” La vérité sur Schettino ? Il a débarqué le dernier ”
Publié par Monique-Mauve dans Journal de bord le 11 juillet 2026

Voici ce que dit Katia Keyvanian, responsable du service auprès de la clientèle sur le Costa Concordia : ” le commandant est un bouc émissaire qui masque des fautes commises par d’autres personnes ”.
un article de Giovanni Terzi, dit Terzigio, paru sur le journal-papier Libero le 27 juin 2022, soit dix ans après l’accident.
Sur cette nuit tragique du 13 janvier 2012 émergent des témoignages inédits qui éclairent d’un jour nouveau le naufrage du Costa Concordia. Parmi eux, celui de Katia Keyvanian, responsable de la réception du navire et témoin du drame.
Je me demande pourquoi nous passons sous silence des témoignages qui proposent une version différente de celle révélée par l’appel téléphonique du capitaine Gregorio de Falco. Sommes-nous certains que le capitaine Francesco Schettino a réellement abandonné le navire ? Sommes-nous certains qu’il n’y avait pas d’autres coupables ? Il convient tout d’abord de souligner que le Costa Concordia n’a pas eu la vie facile. Lors de son lancement en 2005, la fameuse bouteille de champagne n’a pas éclaté. Le 22 novembre 2008, lors de manœuvres d’accostage, le navire a heurté un dock flottant amarré dans le port de Palerme à cause de vents violents, subissant des dommages sur le côté tribord et à l’écoutille d’étrave. Dans la nuit du 3 au 4 mai 2010, un passager russe de 33 ans est tombé à la mer depuis l’un des ponts du navire. Son corps a été repêché quelques jours plus tard, et les causes du drame n’ont jamais été déterminées, bien que le suicide soit l’hypothèse la plus probable. L’accident s’est produit au large des côtes françaises, sur la route entre Savone et Barcelone. Le 7 novembre 2010, lors d’une escale dans le port de Savone, en raison de vents violents, le navire a heurté la tour d’une grue Gottwald, stationnaire et hors service, immobilisée sur le quai 14, la déplaçant de près de 20 mètres. Heureusement, aucun grutier ne se trouvait à bord. En somme, une histoire qui mérite peut-être d’être réécrite, malgré les condamnations, pour faire éclater la vérité que personne n’a voulu révéler.
« Le commandant Schettino n’a pas abandonné le navire. Je suis descendue à 00h10 et il était encore là, supervisant les passagers des canots de sauvetage utilisés pour la navette vers l’île. Il est absolument faux qu’à 23h, il se trouvait à l’hôtel tranquillement, comme l’ont rapporté de nombreux journalistes. »
Ces propos sont de Katia Keyvanian, responsable du service clientèle du Costa Concordia, le navire qui a coulé le soir du 13 janvier 2012 après avoir heurté le plus petit des rochers de « Le Scole », à cinq cents mètres du port de l’île du Giglio.
Pour ce naufrage, qui a causé la mort de 32 personnes et permis le sauvetage de 4 200 autres, le commandant Francesco Schettino a été condamné à 16 ans de prison, une peine qu’il purge actuellement à la prison de Rebibbia.
Katia Keyvanian avait elle-même écrit ces mots poignants sur sa page Facebook immédiatement après la tragédie :
« Je suis Katia Keyvanian. J’ai embarqué le 13 janvier pour remplacer un collègue sur le Concordia. Je serais ravie d’être invitée par les journalistes qui, sans connaître les faits, écrivent et racontent n’importe quoi. Nous avons évacué, dans l’obscurité, alors que le navire gîtait sur le flanc, 4 000 personnes en moins de deux heures ! Des incompétents n’en auraient jamais été capables.
Il est faux que le capitaine ait été le premier à débarquer ; j’étais dans le dernier canot de sauvetage, et il est resté accroché à la rambarde du pont 3 pendant que le navire coulait.
Honte à vous, qui avez écrit qu’il a été le premier à débarquer ! »
Ce sont les mêmes mots que Katia a prononcés lors de son interrogatoire au tribunal, et que d’autres ont aussi utilisés en parlant du capitaine Schettino.
Mais alors, Katia, pourquoi croyez-vous que Schettino a été condamné ?
« Il est devenu le bouc émissaire de crimes qu’il n’avait pas commis. »
Était-il plus facile d’accuser de tout une seule personne que de chercher la vérité ?
« La vérité aurait probablement mis dans l’embarras des gens qu’il valait mieux laisser tranquilles. »
Le Costa Concordia mesurait 298,2 mètres de long, 36,5 mètres de large et 70 mètres de haut. Lorsque sa marraine, Eva Herzigova, a jeté la traditionnelle bouteille de champagne par-dessus bord pour l’inaugurer à Civitavecchia le 7 juillet 2006, on raconte qu’elle ne s’est pas cassée : un symbole interprété de manière négative comme un mauvais présage. À l’époque de son lancement, le Costa Concordia était le plus grand paquebot marchand italien : il avait été construit par Fincantieri au chantier de Sestri Ponente et avait coûté 450 millions d’euros. Les caractéristiques et les dimensions du navire furent largement diffusées pour souligner son caractère unique : à vide, il pesait l’équivalent de 110 Boeing 747, et la longueur de ses câbles électriques aurait pu couvrir cinq fois et demie la distance entre Rome et Milan. Son pont en teck était aussi grand que deux terrains de football, et les nappes des restaurants du bord auraient pu recouvrir une table de vingt-sept kilomètres de long.
Que s’est-il passé à bord du Concordia ce soir-là ?
« Quand il est devenu évident que le navire prenait l’eau et gîtait sur tribord, tout le monde a tenté de rejoindre les canots de sauvetage sur le pont 3. C’était la panique, et nous avons tous fait de notre mieux pour rétablir l’ordre et le calme. Des gens plongeaient, nous leur lancions des gilets de sauvetage à la mer et nous essayiions d’en remonter d’autres. À un moment donné, j’ai vu un homme sur le pont allumer une cigarette qui, compte tenu de la fuite de carburant, risquait de provoquer un incendie. Je l’ai réprimandé et mis en garde contre le danger, et il m’a répondu : « Fumer m’aide à gérer le stress. » »
Quand avez-vous réalisé que quelque chose de grave se passait ?
« À 21 h 45, parce que le gâteau qui célébrait mon retour à bord après cinq mois est tombé par terre. Au début, nous avons pensé que c’était peut-être une manœuvre ratée par d’un officier ; ça peut arriver en mer. »
Et ensuite ?
« Un autre coup. On a cru avoir touché un haut-fond et, comme on nous l’a appris, la priorité absolue est alors d’éviter la panique parmi les passagers. »
Mais la panique s’est installée…
« Quand les lumières ont commencé à s’éteindre, les gens se sont mis à crier.
Puis les garçons de la blanchisserie, qui se trouve bien au fond du navire, sont remontés à la surface, effrayés car le Concordia prenait l’eau. Jusqu’à ce que le directeur arrive et nous dise de récupérer les livres de comptes et l’argent des caisses. Pour moi ça a été le signe qu’on allait d’abandonner le navire. Au bout d’environ 45 minutes, les sept coups de sirène ont retenti, annonçant que tout le monde devait se rassembler aux points de regroupement. À ce moment-là, la panique s’est vraiment emparée des passagers, d’autant plus que nous pouvions apercevoir les lumières de l’île du Giglio qui étaient tout près. »
De quoi vous souvenez-vous, Katia ?
« Je me souviens d’un journaliste qui a simulé un évanouissement pour être le premier à monter dans le canot de sauvetage ; d’un étranger qui a sauté du canot pour remonter à bord, abandonnant femme et enfants pour aller chercher des papiers ; et de bien d’autres choses absurdes, mais compréhensibles, car dictées par la panique. Au fil du temps, le navire s’est enfoncé de plus en plus, et nous avions fini par former un véritable cordon humain pour rester groupés. »
Et le commandant Schettino ?
« Il était là pour coordonner tous les débarquements. Le navire s’inclinant sur tribord, le plancher est devenu un mur. Le navire ayant complètement coulé du côté affaissé, les demandes qu’a faites De Falco pendant près de deux heures, alors qu’il n’était pas sur place, sont illogiques et inconcevables. »
Qu’est-ce qui était inconcevable ?
« Le navire étant coulé, il était physiquement impossible de remonter à bord, et tout cela me met vraiment en colère car la vérité n’a pas été dite. »
Quelle vérité ?
« Que les responsabilités n’étaient pas celles qui ont été attribuées à Schettino.
Personne n’a jamais dit qu’après quelques semaines, le directeur du RINA (NDLR : l’organisme qui délivre les certifications) avait démissionné parce qu’on avait découvert que les portes avaient été installées à l’envers.
Personne n’a précisé que le mauvais cap n’avait pas été visé par Schettino, mais par son second.
Beaucoup de choses n’ont pas fonctionné, mais il était plus facile de rejeter la faute sur le capitaine.
Il est regrettable que lorsque j’ai évoqué ces faits, on m’ait répondu : « Vous étiez sûrement la maîtresse de Schettino. »
Il a été la cible d’un véritable lynchage médiatique, injuste et injustifié. »
Que faites-vous maintenant, Katia ?
« J’ai pris quelques années de congé car cette histoire m’a profondément marquée.
Je suis arménienne, et c’est pourquoi en raison des injustices que subit mon peuple dans le récit dans l’Histoire des évènements qui l’ont frappé, je ne supporte pas les mensonges. »
Pour faciliter le suivi de l’affaire CONCORDIA, en ITALIE
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Petite Méthode le 28 octobre 2014
une page Commandant SCHETTINO a été créée.
Vous pourrez y retrouver tous les billets de la catégorie du même nom.
Pour des regards différents sur l’accident et ses suites :
- le blog d’un marin pur et dur, Pas Chiche
- le blog d’une férue d’actualité, le défouloir de krn
- le blog d’un autre amoureux du CONCORDIA
La panique
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 22 juillet 2026
Je n’ai pas – pas encore – retrouvé la seconde partie annoncée par la vidéo de la passerelle de Mustapha Kémal .
Elle nous laissait entendre que le sujet en était le débarquement et que c’est à partir du moment où il a commencé que la panique s’est manifestée.
Publiée en réaction à la sortie du documentaire de Netflix, le 19 mai 2026 par Real Life – Portraits et témoignages, cette interview de 2012 montre à la fois la panique et les effets secondaires cruels de la campagne médiatique.
La dame est sourde, comme moi, et le monsieur est cardiaque comme l’était ma mère. Tous deux sont octogénaire, comme moi.
Naufrage : ils ont échappé de peu à la mort – Costa Concordia
Les gens étaient des sauvages
A 80 ans, Claude Medioni est un habitué des croisières en mer, une quinzaine à son actif. Avec sa femme Gisèle, il s’est embarqué à bord du Costa Concordia. Claude raconte la peur, le chaos et le chacun pour soi au moment du naufrage. Aujourd’hui, pour lui, pas question d’accepter une quelconque indemnisation de la part de Costa. Claude veut fédérer les autres naufragés, et réclame justice.
On avait rendez-vous avec Claude, 80 ans, mais Gisèle, 87 ans, a voulu l’accompagner pour témoigner elle aussi. Gisèle et Claude, clopin-clopant au milieu du chaos. Elle, et ses deux prothèses à la hanche, avait perdu ses deux prothèses auditives dans la chaloupe de sauvetage et lui et son double pontage a tout fait pour protéger sa femme.
Pendant le naufrage du Concordia, Claude a vu le pire, Gisèle, elle, a vu le meilleur.
Claude
On a entendu un bruit, comme un choc, et, cinq minutes après, les sirènes ont retenti 3 fois. Et là il a fait des anonces en italien, alors que d’habitude toutes les annonces se font dans les cinq langues, ils les a faites en italien.
Donc, on ne savait pas où aller et on a suivi la foule. Parce qu’habituellement, à chaque croisière, on fait une répétition d’alerte comme ça. Et on ne l’a pas eue là, cette répétition, donc vous suivez la foule.
Alors on a suivi la foule, très inquiets pour madame qui a deux prothèses.
Ah oui ! Ça, je peux vous dire que j’étais très inquiet pour ma femme et ma fille. D’ailleurs j’avais demandé à ma fille d’être derrière elle et moi devant, de façon à ce que ma femme ne soit pas bousculée. Parce que si à peine on la touche, elle tombe. Et si elle tombe, les os, ses fémurs s’ouvrent en faisceau et c’est fini. Elle ne marche plus de sa vie.
Et vous, madame, comment vous avez fait pour monter les étages ?
Gisèle
J’ai eu la chance que ces petits serveurs héroiques, les deux petits Philippins de, je ne sais pas, Philippins, enfin, c’étaient une majorité de Philippins, ils m’ont portée.
J’avais dit à ma fille : » tu t’occupes pas de nous, tu t’occupes pas de nous, tu cours, tu cours, tu t’occupes pas de nous « . Et elle n’a pas voulu. Elle n’a pas voulu. Ma fille est restée pour aider son père parce que mon mari venait d’avoir un double pontage (Lui : pfffffffft) alors il était fatigué aussi.
Vous étiez donc avec votre femme et votre fille dans cette cohue.
Claude
Oui.
Comment se comportaient les gens ?
Claude
Bah, écoutez, il y avaient des gens qui étaient raisonnables et puis ausdi d’autres qui étaient des vraies brutes. C’étaient des vrais monstres qui couraient de tous les côtés, qui bousculaient tout le monde. C’était : » foutez le camp, laissez-moi passer, arrêtez …
Ça et puis ça criait très fort
Je vous hais … maintenant j’ai peur …
Claude
Ça, c’étaient des gens qui étaient affolés et qui ne prenaient pas garde que c’étaient des enfants ou des vieilles personnes qui étaient devant eux.
Aucun respect des enfants ni des vieillards ni des femmes ni des passagers. D’ailleurs à aucun moment dans le bateau il n’y a eu ce fameux, cette fameuse phrase ” les femmes et les enfants d’abord « .
Jamais.
Jamais.
Jamais.
Quand on est arrivés sur le pont, il y avait une personne âgée à terre et un jeune qui courait lui a marché dessus en courant.
Je me demande vraiment si les gens étaient conscients de ce qu’ils faisaient à ce moment-là.
Aucune solidarité.
Aucune solidarité.
Alors que dans le bateau, les quatre jours avant c’était magnifique. Les gens allaient danser,
Jamais je n’aurais pensé qu’il puisse y avoir des sauvages comme ça. C’est le seul mot qui me vient à l’esprit.
Gisèle
Peut-être qu’il y a des circonstances atténuantes à cette panique. (Claude hausse les épaules) Il y avait quand même plus de 70 enfants dont plus de la moitié qui n’avaient pas 5 ans. Alors je pense que les parents devaient être complètement paniqués
Même les parents avec des enfants de 5 ans n’étaient pas prioritaires ?
Gisèle
Non, non-non-non.
Et donc, dans ces moment-là on peut se comporter soit en héros soit en salaud ?
Claude
Absolument. Ah oui-oui-oui.
Et il y a eu beaucoup de salauds.
Claude
Oui, beaucoup de salauds.
Beaucoup de salauds parce que quand on est arrivés aux chaloupes, c’était à celui qui bousculait le plus l’autre pour pouvoir monter dans la chaloupe.
Je peux vous dire que la première et la deuxième chaloupe, quand on est arrivés, beh, on n’aurait pas pu s’approcher. Parce que c’était une horde de-de decsauvages qui étaient là et qui prenait d’assaut les barques.
Et on arrive au troisième canot et on alkait rentrer, ma femme et moi dans le canot quand un couple de jeunes – qui devaient avoir 20, 25 ans maximum – nous ont carrément tirés en arrière, ils nous ont bousculés pour nous prendre la place dans le canot parce que le gars, il se préparait à fermer la barrière.
Comment vous avez fait pour rentrer dans la chaloupe, madame ?
Gisèle
Je suis rentrée dans la chaloupe à moitié, monsieur.
Je suus rentrée, le tiers de mon corps était dans la chaloupe, l’autre, une partie au-dessus de la mer et l’autre sur le pont.
Donc, à l’intérieur de la chaloupe, ils m’ont trainée comme si j’étais un sac de farine par terre. J’ai perdu mes prothèses auditives et il a falku trois personnes pour me relever parce que je ne suis pas mince.
Et ensuite on m’a mise dans un coin où il y avait encore un minimum de place avec un petit couple de français. Et là, je tombais, je glissais, et ce petit français d’unr trentaine d’années s’est levé, il s’est mis à genoux devant moi etbil m’a dit : » appuyez-vos pieds sur mes cuisses, madame, comle ça, ça va vous tenir « .
Et il est resté comme ça, à genoux, jusque tant que le bateau de sauvetage arrive au petit port où on a échoué.
Et ce petit couple qui vous a donc aidée dans la chaloupe, vous avez eu ses coirdonnées ? Vous avez pu échanger avec eux ?
Claude
Monsieur, c’était un monsieur très discret qui n’a pas voulu donner son nom. Il a dit : » mais c’est normal que je fasse ça « .
Les héros sont discrets.
Claude
Absolument.
Il a été exceptionnel mais il ne se rendait pas compte qu’il faisait plus que son devoir.
Qu’est-ce qui vous a le plus frappé ? Ce sont les cris, ce sont les enfants ?
Gisèle
Ce qui m’a le plus frappée c’est le froid. 6° pendant … avec un chemisier en voile.
Parce que c’était une soirée, vous étiez habillée
Claude
Oui, on était au dîner, quoi. Et voilà.
Gisèle
50 couvertures pour 4200 personnes qui descendent.
C’est pour ça que vous avez une bronchite aujourd’hui ? C’est que vous avez passé effectivement la nuit dehors ?
Gisèle
Le froid. Le froid, c’était quelque chose d’épouvantable.
Est-ce qu’à votre avis, au moment où vous avez été évacués, le commandant avait déjà quitté le bateau ?
Claude
Oui.
Est-ce que vous aviez un pressentiment sur ce commandant ?
Gisèle
Un pressentiment ?
Claude (à Gisèle)
Oui.
Gisèle
Je ne sais pas si c’est un pressentiment, mais vendredi matin on était dans le jacuzzi et j’ai dit à mon mari et à ma fille : » c’est mon dernier jacuzzi « .
Claude
Je vous dis la réflexion de ma fille. La première fois qu’elle l’a vu, elle m’a dit : » regarde papa,’il a une tête de mafieux parce qu’il avait les cheveux longs derrière etc …
Est-ce que vous vous êtes senti abandonnés au moment de l’évacuation ?
Claude
Complètement.
Complètement.
Parce qu’à partir du moment où on a quitté la table je vous assure qu’il fallait se débrouiller tout seuls.
Après coup on a entendu la dialogue radio enregistré entre le commandant et la capitainerie de Livourne.
Claude
Ça, ça a confirmé que c’était un salaud.
… tout est clair … il paraît qu’il y a des enfants, des femmes … faites attention, Schettino, la mer vous a peut-être laissé vivant mais je vous vois vraiment mal barré, je vais vous créer les pires ennuis, moi. Remontez à bord, couillon !
Commandant, je vous en prie !
Qué, je vous en prie ? Maintenant vous vous bougez et vous remontez à bord.
Confirmez-moi que vous remontez à bord.
À moins que vous ne refusiez de remonter à bord ?
Commandant !
Remontez à bord, c’est un ordre !
Claude
Je le traite de lâche et je n’ai pas peur du mot.
Je dis que c’est un lâche de nous avoir laissés comme ça.
Et vous, madame ?
Gisèle
Ce que je ressens pour lui ? je ne vais pas dire de la haine, mais du dégoût.
À côté de la saloperie du commandant, il y a eu des gens extraordinaires, voilà.
Vous semblez très émue par ces jeunes philippins qui vous ont portée ?
Gisèle
Oui. Ah oui ! Ça !
J’ai vraiment été très émue par ces petits jeunes qui gagnent presque rien et qui ont été aussi héroiques.
Ce sont les seuls qui ont aidé les passagers, les seuls.
Donc le personnel philippin, selon vous, est resté jusqu’au dernier moment pour sauver les gens. Ce qui paraît exceptionnel par rapport au commandant qui, lui, aurait dû être là.
Claude
Absolument.
Absolument.
Bon, vous avez 80 et 87 ans, vous, madame, ce n’est pas votre première croisière
Claude
Non. La 16ème.
Vous aimez ça.
Gisèle
Ah oui, oui. Oui parce que l’ambiance …
Claude
Elle ne fait pas la vaisselle, elle ne va pas faire les courses er elle ne fait pas à manger.
Et est-ce qu’à 87 ans, après cette épreuve-là, vous allez retourner sur un bateau ?
Gisèle
Ils nous ont expliqué …
Claude (plus fort près de l’oreille gauche de Gisèle)
Est-ce que tu es prête à refaire une croisière ?
Gisèle
Non, du tout, pas à mon âge. Je retournerai plus. Non, non.
Et vous monsieur ?
Claude
Oui. Je prendrais l’avion. Comme disait mon père, si tu tombes de cheval, faut remonter tout de suite à cheval, donc il n’y a pas de raison, hein ?
Qu’est-ce que cette épreuve vous aura appris sur la vie ?
Claude
En tout cas, en ce qui me concerne, cela me confirme que le monde n’est pas si beau que ça, quoi.
Et encore qu’on doit se battre pour vivre et pour survivre.
Gisèle
Il y a encore des gens bien sur la Terre.
Claude
Et madame, elke retient surtout le positif, à savoir ces jeunes qui l’ont aidée.
Gisèle
Tout à fait, oui.
J’ai retenu qu’il y avait encore des gens bien sur la Terre.
S’il y en a qui sont dégoûtants, il y a encore des gens bien.
J’ai retenu qu’il y a eu des gens qui ont peut-être sacrifié leurs vies pour m’aider.
Voilà.
Voilà ce que j’ai retenu.
Publié le 19 mai 2026 !
14 années se sont écoulées depuis le naufrage. 14 années et combien d’autres naufragés croient encore que le Commandant les a abandonnés ? Leur colêre, je l’entends mais je n’ose imaginer l’angoisse que cette pensée leur fait vivre.
Ne mériteraient-ils pas de connaître la vérité ?
Qui a la cruauté de maintenir dans la souffrance ceux qui ont vécu l’ensauvagement instantané que l’ordre de faire embarquer les passagers a déclenché ?
Sur la passerelle
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 21 juillet 2026
Sur la passerelle
Une video publiée par Mustafa Kemal sur YouTube, il y a 14 ans
Chapitre 1 : Il y a deux compartiments : le compartiment moteur de proue …
Voici les seules images exclusives capturées en direct sur le pont du Costa Concordia.
Chapitre 2 : Je crois qu’il y a en gros une déchirure dans la coque … et donc … l’eau rentre.
Qu’est-ce qui se passe exactement …
Oui, il paraît qu’on a une alerte tango …
Une demi-heure plus tôt, entre 21 h 35 et 21 h 42, ce vendredi maudit, le Concordia, pour notre malheur, à la suite d’une manœuvre imprudente du capitaine Schettino, avait heurté un rocher à la désormais tristement célèbre pointe de le Scole à une vitesse de 15 nœuds, à quelques brasses de la côte, ouvrant une brèche de 40 mètres. Le Directeur m’a demandé si nous n’avions que ces deux compartiments.
Avec deux compartiments, on peut continuer, … il n’y a pas de problème
Chapitre 3 : Maintenant, ils n’arrivent pas à faire démarrer les pompes de cale
On est sur le point d’accoster, quel fond marin ! On y est. Plus de 100 mètres, 100 mètres, on doit être à une longueur du navire. Il a déjà viré et la proue est dirigée vers le port. Mais que se passe-t-il sur la passerelle ?
Chapitre 4 : Attendons d’arriver en eaux un peu moins profondes
Sur la passerelle, accessible uniquement avec l’autorisation du commandant, il y a beaucoup de monde. L’atmosphère est chargée d’excitation et d’inquiétude, mais sans désordre.
Le navire est déjà incliné à 12°.
Chapitre 5 : à ce moment-là, le moteur principal arrière et les générateurs 1, 2 et 3 semblent être hors service
Trouvez-moi le Directeur des Machines pour savoir ce qu’il en est des moteurs 4, 5 et 6.
Tout le monde semble parler à tout le monde, mais le commandant Schettino ne semble pas être au centre du commandement.
Le temps passe, mais aucune décision n’est prise.
À 22h25, le commandant Schettino est au téléphone avec un interlocuteur.
Quelqu’un tente de lui expliquer la situation, car ils l’ont tous réalisée.
Pour l’instant, nous savons seulement qu’à 21h57 puis à 22h06, il a déjà parlé avec le chef de la cellule de crise de Costa Croisieres, Roberto Ferrarini.
Mais à qui parle-t-il maintenant ?
Les passagers embarquent dans les canots de sauvetage.
Chapitre 6 : Commandant, les passagers commencent à entrer seuls dans les chaloupes
Ah, il faut … faites-les y monter … allez, allez …
Puis, Ok, donnons l’alarme d’urgence générale.
Chapitre 7 Urgence générale … Attendez, attendez …
Mais qui sont tous ces gens sur la passerelle du Concordia qui, près d’une heure après l’impact fatal, dérive toujours vers l’île sans qu’une décision claire ait été prise quant pour sauvetage de plus de 4 000 personnes ?
Pour autant que l’on sache, se trouvaient sur la passerelle :
le Commandant en Second Ciro Ambrosio,
le Premier Officier Alessandro Di Lena,
le Second Officier Salvatore Ursino,
le Troisième Officier Silvia Coronica,
le Maître d’hôtel Antonello Tievoli – propriétaire d’une maison au Giglio pour lequel Schettino aurait entrepris ce passage insensé le long de la côte afin de l’honorer par un salut – mais aussi :
le directeur de restaurant Ciro Onorato,
le directeur d’hôtel Manrico Giampedroni – secouru seulement après 36 heures,
l’Élève Officier Stefano Iannelli,
le cartographe Simone Canessa, et bien sûr,
Francesco Schettino. Après l’impact, deux autres officiers les ont également rejoints :
Pellegrini et
Bongiovanni, la désormais célèbre
Domnica Cermotan et d’autres se trouvaient près de la passerelle, mais surtout, à 22 h 25,
Roberto Bosio, le capitaine, était monté sur la passerelle. Il était à bord en tant que passager, mais aurait été déterminant dans les décisions à prendre, comme le confirmèrent les autres officiers, compte tenu de l’inertie et de l’apathie de Schettino.
La situation était claire : le navire était hors de contrôle. L’Officier Pilon avait déjà communiqué que cinq compartiments étaient inondés ; veuillez nous envoyer du matériel.
À 22 h 29, sur la passerelle, il semblait qu’ils se posaient encore des questions et discutaient de la marche à suivre.
Mais avec qui, entre qui et qui ?
Pendant ce temps, le navire a gîté de 20 degrés de plus, mais l’ordre d’abandonner le navire n’a pas encore été donné.
La confusion règne parmi les passagers à bord. On n’a pas beaucoup d’instructions.
L’équipage fait preuve de responsabilité et de sang-froid, mais il n’a reçu aucune instruction précise.
Tout repose sur le bon sens de chacun.
Les gens parlent à ceux qui font les annonces, à ceux qui manipulent les chaloupes vers l’île …
Chapitre 8 dites-nous de faire les annonces… que les gens tombent
En avant … en avant …
Trois longues minutes s’écoulent.
À 22h32, cinquante minutes après l’impact avec le rocher, la décision est enfin prise sur la passerelle. Avec le recul, le bon sens aurait dû prévaloir depuis longtemps.
La situation est désormais grave ; ils l’ont compris et, cette fois, avec détermination, c’est la fameuse mutinerie dont on parle.
Les passagers sont consternés, mais l’annonce par haut-parleur tarde encore.
La caméra qui suivait tout ce qui se passait sur la passerelle se déplace vers les couloirs en pente du navire.
Dix longues minutes s’écoulent encore, puis enfin : « Mesdames et Messieurs, votre attention s’il-vous-plaît. Nous vous demandons de garder votre calme et de mettre votre gilet de sauvetage. Je répète : mettez votre gilet de sauvetage. Nous vous attendons aux points de rassemblement. »
Il est 22h42, une heure s’est écoulée depuis que le Costa Concordia a heurté ce rocher sur son flanc bâbord, le déchirant comme avec un ouvre-boîte. À 22 h 56, les premiers canots de sauvetage sont mis à l’eau.
La gîte du navire est évidente et inquiétante, mais la peur ne s’est pas encore manifestée.
L’équipage et les passagers aperçoivent l’île à quelques pas : le salut.
Mais le navire n’a pas complètement chaviré, comme nous le verrons le lendemain à l’aube, grâce à des images exclusives.
Nous vous montrerons ce qui s’est passé depuis l’ordre d’évacuation, lorsque la plupart des passagers ont réussi à débarquer, non sans difficulté et dans la peur.
Pris entre la norme et sa conscience
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 21 juillet 2026
Une vidéo publiée il y a 5 ans sur YouTube
Le Commandant Francesco Schettino, à la veille de l’arrêt de la Cour de Cassassion, conscient qu’il allait bientôt être condamné à des peines de prison, a enregistré une vidéo consacrée à ce qu’il appelle « la bifurcation entre la loi et la conscience ».
La vidéo commence par une explication des différentes phases de gîte du Costa Concordia après le contact avec les rochers de Le Scole au large de l’île du Giglio. Le Commandant explique que le navire a d’abord gîté sur bâbord (sa gauche), puis sur tribord (sa droite). À ce moment-là, il aurait dû redevenir horizontal, c’est-à-dire qu’il aurait dû se redresser.
L’incapacité à redresser a fait que le navire ne correspondait plus à ses paramètres de construction. De plus, le manque d’informations transmises par le personnel de Machine à la passerelle a retardé la prise de conscience opportune de la situation de l’entrée des eaux. En particulier, le dysfonctionnement des portes étanches, n’a pas été signalé au capitaine par le personnel de Machine qui a préféré informer de la situation par téléphone des collègues non spécialisés comme c’était le cas de l’officier Ugo Di Piazza.
Le commandant Schettino demande de comprendre et de réfléchir sur ce qui s’est passé dans la gestion de l’accident et de l’urgence du Costa Concordia, où l’addition de nombreuses petites erreurs commises par diverses parties a conduit à ce qu’il définit comme un INCIDENT ORGANISATIONNEL.
Dans la seconde partie de la vidéo, le Commandant s’intéresse à ce qu’il appelle la BIFURCATION ENTRE LA NORMES ET SA CONSCIENCE, où par norme il entend le produit du savoir humain, de la connaissance actuelle de l’art de la navigation et du savoir de notre société. Le Commandant Schettino explique que ce soir-là, il a réalisé que la norme se dissociait de la conscience.
La norme aurait imposé l’appel nominal de la liste passagers, qui comprenait plus de 1.800 personnes à tribord et autant à bâbord, ainsi qu’environ un millier de membres d’équipage. Ce n’est qu’après cet appel nominal qu’il aurait dû donner l’ordre d’abandonner le navire. Francesco Schettino explique qu’à ce moment-là, conscient de ne pas avoir le te6mps de suivre cette procédure, il a choisi de profiter des circonstances favorables qui lui permettaient de poser le navire sur le bas-fond, en eaux peu profondes, et de l’abandonner ensuite en dérogeant à la procédure. Il savait en fait que, s’il avait appliqué la norme, l’événement aurait eu des conséquences bien plus dramatiques et qu’il aurait entrainé beaucoup plus de pertes humaines.
La gestion de l’urgence et le choix qu’a fait le Commandant n’ont jamais fait l’objet d’une analyse contrefactuelle qui aurait pu permettre de déterminer les conséquences d’un respect strict des procédures. Ce qui est certain, c’est ce que rapporte le Commandant car la réglementation a été modifiée et adaptée, tout comme les critères de construction navale.
En conclusion le Commandant Schettino pose une question : POURQUOI LA NORME NE PROGRESSE-T-ELLE PAS POUR ATTEINDRE LE MÊME NIVEAU QUE LA CONSCIENCE ? QUELS SONT LES INTÉRÊTS QUI L’EN EMPÊCHENT ?
Francesco Schettino dit que, ce soir-là, il a laissé sa conscience l’emporter.
J’ai toujours cherché à veiller à la sécurité sous tous ses aspects à partir du moment où j’ai vu que le navire avait une voie d’eau et qu’il gîtait vers sa gauche.
Quand une voie d’eau se déclare, il est normal que le navire se penche du côté où il embarque l’eau.
Au bout d’un moment, le navire commence à se redresser parce que l’inondation devient symétrique.
Si ce sont des locaux sur sa gauche qui sont inondés, la pression de l’eau sur les parois augmente à l’intérieut de ces locaaux. Ceux-ci possèdent des parois que l’on dit plus faibles qui sont calculées exprès pour céder sous la pression de l’eau dans les locaux inondés afin de permettre en cédant que les locaux symétriques, sur le flanc droit du navire, soient inondés aussi. Ceci de façon à ce que l’eau puisse se répartir également à l’intérieur de la coque entre côté gauche et côté droit.
Et ceci toujours pour faire en sorte de maintenir le navire plus ou moins droit et donc pouvoir mettre à l’eau les chaloupes de sauvetage, puisqu’on n’est pas fortement incliné.
En résumé, l’eau commence à passer vers bâbord, le navire gîte sur bâbord, puis, comme prévu, il se redresse grâce à la rupture des cloisons étanches.
À tribord, l’eau, agissant sur les cloisons plus faibles, s’engouffre dans l’espace et le navire commence alors à gîter sur tribord, après quoi il devrait se redresser.
Donc, le navire commence à prendre l’eau sur le côté gauche, il gîte à gauche, après quoi, conformément à mes connaissances, je m’attends à ce qu’il se redresse car les cloisons plus faibles doivent céder.
L’eau jaillissant par la paroi brisée pénètre dynamiquement avec force dans le local, ce qui fait que le navire se met à gîter à droite, après quoi il aurait dû revenir horizontal. Tout au plus aurait-il pu garder une légère gîte à gauche vu qu’il continuait à embarquer de l’eau à gauche.
Après cette interprétation, revenons aux faits : il a d’abord eu tendance à pencher à gauche, puis il est revenu au centre, il a penché à droite, et progressivement l’angle de déviation s’est arrêté de diminuer pour revenir 0 degrés comme avant le choc à gauche.
Alors cette incapacité de la coque à se redresser indiquait clairement que d’autres compartiments avaient été inondés et que les dégâts ne se limitaient plus à trois compartiments.
Mais c’était aussi mon sentiment, et je l’ai immédiatement déclaré au juge d’instruction, car cela ne correspondait pas à ce que j’avais en tête.
Ensuite, comme nous l’avons dit, il y a eu l’erreur du timonier, dont le nom a été cité. La déchirure, dont la longueur a beaucoup varié. Davantage de compartiments étanches ont été concernés car il s’est ajouté que les portes étanches n’ont pas tenu et ont mis en jeu des compartiments supplémentaires.
En effet, lors de l’inondation, le navire a dépassé ses intervalles autorisés dans les paramètres de construction standard, c’est-à-dire les paramètres qui lui auraient permis de retrouver son horizontalité initiale.
Nds : Paramètres de construction standard : les conditions d’utilisation correcte prescrites par le constructeur. Celui-ci garantit alors que le navire fonctionne parfaitement, dispositifs de sécurité compris.
Lors de la gestion de la situation d’urgence, j’ai demandé sans cesse si nous allions perdre le navire, et comment se comportaient les portes.
Et on me répondait en disant que les portes étanches tenaient le coup comme vous pouvez l’entendre sur l’enregistrement de la boîte noire.
J’en ai fini avec ce sujet : » les portes étanches tiennent ”.
Lorsque par la suite j’ai appris l’existence de cette conversation, de l’interception téléphonique de M. Ugo Di Piazza lequel, outre le fait qu’il communiqué son observation au Directeur des Machines (je ne sais même pas s’il l’a fait d’ailleurs), aurait dû informer la passerelle de commandement que les parois étanches ne tenaient pas.
C’est là une grave négligence.
À quoi ça sert de raconter à un collègue, par téléphone, qu’on a vu de ses propres yeux sur place que les cloisons étanches n’ont pas tenu ?
Les portes étanches ont cédé, et cette information n’est pas arrivée au commandant ! Sur la passerelle !
Et pareil pour l’autre officier, Di Lena, qui a déclaré au tribunal avoir vu de l’eau par le hublot du pont 0.
” Excusez-moi, mais … en avez-vous informé le commandant ? ” ” Je suis allé sur la passerelle mais je ne le lui ai pas dit ”.
C’est une plaisanterie !
Je voudrais vous faire à réfléchir sur l’état de l’art de la navigation sur comment et pourquoi j’ai toujours essayé d’expliquer l’incident organisationnel, où l’accumulation de petites fautes individuelles a fini par déclencher un évènement majeur, un évènement tragique.
J’ai donc choisi d’appuyer le navire sur le bas-fond. Cette décision s’est révélée être une bonne décision, et finalement je l’ai fait.
Et là je me suis trouvé devant une bifurcation entre la norme et ma conscience.
La norme, qui est le produit du savoir humain, de la connaissance de l’état de l’art de la navigation, du savoir de notre société, ensuite traduit en norme ne devrait pas s’écarter autant de la conscience parce que je me suis retrouvé devant de deux chemins différents ce soir-là.
Comme l’imposait la règle qui n’était probablement pas inscrite dans ma conscience mais gravée dans mon inconscient, j’aurais dû procéder à un appel nominal de plus de cinq mille personnes étant donné que 4.223 personnes étaient inscrites sur une liste incorrecte qui, de fait, n’avait pas eu le temps d’être mise à jour, ce qui a entraîné un excédent de 500 personnes.
Je tiens donc à préciser que si j’ai dû déroger à certaines procédures, c’est parce qu’il est impossible de vérifier 1 800 passagers à gauche et 800 à droite, de faire l’appel au mégaphone, d’appeler les passagers par leur nom comme à l’école en attendant qu’on vous réponde « présent » ou « absent ».
Après cela, une fois que l’ensemble de la communauté à bord, y compris les 1.000 membres d’équipage, aurait été appelée, j’aurais dû ordonner l’abandon du navire.
En fait, après l’accident, de nombreuses règles ont changé à bord car ce soir-là, il était impossible de faire les choses correctement. On entend dans la boîte noire comment j’ai décidé de profiter du moment le plus favorable pour poser le navire sur le bas-fond.
Je mets au défi quiconque se trouvant dans cette situation de faire un choix, de prendre une décision en sachant que, s’il avait choisi de suivre la norme à la lettre, malheureusement, il devrait déplorer beaucoup plus de décès.
Si, maintenant, nous analysons calmement l’incident et la manière dont il a été géré, le résultat obtenu grâce à cette gestion, qui, je le crois, a permis de sauver des vies, est à la hauteur de tous les efforts déployés.
… Cette nuit-là a obligé à faire des choix, et nous commettons une grave erreur si nous la considérons comme un événement indésirable que avons la présomption de pouvoir éliminer par des règles.
C’était un événement d’une telle ampleur que la norme ne pouvait suffire à le dominer tout entier, c’est si vrai qu’aucune analyse contrefactuelle n’a été menée.
Par la suite, de nouvelles réglementations ont été introduites, de nouveaux critères de survie du navire lors de son retour au port.
D’autres normes de construction navale standard ont été instaurées. Étant donné que la population à bord des navires et la capacité de transport de ces derniers augmentent toujours de manière démesurée, comment est-il concevable de se lancer dans une course contre la montre et subir un retard de dix minutes dans la gestion d’une urgence ?
Il est clair que si les portes étanches avaient protégé le navire, il n’aurait pas atteint cette inclinaison excessive. Cependant, les mêmes enquêtes ont finalement révélé qu’il était resté dans les intervalles des paramètres du constructeur disant qu’il permettrait l’utilisation des canots de sauvetage, ce qui implique que les bras des grues chargés de les mettre à l’eau à l’extérieur du navire auraient dû correctement fonctionnels.
Même si les portes étanches n’ont pas tout empêché, le simple fait que le navire reposait sur un fond marin peu profond, soutenu par un rocher, a prolongé les temps de survie. En effet, à 0 h 40, le navire aurait coulé à 0 h 40 sur un haut-fond si j’avais décidé de l’évacuer en pleine mer.
J’avais une confiance absolue dans » les seuls compartiments qui m’avaient été déclarés inondés étaient abimés « , soit trois, et par conséquent, le navire n’aurait pas dû couler.
C’est ce qu’affirme un document local qui contient les calculs effectués par l’ordinateur utilisé comme outil d’aide à la décision pour le commandant.
Avec cet ce schéma en vue, le navire devait flotter, donc j’ai décidé de me rapprocher progressivement, de me diriger vers la côte.
J’avais compris que la base me renvoyait des choses inexactes.
Puis, finalement, nous avons vu qu’il était possible d’essayer de mettre les canots à l’eau.
Je ne sais pas si tout cela contribue à l’événement.
J’avais une petite demoiselle qui avait signé son contrat pour gérer des personnes. Mais personne ne m’a jamais communiqué qu’elle n’avait appris la navigation qu’à l’école.
Parce que, selon vous, ai-je organisé un service de navettes ? Que signifie un service de navettes ?
Je l’ai fait parce que je savais que je ne pouvais pas compter les gens et donc chaque canot de sauvetage a fait 4 aller-retours.
Mais pourquoi ai-je fait ça ? Parce que je savais que je ne pourrais pas compter les personnes ? La phase finale montre bien que le temps m’a manqué pour pouvoir terminer heureusement l’évacuation.
Alors quand j’ai parlé du Manuel des Castors Juniors lors du procès, je n’avait pas pour but de dénigrer qui que ce soit, mais de faire comprendre de façon simple qu’il arrive un moment où plus personne ne connaît ses hommes et où on est face au mur parce que la norme n’a pas suivi.
Quels sont ces intérêts qui empêchent la norme de rattraper la conscience ?
En moi, la conscience a parlé plus fort que la norme.
Il aurait été contreproductif de vouloir l’appliquer alors qu’il y avait d’innombrables choses à gérer.
D’ailleurs, après, ils l’ont modifiée.
De l’Officier Di Piazza
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 21 juillet 2026
Udienza 12 11 2012 – Di Piazza et Borghero
Le premier témoin entendu lors de l’audience du 12 novembre est Ugo Di Piazza, qui avait rejoint le navire comme Élève-officier en 2010 et était Officier en Salle des Machines au moment du naufrage – preuve supplémentaire qu’il est vraiment facile de gravir les échelons dans cette compagnie !
Son témoignage a révélé que malgré la fermeture d’une porte étanche, l’eau s’infiltrait « copieusement », démontrant que ces portes, par ailleurs souvent ouvertes en navigation comme l’a lui-même rapporté ce même témoin, ne remplissaient pas correctement leur fonction essentielle de sécurité, même fermées.
Il a indiqué avoir signalé la situation presque immédiatement à son supérieur, Borghero, lui disant que deux compartiments étaient inondés et qu’un troisième était en train de se remplir d’eau sous ses yeux.
Il est donc clair que tous ceux qui se trouvaient sur la passerelle connaissaient l’état réel du navire quelques minutes seulement après l’impact. Cette circonstance aggrave la situation du capitaine, qui n’a pas donné l’alerte générale ni abandonné le navire, mais aussi celle des autres accusés en même temps que Schettino, qui font actuellement l’objet d’un pourvoi devant la Cour de Cassation suite à l’appel interjeté contre la décision de négociation de peine du Procureur Général de Florence, comme demandé dans une requête spécifique des avocats de « Giustizia per la Concordia ».
Di Piazza indique clairement que pour les personnes présentes dans la salle des Machines, il était évident qu’avec les moteurs et les générateurs électriques irrémédiablement hors service, le navire était devenu ingouvernable. Malgré la gravité de la situation, les précieuses minutes pour la vie des passagers à sauver ont continué de s’écouler sans que l’alarme (delta x-ray) n’ait été déclenchée, ni même l’état d’urgence générale, ce qui aurait permis de commencer la procédure d’appel pour d’amorcer l’évacuation des passagers. Le témoin rapporte que « la panique était telle qu’elle a empêché que le débarquement puisse se faire dans l’ordre » et que les canots de sauvetage ont été mis à l’eau avant même les ordres codés que la passerelle tardait trop à donner.
Mais même l’authenticité de ce témoignage, concernant certaines circonstances que le témoin semble ignorer ou avoir oubliées, est entachée par le fait que, ainsi que nous le découvrons maintenant audience après audience, immédiatement près les premiers entretiens avec les enquêteurs, Piazza a été convoqué par les avocats de Costa (parfois en présence de représentants de Carnival) pour un compte rendu de l’incident et pour se voir attribuer une indemnisation aussi rapide que satisfaisante. Sans même l’avoir demandée !
Le témoignage de Tonio Borghero, employé de Costa depuis 2002 et Second Officier de la Salle des Machines est de même nature/sur le même sujet. Il a également témoigné lors de l’audience du 12 novembre. Son témoignage confirme la gravité de la situation et combien la destruction totale de la salle des machines était évidente, à cause de l’inondation complète des compartiments. Il précise qu’il se trouvait dans sa cabine au moment de l’impact et qu’il avait eu la sensation qu’il s’était produit quelque chose en ressentant l’inclinaison du navire (gîte) et les vibrations, car il n’avait pas senti l’impact lui-même ! À ce sujet, il est bon de rappeler que la cabine du témoin se situe sur le pont 5 et que le groupe électrogène de secours n’est pas situé en dessous du pont zéro (donc dans la partie inférieure du navire), mais sur le pont 11 !
Ce qui nous permet de réfuter les déclarations de Costa Croisières, en sa qualité de partie civile responsable, en ce qui concerne ce point précis (ils ont essayé de justifier le dysfonctionnement du groupe électrogène de secours – au pont 11 – en prétendant publiquement que la cause de la panne était manifestement due aux conséquences de l’impact sur le système). En effet, l’impact n’a affecté que les ponts situés sous la ligne de flottaison (pont 0), et personne au-dessus de ce pont n’a ressenti l’impact, si ce n’est par des vibrations et de la gîte ! Imaginez si le groupe électrogène de secours, qui par définition doit fonctionner en cas d’urgence, pouvait être mis en panne pour cette raison ; il a tout simplement dysfonctionné, comme tant d’autres équipements, et précisément au moment où il était vital pour assurer la sécurité des passagers (ascenseurs, gouvernails, éclairage, treuils des canots de sauvetage, etc.) !
Là encore, pour user du même ton que celui employé par l’avocat de la société à l’égard des parties civiles, nous pouvons affirmer que ce qui importe dans ce procès, ce sont les témoignages des témoins et les rapports d’experts, alors que les déclarations de maître De Luca devant la caméra ne veulent rien dire, ou plutôt, pour le paraphraser, on pourrait dire qu’elles valent moins que zéro (encore mieux, qu’elles ne valent pas plus que ce que le pont zéro n’a compté !).
