Archives de 15 avril 2013

« Le monde entier se demande alors comment un navire si moderne a pu couler de la sorte… »

C’est une phrase qui revient comme un leitmotive sur les fiches du site que j’ai découvert hier,

http://naufrageferries.canalblog.com/archives/2012/05/06/24193445.html#comments

et ça finit par être irritant pour le vieux prof qui veille encore en moi.
A croire que le citoyen moyen du monde entier se contente de s’indigner tranquillou dans son fauteuil devant la télé et passe à autre  chose  !
Il s’est posé la question pour le naufrage du TITANIC, paquebot de son état, le plus gros de l’époque, l’insubmersible qui a été submergé médiatiquement le premier, celui auquel on trouve la référence (cinématographique, romancée) dans les témoignages des victimes de tous les naufrages ultérieurs.

Et pour un bon nombre de paquebots, de ferries qui ont eu un accident fatal, exactement les mêmes mots, avec en plus une enquête pas satisfaisante – pourquoi ? Par manque de vulgarisation médiatique des réalités des dangers de la mer ? les naturels et les autres ?

« Pourquoi ? «  c’est la demande la plus lancinante des familles des disparus, professionnels de la mer ou usagers.D’abord la réaction : pourquoi est-ce que ça nous arrive à nous ? puis immédiatement après le choc surmonté, un pourquoi qui ne les quittera plus jusqu’à leur propre mort et poursuivra leurs enfants et les enfants de leurs enfants : pourquoi, scientifiquement parlant, cela a-t-il pu se produire ? avec l’espoir de faire du mal qui les a frappés un bien pour les autres : pour que cela ne se reproduise jamais plus, pour que d’autres familles ne soient pas brisées comme nous sommes brisés.

Sur le moment, le représentant de la Compagnie qu’ils ont en face va « bénéficier » de la présomption de responsabilité. C’est subit, c’est injuste, particulièrement lorsqu’il y a perte d’un enfant, chose contre-nature entre toutes. D’autant plus que sur le moment il ne pourra pas répondre aux questions précises qui lui sont posées par chacun en particulier. Il n’en sait pas plus que vous et moi tant que l’enquête n’a pas rendu ses conclusions.

Le « responsable » en titre qui va venir immédiatement à l’esprit de l’opinion publique est celui qui « commande, seul maître à bord après Dieu ». Tant que la souffrance est vive, on ne peut pas réfléchir, réaliser que le seul maître à bord après Dieu n’est plus malgré son bel uniforme blanc ou bleu marine, depuis avant le Titanic et y compris pour le Titanic, qu’un maillon parmi les autres dans toute une organisation bien huilée sur laquelle repose toute une industrie d’un pays et le gagne-pain – périlleux – de milliers de gens comme vous et moi.

Les dangers de la mer sont multiples et variés.
Il y a ceux qui viennent de la mer elle-même, des intempéries – saviez-vous qu’il y a fréquemment des tornades le long des côtes de l’Italie toute proche ? – du fond, des écueils, et jusque là c’est normal.
Il y a ceux qui viennent des habitants de la mer, et là je pense aux requins dont j’ai trouvé une liste d’espèces impressionnante pour ceux de la Méditerranée, Mare Nostrum.
Il y a ceux qui viennent des riverains: je pense à la piraterie dont j’ai découvert avec étonnement qu’elle existe toujours.
Il y a ceux qui viennent de loin, je pense aux pêcheurs de baleine en zone protégées qui commettent des actes de guerre en pleine paix pour ne pas être pris sur le fait.

Toutes ces choses font l’objet d’articles dans la presse quand elles se produisent mais le souriceau terrien que je suis n’avait pas percuté à quel point le métier de marin pouvait être dangereux.
« C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme. » (RENAUD)

« une folie » disait Marius par la plume de Marcel PAGNOL.

Il ne va pas être facile de prendre toutes les mesures possible et imaginables pour qu’à chaque fois la cause de l’accident soit prévenue dans la mesure où on ne la connait pas suite aux comptes-rendus des études des experts, tout simplement.

Le comble de l’exercice de sécurité raté : le sauvetage des victimes du naufrage de l’Estonia

 C’est arrivé très loin, dans les eaux froides de la Mer BALTIQUE
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L’Estonia était un de ces ferries qui ont une porte à chaque extrémité pour faciliter le chargement et la récupération des voitures des passagers. A première vue, ça surprend, mais le principe est bien rôdé et des tas de ferries font leur trajet régulier par tous les temps équipés de ce système de portes.

L’Estonia naviguait donc entre Tallinn et Stockholm lorsqu’il a eu son problème. La double porte avant a été arrachée, l’eau est entrée à l’arrière (on ne sait pas comment ça se fait) mais le tout est qu’il a pris de la gite, s’est couché sur tribord et a coulé couché par la poupe, tout comme la Concordia lors de l’échouement au Giglio, au moins au début.
Parce que sous le ferry Estonia au moment où l’accident est arrivé, il n’y avait pas un bas-fond sur lequel le poser, le fond était oh, pas bien profond, une bonne soixantaine de mètres. Et la poupe de l’Estonia couché s’est enfoncée la première jusqu’à ce qu‘enfin elle touche le sol. 

Le voilà encore aujourd’hui, on peut constater un début de retournement avant l’immobilisation finale :

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vous entendrez les appels au secours « MayDay » du Capitaine qui ont été enregistrés, calés sur cette reconstitution de la fin sur une durée de 20 min

si vous n’avez pas la patience ou le courage,allez directement à la fin, voir de quelle façon le ferry, blessé de la même manière que la Concordia, s’est enfoncé dans l’eau alors que deux bateaux locaux s’efforçaient de le localiser et de le rejoindre – le Capitaine ne pouvant pas leur communiquer sa position, à cause du black-out il ne la connaissait pas
 
Il y avait un exercice de sécurité international en cours dans la zone où la catastrophe est arrivée. Mondial même. Hé bien, non seulement les participants n’ont pas participé aux secours, mais il n’y a pas eu d’étude constructive de la catastrophe, pas de conséquence tirée, aucune explication aux familles qui n’ont même pas pu récupérer les corps. Les restes des victimes sont toujours emprisonnées dans la carcasse d’acier de l’ESTONIA. Le Commandant et ses Officiers ne sont pas revenus vivants à terre et n’ont pas pu témoigner de ce qui s’est passé à bord.Il y a eu 137 survivants sur 989 personnes. Les 852 victimes de l’Estonia avaient de 2 mois à 91 ans.

Comme quoi, il est bien difficile de progresser dans le domaine de la Sécurité en Mer.

Espérons qu’à Grosseto, dans ce pays de longue tradition marine, il en sera autrement

et qu’une enquête plus modeste portera des fruits

pour que de petits enfants ne finissent plus noyés

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 L’arc brisé à Tallinn porte les noms de tous ceux qui ne sont pas rentrés

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Il y a eu 22 ans le 10/04, le ferry Moby Prince prenait feu devant le port de LIVOURNE

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L’accident fut de type collision suivie d’un incendie, le bilan est de 140 morts, il n’y eut qu’un seul survivant. La Moby Prince était un ferry et transportait 65 membres d’équipage et 75 passagers.
Le Commandant Ugo CHESSA est décédé dans l’accident, ainsi que son épouse qui avait embarqué avec lui. Ils avaient deux enfants.
En deux mots, le ferry Moby Prince et un pétrolier, l’Agip Abruzzo, par une magnifique nuit calme où la visibilité était d’après les témoins à terre excellente, entrèrent en collision en plein devant le port de LIVOURNE que le ferry n’a pas eu le temps de quitter. Il prit feu et le pétrole du pétrolier alimenta ce feu, lui faisant prendre une ampleur tragique.

L’équipage avait rassemblé les passagers dans un salon que les murs et portes coupe-feu auraient du protéger le temps que les secours géographiquement tout proches arrivent sur les lieux. Mais cela ne s’est pas passé ainsi.

La Capitainerie du Port n’a pas réagi aux appels de détresse du bateau. Quand les pompiers et les secours sont enfin arrivés parce qu’on voyait qu’il se passait un drame depuis les quais, ils n’ont trouvé que des corps sans vie, à l’exception d’un membre de l’équipage qui s’était jeté à l’eau. Parmi les corps sans vie, celui d’un intriguant personnage qui se calcina entre deux enregistrements vidéo alors que le feu ne brûlait plus à l’endroit où il se trouvait. Mais ne nous égarons pas.

Les articles de presse ne faisaient état que des éléments susceptibles de jouer le rôle de scoop, et ce ne sont pas les détails scientifiques qui peuvent jouer ce rôle. C’est donc du sensationnel, du choquant jusqu’au déraisonnable qui fut exposé alors. Le Commandant fut qualifié de « fou » et « lâche » par un journaliste auquel la presse de l’époque emboita massivement le pas.
A l’issue du procès, la conclusion fut : erreur humaine de toute l’équipage de passerelle en train de regarder un match de foot à la télévision au lieu d’être devant les quadrants des appareils de mesure. De plus un finalement inutile « brouillard » que personne n’a vu par ailleurs se serait matérialisé sur la zone de collision, suivant un phénomène climatique qui ne se produit pas sous nos latitudes.
Tous les Officiers du ferry étaient morts, ils ne firent pas appel. Les familles effondrées ne le firent pas non plus sur le moment.
Le souvenir est encore vif, douloureux à LIVOURNE et le site des victimes de la catastrophe, fils du Commandant compris, très actif :

Pour rester dans le domaine du feu, il y a toujours une étincelle de départ à la propagation d’une rumeur, et même si le jugement de tout un peuple s’en trouve faussé un moment, il y a aussi un moment où celui-ci sort de l’aveuglement.
En 2011, le journaliste à la déontologie fumeuse fut condamné à des amendes pour à plusieurs titres
pour diffamation à l’encontre du Commandant CHESSA et rayé du métier.

 

Juridiquement, 22 ans étant passés, il y a prescription. 
Alors pourquoi est-ce que j’en parle ?

http://www.corriere.it/cronache/13_aprile_08/moby-price-non-fu-erroreumano-contro-inchiesta-imarisio_ea515cc6-a00d-11e2-b85a-0540f7c490c5.shtml (le lien)

Déjà cette année, à Noël on avait parlé de la Moby Prince, les anciens ne voulaient pas partir pour un monde dit meilleur sans dire ce qu’ils avaient vu, les petits enfants répercutaient les récits des grand’parents lors du spectacle scolaire de fin d’année, comme une pastorale du souvenir.
Aujourd’hui les enfants du Commandant demandent à la justice que les techniques d’investigation les plus modernes soient utilisées pour savoir ce qui s’est réellement passé en cette tragique nuit du 10 au 11 avril 1991 où ils sont devenus orphelins.
Parce que depuis 22 ans le, nous dirons « brouillard journalistique » a surtout eu comme résultat qu’on ne sait pas pourquoi 140 personnes sont mortes devant le port de LIVOURNE, que par conséquent c’est une cause contre laquelle aucune mesure n’a pu être prise et que donc ça peut très bien se reproduire demain.

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