papier, mais qui, dans son esprit, se révèlent inutiles en cas d’urgence.
Aujourd’hui c’est mis en évidence au sujet du rayon de braquage d’un navire en cas d’urgence.
Lorsque l’équipe à la passerelle passe à la direction manuelle par le barreur (procédure Costa pour navigation côtière), une navigation critique possible peut devenir encore plus critique.
En mode de pilotage manuel (la même), le contrôle du gouvernail le plus courant sera effectué sans une connaissance adéquate de la situation.
Cela signifie que le rayon de braquage du navire par rapport à la position du gouvernail et à la vitesse n’est pas indiqué à la passerelle.
M. Sagen fait valoir qu’un officier responsable n’est pas en mesure de prédire l’angle optimal du gouvernail lorsque la direction est manuelle, comme il le fait lorsque le navire est sous le contrôle automatisé d’ECDIS et d’un pilote automatique.
Et que cela peut mener au désastre.
Dura lex sed lex et elle est pour tout le monde
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 27 juillet 2026
La loi est dure mais c’est la loi, disait-on jadis à Rome.
Une vidéo titre » Scandale ! Schettino demande un aménagement de sa peine. » – sans développer d’ailleurs l’idée par la suite … juste un titre accrocheur.
Et pourquoi ?
Parce que Schettino, a effectué plus de la moitié de sa peine et que cela lui donne le droit de demander une mesure de liberté conditonnelle.
J’explique :
Le sentence de Grosseto, confirmée ensuite en Appel puis en Cassassion disait au total 16 ans et 1 mois de réclusion.
La loi italienne prévoit, obtenu par l’entremise de l’IA de Google :
Les principales lois sur les prisons en Italie sont l’articolo 27 della Costituzione e la Legge sull’Ordinamento Penitenziario (n. 354/1975), integré par le Regolamento di Esecuzione (D.P.R. n. 230/2000).
Ces règles définissent les droits des détenus et les règles de vie dans les prisons gérées par le Ministère de la Justice.
Principes constitutionnels et fondamentaux :
– Rééducation : la peine doit viser le rétablissement et la réinsertion de l’individu.
– Humanité : tout traitement contraire à l’humanité est interdit.
– Droits : le détenu conserve ses droits fondamentaux compatibles avec la détention.
Le Système Pénitentiaire (Loi 354/1975)
– Règles de traitement : ŕéglemente le travail, l’instruction, la religion et les contacts avec les familles.
– Mesures alternatives : prévoit des mesures telles que la probation et la semi-liberté pour faciliter la réinsertion sociale.
– Réformes historiques : inclut les amendements ultérieurs, comme la loi Gozzini relative à l’accès aux mesures extérieures
L’équivalent de Legifrance étant : http://www.ristretti.it/areestudio/giuridici/leggi/index.htm
Schettino, depuis la prison de Rebibbia, travaille depuis 5 ans pour la Fabbrica di San Pietro sous le patronage de l’association Seconda chance. Il numérise des documents pour les Archives de l’état Italien.
Rebibbia proposait qu’en récompense de sa bonne conduite il aille, pendant la journée, effectuer ce travail sur place à l’état du Vatican, muni d’un bracelet électronique, et revienne le soir passer ses nuits en prison. Mais le pape François est décédé et le projet a tourné court.
L’aménagement des peines a pour but d’amorcer une réintégration progressive du détenu dans la vraie vie, à ce titre elle est prévue par la loi et on titre « scandale » ?
Depuis quand appliquer la loi est-il un scandale dans un pays où tous les tribunaux siègent sous une banderole qui proclame « La legge è uguale per tutti » ?
Le capitaine De Falco
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 26 juillet 2026
Qui est Gregorio De Falco ?
Chi è Gregorio De Falco ?
Un article paru le mercredi 18 janvier 2012 sur le journal Il Post
Le responsable de la Salle des Opérations de la Capitainerie de Livourne a bénéficié d’une immense admiration et un profond respect suite à la diffusion des enregistrements de ses communications avec le commandant Schettino du Costa Concordia.
La publication mercredi des enregistrements des communications entre la Capitainerie de Livourne et le commandant du Costa Concordia Francesco Schettino, a beaucoup apporté, tant sur le plan journalistique que littéraire sur le contenu de ces conversations qui circulaient déjà sous forme écrite.
Le ton ferme et responsable avec lequel le capitaine Gregorio De Falco a pris les choses en main et a renvoyé Schettino à ses responsabilités a fait l’objet de nombreuses discussions et suscité l’enthousiasme tout au long de la journée, notamment en ligne.
Cet événement a également alimenté des analyses et des réflexions sur les personnalités opposées de De Falco et Schettino.
Nombreux sont ceux qui se sont efforcés de mieux cerner le rôle de De Falco, donnant ainsi tout son sens au qualificatif souvent employée « d’homme du jour ».
(Audio de la conversation entre le commandant Schettino et la Capitainerie lien mort)
Le journal Il Tirreno l’a interviewé aujourd’hui :
Originaire de Naples, De Falco s’est engagé dans la Marine en septembre 1993 et est arrivé à Grosseto en 2005. Vendredi soir, il était responsable de la Salle des Opérations des Garde-Côtes et coordonnait une équipe de cinq personnes.
« J’ai fait de mon mieux – confie De Falco, visiblement ému – et malgré tout, nous n’avons pas réussi à accomplir pleinement notre mission : sauver tout le monde. Ma vocation, c’est le sauvetage, et je ne suis pas satisfait si je ne ramène pas tous les blessés sains et saufs. Malheureusement, il y a eu des morts. »
Dans la salle des opérations se trouvaient également le chef de quart, un opérateur radio, l’opérateur du contrôle d’approche du port (PAC), l’officier d’inspection et l’officier des opérations – De Falco, bien sûr. Une véritable chaîne de commandement.
Dans la Salle des Opérations se trouvaient également le chef d’équipe, un opérateur radio, l’opérateur du système de contrôle d’approche du Port (PAC), l’Officier d’Inspection et l’Officier des Opérations, De Falco lui-même. Une véritable chaîne de commandement.
Qu’est-ce qui s’est passé cette nuit-là ?
« Dans notre Salle des Opérations, nous disposons d’équipements sophistiqués qui nous permettent de suivre les navires en temps réel. C’est ce que nous avons fait après l’alerte donnée par une passagère du Concordia qui avait contacté les Carabiniers. Nous avons ainsi constaté que le navire était très près des côtes, qu’il ralentissait et qu’il naviguait déjà à une très faible vitesse.
Par ailleurs, le fait que le commandant parlait de panne électrique ne cadrait pas avec l’appel aux passagers pour qu’ils mettent les gilets de sauvetage. Un commandant responsable ne peut pas se permettre d’inquiéter inutilement ses passagers en leur demandant de mettre les gilets de sauvetage si ce n’est pas absolument nécessaire. »
Panorama a ajouté d’autres détails à la biographie de De Falco.
Gregorio De Falco est né dans une famille napolitaine, mais vit et étudie à Milan. Diplômé en droit, il a ensuite passé le concours d’entrée à la Capitainerie du Port. L’ayant obtenu, il s’installe en 1994 à Livourne pour suivre une formation de neuf mois à l’Académie Navale.
En 1995, il est affecté à Mazara del Vallo, avant d’être muté à la Capitainerie du Port de Gênes. Promu commandant, il est envoyé en Ligurie, à Santa Margherita Ligure, où il dirige la Capitainerie du Port locale de 2003 à 2005.
Ce n’est qu’après cette expérience en ligurie qu’il retourne à Livourne, au sein du Service des Opérations de la Capitainerie du Port.
Depuis 2005, il occupe exclusivement des postes de commandement opérationnel de sauvetage dans la zone de Livourne.
« Il n’a pas de loisirs ; c’est un homme du genre son travail-sa maison-ses filles – explique Paolillo – Il est marié et père de deux petites filles de 5 et 11 ans scolarisées à Livourne. Il les adore. »
En 1991, lors de la collision entre le ferry Moby Prince et le pétrolier Agip Abruzzo dans le port de Livourne qui fit 140 victimes, le capitaine De Falco n’était pas encore entré dans la Marine. Mais pour l’ensemble du personnel militaire, et plus particulièrement pour ceux qui travaillent à la Capitainerie du Port de Livourne, le cas du Moby Prince est et restera à jamais une tragédie qui marque profondément la vie des Officiers de la Marine.
« Plus de vingt ans après, la tragédie du Moby Prince plane comme une ombre – nous confia le capitaine Paolillo, qui ne s’était pas encore engagé quand c’est arrivé lui non plus- elle a été pour nous tous le début d’une nouvelle ère, c’est le moment que nous ne devons jamais oublier. Une tragédie qui ne doit plus jamais se reproduire. »
Monsieur Pier Luigi Foschi, PDG de Costa
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 26 juillet 2026
https://www.senato.it/service/PDF/PDFServer/DF/279597.pdf

Je vais maintenant vous faire part de nos conclusions.
Concernant le fonctionnement des portes étanches, une fuite provenant d’une seule porte a affecté la liaison entre le compartiment du moteur de propulsion électrique, situé presque entièrement à l’arrière du navire, et le compartiment du compresseur, situé entièrement à l’arrière.
Ce rocher, que nous n’avons pas pu examiner directement car le navire est sous séquestre, mais dont nous avons tenté de déterminer la position grâce à des relevés photographiques, est très proche, presque en face, de la cloison séparant ces deux compartiments et abritant cette porte coupe-feu. C’est la seule porte où une fuite a été constatée, et nous pensons (mais une inspection du navire serait nécessaire pour en être certains) que la cloison a été déformée, ce qui a causé un léger problème avec la porte.
En ce qui concerne la Salle des Machines, c’est-à-dire le système de propulsion, je tiens seulement à préciser que le navire fournit son électricité et que les hélices sont actionnées par deux gros moteurs électriques. Cette salle, ainsi que l’une des deux salles de production d’énergie, a été la première à être inondé et la plus grande déchirure s’est produite au niveau de la salle où cette porte étanche a présenté les fuites précédemment mentionnées.
Nous nous trouvons donc dans la zone la plus touchée par cet accident, là où le rocher s’est logé et est resté. Ce fait doit être confirmé par vérification sur le terrain.
C’est ce qui ressort de nos constatations techniques.

