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Sur la passerelle
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 21 juillet 2026
Sur la passerelle
Une video publiée par Mustafa Kemal sur YouTube, il y a 14 ans
Chapitre 1 : Il y a deux compartiments : le compartiment moteur de proue …
Voici les seules images exclusives capturées en direct sur le pont du Costa Concordia.
Chapitre 2 : Je crois qu’il y a en gros une déchirure dans la coque … et donc … l’eau rentre.
Qu’est-ce qui se passe exactement …
Oui, il paraît qu’on a une alerte tango …
Une demi-heure plus tôt, entre 21 h 35 et 21 h 42, ce vendredi maudit, le Concordia, pour notre malheur, à la suite d’une manœuvre imprudente du capitaine Schettino, avait heurté un rocher à la désormais tristement célèbre pointe de le Scole à une vitesse de 15 nœuds, à quelques brasses de la côte, ouvrant une brèche de 40 mètres. Le Directeur m’a demandé si nous n’avions que ces deux compartiments.
Avec deux compartiments, on peut continuer, … il n’y a pas de problème
Chapitre 3 : Maintenant, ils n’arrivent pas à faire démarrer les pompes de cale
On est sur le point d’accoster, quel fond marin ! On y est. Plus de 100 mètres, 100 mètres, on doit être à une longueur du navire. Il a déjà viré et la proue est dirigée vers le port. Mais que se passe-t-il sur la passerelle ?
Chapitre 4 : Attendons d’arriver en eaux un peu moins profondes
Sur la passerelle, accessible uniquement avec l’autorisation du commandant, il y a beaucoup de monde. L’atmosphère est chargée d’excitation et d’inquiétude, mais sans désordre.
Le navire est déjà incliné à 12°.
Chapitre 5 : à ce moment-là, le moteur principal arrière et les générateurs 1, 2 et 3 semblent être hors service
Trouvez-moi le Directeur des Machines pour savoir ce qu’il en est des moteurs 4, 5 et 6.
Tout le monde semble parler à tout le monde, mais le commandant Schettino ne semble pas être au centre du commandement.
Le temps passe, mais aucune décision n’est prise.
À 22h25, le commandant Schettino est au téléphone avec un interlocuteur.
Quelqu’un tente de lui expliquer la situation, car ils l’ont tous réalisée.
Pour l’instant, nous savons seulement qu’à 21h57 puis à 22h06, il a déjà parlé avec le chef de la cellule de crise de Costa Croisieres, Roberto Ferrarini.
Mais à qui parle-t-il maintenant ?
Les passagers embarquent dans les canots de sauvetage.
Chapitre 6 : Commandant, les passagers commencent à entrer seuls dans les chaloupes
Ah, il faut … faites-les y monter … allez, allez …
Puis, Ok, donnons l’alarme d’urgence générale.
Chapitre 7 Urgence générale … Attendez, attendez …
Mais qui sont tous ces gens sur la passerelle du Concordia qui, près d’une heure après l’impact fatal, dérive toujours vers l’île sans qu’une décision claire ait été prise quant pour sauvetage de plus de 4 000 personnes ?
Pour autant que l’on sache, se trouvaient sur la passerelle :
le Commandant en Second Ciro Ambrosio,
le Premier Officier Alessandro Di Lena,
le Second Officier Salvatore Ursino,
le Troisième Officier Silvia Coronica,
le Maître d’hôtel Antonello Tievoli – propriétaire d’une maison au Giglio pour lequel Schettino aurait entrepris ce passage insensé le long de la côte afin de l’honorer par un salut – mais aussi :
le directeur de restaurant Ciro Onorato,
le directeur d’hôtel Manrico Giampedroni – secouru seulement après 36 heures,
l’Élève Officier Stefano Iannelli,
le cartographe Simone Canessa, et bien sûr,
Francesco Schettino. Après l’impact, deux autres officiers les ont également rejoints :
Pellegrini et
Bongiovanni, la désormais célèbre
Domnica Cermotan et d’autres se trouvaient près de la passerelle, mais surtout, à 22 h 25,
Roberto Bosio, le capitaine, était monté sur la passerelle. Il était à bord en tant que passager, mais aurait été déterminant dans les décisions à prendre, comme le confirmèrent les autres officiers, compte tenu de l’inertie et de l’apathie de Schettino.
La situation était claire : le navire était hors de contrôle. L’Officier Pilon avait déjà communiqué que cinq compartiments étaient inondés ; veuillez nous envoyer du matériel.
À 22 h 29, sur la passerelle, il semblait qu’ils se posaient encore des questions et discutaient de la marche à suivre.
Mais avec qui, entre qui et qui ?
Pendant ce temps, le navire a gîté de 20 degrés de plus, mais l’ordre d’abandonner le navire n’a pas encore été donné.
La confusion règne parmi les passagers à bord. On n’a pas beaucoup d’instructions.
L’équipage fait preuve de responsabilité et de sang-froid, mais il n’a reçu aucune instruction précise.
Tout repose sur le bon sens de chacun.
Les gens parlent à ceux qui font les annonces, à ceux qui manipulent les chaloupes vers l’île …
Chapitre 8 dites-nous de faire les annonces… que les gens tombent
En avant … en avant …
Trois longues minutes s’écoulent.
À 22h32, cinquante minutes après l’impact avec le rocher, la décision est enfin prise sur la passerelle. Avec le recul, le bon sens aurait dû prévaloir depuis longtemps.
La situation est désormais grave ; ils l’ont compris et, cette fois, avec détermination, c’est la fameuse mutinerie dont on parle.
Les passagers sont consternés, mais l’annonce par haut-parleur tarde encore.
La caméra qui suivait tout ce qui se passait sur la passerelle se déplace vers les couloirs en pente du navire.
Dix longues minutes s’écoulent encore, puis enfin : « Mesdames et Messieurs, votre attention s’il-vous-plaît. Nous vous demandons de garder votre calme et de mettre votre gilet de sauvetage. Je répète : mettez votre gilet de sauvetage. Nous vous attendons aux points de rassemblement. »
Il est 22h42, une heure s’est écoulée depuis que le Costa Concordia a heurté ce rocher sur son flanc bâbord, le déchirant comme avec un ouvre-boîte. À 22 h 56, les premiers canots de sauvetage sont mis à l’eau.
La gîte du navire est évidente et inquiétante, mais la peur ne s’est pas encore manifestée.
L’équipage et les passagers aperçoivent l’île à quelques pas : le salut.
Mais le navire n’a pas complètement chaviré, comme nous le verrons le lendemain à l’aube, grâce à des images exclusives.
Nous vous montrerons ce qui s’est passé depuis l’ordre d’évacuation, lorsque la plupart des passagers ont réussi à débarquer, non sans difficulté et dans la peur.
Qui était la CONCORDIA ?
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO le 20 décembre 2014
Un hôtel, une galerie marchande, un parc d’attraction diront les usagers terriens consuméristes.
Toutes ces installations de plaisir ayant confusément un sol solide dessous.
Alors non, elle n’était pas cela.
La CONCORDIA était un bateau.
Cela comprend un bâti avec son armement et un équipage humain pour lui donner la vie.
Et son bâti n’est pas posé sur pilotis, il est directement sur l’eau, il flotte un peu dessus, un peu dedans.
Ce qui implique qu’il y en a dessous.
On ne sait pas combien vu depuis un pont ou la fenêtre d’une cabine, on ne voit que sa surface la plupart du temps.
Hé bien dessous, ça dépend.
Ça dépend d’où on est.
Là haut, sur la passerelle, un officier gagne son pain en surveillant la route sur une carte.
Compliquée, la carte nautique, parce que comme pour le Tour de France, elle indique le relief en même temps que le tracé.
Chouette, en même temps, parce que le tracé, on peut se le construire à chaque fois, on n’est pas coincé sur un ruban de goudron.
Ce n’est pas simple : un officier – pas le même, ça en fait deux – a gagné son pain en le construisant.
Et il a rentré lui-même ce tracé qu’on appelle « la route » aussi dans les appareils de bord, pour que tout le monde puisse travailler dessus en même temps, mais pas tout de suite.
Cet officier-là avait reçu des instructions du Commandant qui commande à bord – ça fait un troisième officier – qui, plus expérimenté, avait d’un seul coup d’œil sur la carte, évalué la situation et choisi les points principaux de la construction, les « waypoints », comme ils disent.
Et avant de l’entrer dans le réseau du bord, il la lui a faite vérifier.
Après quoi, ayant terminé son temps de travail – ils font quasiment les 3 * 8 à bord, mais ça se dit autrement : on prend des quarts de 6 heures – il est rentré dans sa cabine, serein et confiant.
Sur la passerelle, le « Troisième Officier » dont c’est la mission allait veiller à ce que la route soit suivie.
Le Troisième Officier ? pas seulement.
Le Commandant qui commande, réquisitionné par l’accueil des passagers montés à CIVITAVECCHIA, la dernière escale dont ils venaient juste de partir, et son rôle de représentant de la Compagnie à bord d’un paquebot de croisière avait quitté la passerelle après l’avoir confiée à un – oui, encore un, nous en sommes à 4 – officier. L’Officier de Quart.
Et pendant qu’il mangeait dans un restaurant plein de passagers qui pourraient raconter plus tard qu’ils avaient mangé « avec le Commandant », pendant qu’il mangeait, dis-je, confiant lui aussi,
l’Officier de Quart allait gagner son pain en surveillant le tout et donner les ordres pour que ça se passe bien, et faire suivre la route à La CONCORDIA et tout son chargement humain.
Je récapitule dans l’ordre chronologique :
1°/ le Commandant SCHETTINO donne les points principaux pour la trajectoire par leurs coordonnées en fonction des instructions qu’il reçoit de la Compagnie qui l’emploie et qu’il a l’honneur de représenter par sa personne à bord.
2°/ l’officier CANESSA trace « la route », la courbe trajectoire continue complète.
3°/ le commandant SCHETTINO et l’officier cartographe vérifient la route.
4°/ l’officier cartographe la rentre dans l’ECDIS commun – que nous connaissons, nous pauvres béotiens, sous le nom de radar.
5°/ A partir de là, la route va être suivie par la CONCORDIA par l’intermédiaire du pilote automatique (tout équipement donc) et/ou du timonier (humain) sous couvert d’AMBROSIO
6°/ les deux humains et le bateau étant surveillés activement par CORONICA, en vertu du principe bien connu que quatre yeux valent mieux que deux pour surveiller
Sachant que ledit ECDIS a quatre ou cinq séries d’affichages de données numériques et autres en plus du radar, que les paillasses de la passerelle comprennent aussi boutons et cadrans jusqu’au plafond, tout le monde est bien occupé.
Jacob RUSLI BIN est là aussi, il fait la vigie au centre, il n’ira qu’ensuite au timon, quand le Master sera présent.
Ce n’est pas la première fois qu’il travaille dans une passerelle, par contre c’est la première chez COSTA sur la CONCORDIA.
A la veille du second procès pour la CONCORDIA, on ne sait toujours pas pourquoi ce bateau équipé correctement, aux petits soucis de maintenance près, des derniers équipements modernes a fini par s’esquinter sur l’éperon rocheux du SCOLE après avoir raté de peu le choc de plein fouet avec la falaise de granite de la plage de CANNELLE.

