En hommage à Messieurs Simone GULI et Silvio SCARABICCHI

http://archiviostorico.corriere.it/1995/agosto/08/addio_Calma_piatta_co_0_9508088736.shtml

traduction

Grave naufrage : un paquebot italien coule à pic devant la côte brésilienne le soir du 25 octobre 1927 : 314 morts sur 1259 personnes à bord

 

adieu, reposez en paix

Publié dans LES GRANDS NAUFRAGES :

 Sept navires accourus après le S.O.S. ne se sont pas approchés par crainte des
explosions. 

 Dans le chaos qui a précédé le naufrage le Chef des Machines s’est suicidé. 

 Le Capitaine est mort noyé ainsi que les autres passagers restés pris au piège. 

 Le navire avait eu à son bord des personnages célèbres tels que TOSCANINI, PIRANDELLO et la PAVLOVA.

Publié dans HISTOIRES DE CET ÉTÉ : 

 Cinq heures sans bouger dans une mer d’huile, embarquant de l’eau, devant sept navires qui avaient répondu à son S.O.S., c’est comme ça que le paquebot MAFALDA a coulé à pic dans l’océan ATLANTIQUE, à dix heures et quart du soir, à quatre-vingt mille des côtes du BRÉSIL. 

 Une tragédie des mers parmi les plus graves : 314 morts sur 1259 personnes à bord, passagers et équipage confondus.

 Le Capitaine qui s’enfonce avec le navire, le Chef des Machines qui se suicide, des scènes de panique au moment du « sauve qui peut », des accusations aux marins de s’être sauvés les premiers, des gens terrifiés qui refusent de monter dans les canots de sauvetage et se laissent engloutir dans les tourbillons. 


En Italie, on parle aussi peu que possible de ce drame. 

 On y trouve encore moins d’explications sur ses causes. 

 L’Italie de MUSSOLINI est une nation maritime et la propagande fasciste en célèbre la gloire à chaque occasion. 

 Les journaux écrivent :

 « La  merveilleuse renaissance de notre marine de laquelle dépend une part si importante de l’avenir de l’ITALIE ne s’arrêtera pas pour cela. Au MAFALDA qui disparaît glorieusement … »

 Glorieusement ? Le transatlantique est vieux. En 1927 il navigue déjà depuis 18 ans et vit sur sa réputation d’avant, du temps où il passait pour l’un des plus luxueux navires du monde.

 Il l’avait été en fait, même s’il était un bâtiment de structure modeste de 9000 tonneaux, rien en comparaison des 60 000 tonneaux du TITANIC qui, quinze ans auparavant, l’avait précédé au fond des abysses.

Mais il s’agit d’un paquebot bien « lancé » publicitairement, présenté comme un joyau de la marine la plus perfectionnée et sur le MAFALDA ont voyagé des personnalités comme TOSCANINI, MARCONI, PIRANDELLO, Tatiana PAVLOVA.

 Il sert de symbole de statut social et ce qui compte par dessus tout, c’est ce qui se voit : ses immenses salons, ses tapis précieux, ses tapisseries des GOBELINS aux murs, ses statues et peintures signées. 

  Le duc Emanuele Filiberto d ‘AOSTE, présent au voyage inaugural en 1909, déclarait avec une admiration béate qu’il trouvait son luxe excessif. Tout est-il juste ? A la pointe du progrès ? Entièrement consacré à l’efficacité et au paraître ? Peut-être, au début et dans la pensée initiale de l’armateur, le sénateur Ernesto PIAGGIO, le fabricant – créateur du LLOYD italien, qui en avait confié la conception à son fils Rocco, un ingénieur naval au brillant avenir.


 Puis les temps ont changé et la qualité des passagers a changé avec le temps. L’émigration vers les pays des Amériques du Nord et du Sud est devenue le vrai gros phénomène, qui a éclipsé le prestige conféré jusque là par la présence des VIP.

 Les émigrants sont des milliers, on fait le plein à chaque voyage, 300 cent lires pour le billet de repas à volonté de 65 lires de plus pour manger sur une table, de l’argent plein les mains et tous sur le pont, ne jamais se faire voir, car les passagers première classe ne doivent pas être en relation avec ces gens là. Aller et retour sur l’Atlantique en transportant des émigrants faisait rentrer des millions. Qu’importe si, par suite de cette façon de l’exploiter et de l’usure que cela lui a infligé, le MAFALDA est devenu un vieux tacot et si, dans le milieu de la marine de GÊNES, où se trouvent les patrons, on connait ses limites et les risques, et si on en parle comme d’un bateau d’opérette ? Importez la tranche que les propriétaires sont en mesure de se tailler le gâteau de 150 milliers de migrants chaque année par l’océan «payer le billet . Ce qui compte, c’est la taille de la part de gâteau que les propriétaires sont en mesure de se tailler sur le dos des 150 milliers de migrants qui traversent chaque année l’océan en payant leur billet.

 A cette part de gâteau, on sacrifie tout, la sécurité et la protection des gens de mer. Le risque est compensé par les sous qui rentrent et on n’a pas de temps à perdre avec le « merveilleuse renaissance de notre marine ».

Le Directeur des Machines, SCARABICCHI ne se tait pas : « Le personnel débute, les sous-officiers débutent, il faut faire tourner les moteurs à basse consommation … , la propulsion gauche est en panne, mieux vaut changer de métier. »

Pour les armateurs, tout est en ordre, pas de souci. 

Le capitaine du MAFALDA, Simon GULI, 61 ans, sicilien, vieux loup de mer, réalise seulement pendant le dernier voyage combien les dangers d’une navigation dans ces conditions ont augmentés. Il fait escale dans l’île de CAP-VERT et télégraphie à la société propriétaire du navire qu’il faudrait envoyer un autre paquebot pour remplacer le MAFALDA si  on veut effectuer la traversée en toute sécurité.

  La réponse exemplaire quand à l’attribution de la responsabilité du naufrage : « Continuer sur le port prévu et attendre les instructions.«  

 Le port prévu est RIO de JANEIRO

 Discipliné, le capitaine GULI continue

 Il ne voit pas ce qu’il pourrait bien faire d’autre
 Le port prévu ne sera jamais atteint.

 Et avant la tragédie, encore, d’autres épisodes négatifs avaient émaillé le voyage. Une panne dans les frigos avait avarié la viande du bord et on avait eu beaucoup de cas d’intoxication alimentaire. 

 La question était préoccupante à cause des réactions et des protestations des passagers de première classe ; par contre, il suffisait de distribuer aux émigrants de la morue salée et des biscuits (de mer), pour eux, il n’y avait pas de norme d’hygiène à respecter. 

 Alors, à l’ile du CAP-VERT, on avait embarqué des dizaines de porcs et un bœuf.

 En attendant, on avait servi du poulet rôti, une viande qui était moins périssable, mais il fallut jeter le bœuf après l’avoir abattu : on ne pouvait pas le manger, il était trop dur. 

 Au sein de l’équipage court le bruit que le MAFALDA porte la scoumoune.

. Son nom est associé à celui (ietatorio, qui jette un sort ? qui porte malheur ? ) de sa soeur jumelle , le JOLANDA. (Les deux navires portaient les noms des deux princesses de SAVOIE, filles du roi VICTOR-EMMANUEL II)

Lors du lancement, dans le chantier naval de RIVA TRIGOSO, on avait oublié que les hublots étaient en position ouverte. Le JOLANDA s’était penchée latéralement en entrant dans l’eau, l’eau (froide) est entrée et a fait exploser la chaudière (brûlante).

 La manoeuvre d’accostage était mal menée et le paquebot coula sous les yeux des autorités perplexes cependant que l’orchestre continuait à jouer. 

 On dut démolir l’épave.

Est-ce qu’un peu de cette malchance ne se serait pas communiquée à la jumelle ?

 Les péripéties d’un naufrage qui allait devenir l’une des plus grandes « fortunes » de mer sembleraient le confirmer.

Le mardi 25 octobre à 17 h 15, une secousse terrible sembla transpercer le MAFALDA.
Au début, on pensa à une explosion, peut-être au niveau d’une chaudière qui aurait sauté. 

Mais la cause était tout autre.

Un accident qui n’aurait pas fait de morts si le navire avait été en parfait état de fonctionnement, mais vous savez qu’il ne l’était pas.

 Les portes étanches ne se sont pas fermées, la salle des machines du timon a été inondée, dans 20 m² se sont engouffrées 350 tonnes d’eau.

 Il faudrait aller dans le local du [timon à la main], mais la porte d’accès ne veut pas s’ouvrir, les boulons sont cassés, personne n’a fait leur maintenance (on change les cassés) depuis on ne sait plus combien de temps.

 L’orchestre de bord jouait une chanson titrée « l’Explorateur » lorsque le Capitaine GULI, réalisant la gravité de la situation, lança le S.O.S. 

Deux navires de marine marchande venaient juste de croiser le MAFALDA : le hollandais ATHENA et l’anglais EMPIRE STAR. Ils firent demi-tour et accoururent.

Cinq autres navires qui avaient entendu l’appel au secours arrivèrent aussi sur les lieux.

GULI, navré, se demandait pourquoi ils ne s’approchaient pas plus et on saura plus tard qu’ils ne l’ont pas fait en voyant un filet de fumée s’élever de le MAFALDA, pour eux un signe de danger d’explosion au niveau des chaudières alors qu’en fait, au contraire, la fumée sortait des chaudières parce qu’on les avait chargées à bloc justement par crainte d’une explosion avant d’être arrivés.

Ainsi, au moment du « sauve qui peut », les navires accourus vont se limiter à accueillir les naufragés qui les auront rejoint à bord des canots de sauvetage, mais il n’y aura aucun espoir pour ceux qui auront sauté dans l’eau et personne d’autre ne viendra pour les récupérer.

 Il est impossible de faire savoir aux sept navires que la fumée n’annonce pas l’explosion des chaudières. La radio est muette. L’eau l’a irrémédiablement endommagée et aucun autre dispositif de communication n’a été installé.

 A bord, la panique s’est propagée et les émigrés syriens lancent à la mer les caisses qui contiennent les marchandises qu’ils ont emportées pour refaire leur vie en Amérique, les tapis précieux tissés à la main dans la mère patrie.

 Les mâts s’abattent sur les canots de sauvetage, les écrasent, blessant ceux qui étaient déjà à bord et se croyaient sauvés.

  Deux passagers de première classe ont les nerfs qui lâchent et se suppriment.

 Beaucoup refusent de se hasarder sur la mer, ils ont vu des ailerons des requins alors qu’il n’y en a pas (heu … ? pas sûr, ça).

 La mer est très calme, une mer d’huile, il n’y aurait pas du y avoir de victime et au contraire le bilan sera tragique, 314 morts. 

  SCARABICCHI, le Directeur des Machines, va trouver le Capitaine GULI et lui dit : « Il n’y a plus rien à faire. »
Celui-ci lui répond : « Restez ici, avec moi. »

 Mais SCARABICCHI ne l’écoutera pas, il descend dans sa cabine et se tire un coup de pistolet en pleine tête.

 A bord, il ne reste pratiquement plus personne comme personnel navigant, il n’y a que le Capitaine GULI et quelques passagers terrorisés.

  On ne sait pas si quelque chose l’a empêché de se sauver, ou si il a choisi de mourir avec son navire, selon l’éthique de la marine.

 C’est probablement la première hypothèse qui est la bonne, mais ne peut-on imaginer aussi que le fascisme en ait fait un héros ?

  Était-il possible de dire la vérité ? que ce vieux tacot juste bon à passer au marbre (littéralement : à envoyer au désarmement) qu’on maintenait en service par appât du gain avait coulé par incurie et par une coupable manœuvre spéculative ?

 Était-il possible de publier que toutes les versions des causes du naufrage étaient fausses, l’explosion des chaudières, l’incendie, et même une collision avec les falaises des iles ALBROHOS ?

 Était-ce possible alors que le Ministre des Transports Costanzo CIANO avait fermement fait savoir que le navire était parfaitement en règle et ses canots et gilets de sauvetage efficaces et sûrs ?

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