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Schettino : « Ils devront tous me faire des excuses. »

Le Commandant du Concordia évoque les preuves et les documents cachés. Et l’appel téléphonique du chef de la Capitainerie du Port …

Un article de Gian Marco Chiocci et Simone Di Meo paru le 16 novembre 2012 sur le journal il Giornale
https://www.ilgiornale.it/news/interni/dovranno-tutti-chiedermi-scusa-856391.html

« Bonjour, je suis Francesco Schettino, celui de la Concordia. Vous devez commencer à m’écouter parce que les limites sont dépassées … ».

« Maintenant, je ne lis plus que des mensonges exagérés sur mon compte. Il existe des preuves, liées à l’enquête, qui racontent une toute autre histoire et montrent que le soussigné n’a pas été un capitaine lâche. »

Ne jouez pas les victimes, commandant …

«Non, je ne pense pas jouer les victimes, parce que les vraies victimes sont ailleurs. Mais je n’accepte plus d’être bombardé de mensonges éhontés. Et comme tout le monde a parlé et a pas mal déformé la vérité, maintenant c’est moi qui vais parler. Je suis en train d’écrire un livre, et je vais mettre au grand jour ce qu’on ne voulait pas qui se sache sans faire de cadeau à personne. »

De quoi parlez-vous?

« Des preuves snobées, des cartes qu’on garde cachées, des enregistrements intégraux diffusés d’une façon volontairement partiale ou trompeuse comme celui du “ Revenez à bord, bordel ! ”. Personne n’a remarqué que ce fameux fichier audio a été mis en circulation juste au moment de la décision du juge d’instruction sur mon éventuelle incarcération. Une décision dont on disait dans les milieux journalistiques et juridiques qu’il n’était pas évident qu’elle allait être celle qu’a imposée l’opinion publique. Malgré le pilori médiatique il était du domaine du possible que je ne sois pas détenu parce que je ne pouvais évidemment pas répéter l’infraction avec le navire échoué au Giglio, ou fuir à l’étranger sans papiers en étant pourchassé par toutes les télévisions du monde, ou encore truquer des preuves qui ne pourraient pas être à ma portée. Et là, si je puis me permettre, nous en arrivons à une autre victime de la tragédie : le Commandant Gregorio De Falco, le héros, celui du coup de téléphone. »

Commandant, mais que dites-vous? De Falco une victime?

«Oui, c’est une victime parce qu’il s’est retrouvé dans un jeu terrible plus grand que lui et il a essayé d’y jouer d’une façon incorrecte. En fait, en n’étant pas présent sur les lieux et, par conséquent, en ne se rendant pas compte de la situation, il n’a pas su utiliser les seuls instruments qu’il avait à sa disposition à ce moment-là : mes yeux et ma compétence professionnelle. Ré-écoutez ce coup de téléphone : j’essaie de le rassurer, et on n’a jamais vu un naufrage où il faille calmer son sauveteur en essayant de lui faire comprendre ce qu’il devait faire. Cet appel téléphonique, cependant, n’a pas changé d’un iota le cours des évènements. En fait, pour tout vous dire, il me semble très suspect. »

Pourquoi suspect?

«Qui va en mer sait que les communications d’urgence sont enregistrées, il n’avait pas besoin de le rappeler et de le marteler avec ce ton menaçant, qui est devenu un souvenir impérissable. Le temps était très compté, les gens risquaient leur vie, je cherchais à faire le maximum de choses. Et qu’est-ce qu’il fait ? Au lieu de se caler sur le commandement général de la Capitainerie du port de Rome, avec lequel j’avais auparavant et sans aucune difficulté ni animosité convenus des modalités des secours, il menace de m’envoyer en prison. En fait, De Falco commence par dire qu’il va appeler le Procureur, #####, en faisant ainsi passer les activités d’investigation et de justice avant celles de secours. Qui sait peut-être a-t-il fait ça parce que De Falco est aussi dans le droit … ».

Une tension compréhensible, dans ce contexte …

« Ah, oui ? Mais vous le savez que cet appel arrive quand tout est pratiquement fait, terminé, à 1 h 42 en pleine nuit, après qu’il y ait déjà eu 12 contacts au moins, tout à fait calmes et fructueux avec ses autres collègues, qui se sont déroulés entre 22:14 et 00:34 pour la préparation de l’évacuation du navire qui a finalement permis de sauver plus de quatre mille personnes ? « .

C’est facile de parler pour vous qui, à ce moment-là, étiez au sec sur un rocher …

« Mais oui, faisons encore de l’ironie. Vous devez comprendre comment je me suis retrouvé sur ce rocher, et pourquoi je n’ai plus pu approcher le navire. La réalité, c’est que, à un moment donné, j’ai réussi à monter à bord d’un canot de sauvetage pneumatique d’un des ferry qui ont pris part aux secours pour qu’il me transporte sur le côté émergé de la Concordia. Si je ne suis pas arrivé à remonter à bord, c’est parce que nous avions commencé à embarquer de l’eau et donc été contraints de retourner au port, à 3 heures du matin. «

Mais, relisez De Falco, il a dit …

»(Le Commandant m’interrompt). Je dis que si ça s’est fini par un grand nombre de problèmes c’est aussi à cause du coup de téléphone que l’officier-héros a donné au magistrat en suggérant que j’allais voler la boite noire pour la soustraire à ses enquêteurs. Une accusation qui allait faire le tour du monde et sur laquelle le même De Falco persistera carrément le jour de mon interrogatoire dans une brève note aux autorités judiciaires qui a fait penser à tort au procureur par ce qu’elle sous entendait que j’avais été surpris en train de voler le VDR dans la confusion des évènements». «

Il reste tout de même à expliquer l’abandon du navire …

«Quand la Concordia a commencé à se renverser sur le côté droit, je me suis retrouvé avec un sol qui avait tourné de 90 degrés. Nous ne pouvions plus marcher, il n’y avait plus aucun appui et quelqu’un de moins agile que moi serait passé par-dessus bord. Pourtant, bien que l’eau ait déjà inondé le pont, j’ai continué à aider les passagers à monter sur les derniers bateaux qui faisaient le va et vient sur mes instructions, avec la terre ferme. Seulement, l’explosion des fenêtre des ponts en-dessous et l’inondation qui en a suivi ont provoqué le basculement brusque du navire qui a piégé un bateau avec le bras de fer de la grue. En outre, le pilote a paniqué et est parti complètement à côté de ses pompes. À ce moment là, en équilibre précaire, je pouvais choisir de mourir comme un idiot écrasé par le navire à vingt mètres de la rive, ou m’accrocher au bateau pour prendre la place du conducteur en proie à la panique et essayer de porter en sécurité des dizaines de personnes. J’ai choisi la seconde solution, et j’ai donné un coup de poing au conducteur de la lance qui était paralysé par la peur et j’ai conduit de nombreuses personnes en sécurité. Il y a des dizaines de témoignages qui le confirment. «

C’est tout ce que vous voulez dire?

« Tout ? Ce n’est qu’un début. Il faudra encore parler des honteuses rumeurs sulfureuses qui ont tant intéressé les médias, des manœuvres désespérées pour amener le navire à s’échouer sur les rochers (il y a la preuve sur la boite noire, il n’y a pas à sortir de là), des rapports que j’ai faits à mes supérieurs de chez Costa, des coups de téléphone où j’aurais payé pour que nous accordions nos versions en ma faveur, des inchini, de l’histoire des ancres utilisées comme des freins. Bientôt, je vais révéler des vérités frappantes. Alors, ceux qui m’ont accusé devront faire des excuses, non à moi, mais aux familles des victimes et au public qui a été trompé par des informations fausses et déroutantes. »

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COSTA CONCORDIA : Schettino: « Je suis un bouc émissaire obligé de payer pour tous »

http://www.ilsecoloxix.it/p/italia/2016/06/17/ASOBxK9C-espiatorio_concordia_schettino.shtml

Naufrage du Concordia, Schettino: « Je suis un bouc émissaire obligé de payer pour tous ».

un article de Paolo Crecchi paru le 17 juin 2016  sur le journal Il Secolo XIX dans la catégorie Parole amare/Paroles amères

Sorento – On est en train de finir de démolir ensemble la Concordia et son commandant, le navire à Gênes et Schettino à Meta, ici par plaques, et là par la faute, la mer réduite à celle du paysage, entre l’horizon et la maison.
La Cour d’Appel de Florence a confirmé les 16 ans et seule la Cassation pourra annuler une sentence qui autrement devra être appliquée et respectée, et signifie qu’est seul coupable du naufrage devant l’île du Giglio cet homme d’âge moyen aux yeux bleus et aux boucles noires, qui s’est laissé pousser la barbe et emmène promener un tout petit chiot du Tibet, pour avoir l’air d’être vivant, mais, ainsi qu’il l’a dit aux juges qui « est mort lui-aussi , cette nuit-là, en même temps que les 32 victimes« .

La Concordia a été démontée morceau par morceau, les ponts, les hublots, les cloisons : et de même, Schettino, son honneur, la reconnaissance d’une science marine acquise en trente ans, sa dignité d’homme lorsque le ministère public l’a qualifié d' »imbécile heureux » et que l’Organisation Maritime Internationale, l’IMO a du intervenir pour rappeler que le « droit au respect » était le même pour tous « en mer et à terre ».
Pour protester aussi que « condamner le seul équipage est bien pratique, c’est à cause des conditions posées par les assurances d’une compagnie de navigation, mais cela constituerait aussi un pas en arrière pour la culture de la sécurité en mer ».

La démolition simultanée du navire et de son commandant n’efface pas le souvenir.
L’acier des parois servira pour construire d’autres transatlantiques.
La manœuvre d’échouement qui a empêché un massacre, parce que si le Concordia avait été arrêtée en haute mer elle aurait coulé en quelques minutes, va être utilisée pour modifier les codes de sécurité.

Schettino ne regarde pas la télévision, il a confié à ses amis qu’il ne le faisait plus.
Par contre, il passe des heures devant son ordinateur à en lire des condamnations sans appel et des absolutions pleines et entières, comme le mail d’Arne Sagen et Jan Harsem de la très respectée Fondation Skagerrak pour la Sécurité : « Cher Francesco, cette sentence est une épine plantée dans le Code ISM, et montre que les magistrats d’Italie ne connaissent pas les implications juridiques des accords sur la sécurité maritime signés par leur propre Pays ».

« Ce n’est pas moi qui me suis trompé de route« , rumine Schettino en regardant la mer de Capri sillonnée de yacht et de bateaux de pêche.
« Nous étions à un demi-mille de la côte, et à cette distance-là, le commandement du navire est confié à ceus qui sont de quart, pas au commandant.
C’est marqué dans le Code de Navigation, et finalement, ils ont tous négocié leur peine :
le premier officier, Ambrosio, qui faisait les mesures nautiques
le troisième officier, Coronica, qui surveillait le radar
l’officier qui allait rermplacer le premier, Ursino, dont je ne comprends pas bien ce qu’il a fabriqué.
Et personne n’a prononcé un mot, pas un qui ait dit : commandant, nous sommes à la distance minimale ! Commandant, attention » !

Vue du rond-point qui donne sur la mer dans le quartier de Carignano, le centre aristocratique de Gênes, la Concordia ressemble à une baleine dépecée.
Tout a été enlevé sauf l’ossature de métal, de nuit, les flammes des chalumeaux oxydriques de mêlent aux lumières des barques en mer.

Depuis la maison de Schettino, on voit la fumée d’un ferry qui manœuvre devant le port de Naples, il doit y avoir un timonier dessus aussi, il parle sûrement italien.
Ce n’est pas comme Rusli Bin, qui ne comprenait pas non plus l’anglais et n’a pas été retrouvé par Interpol qui l’a cherché partout sauf à Jakarta, chez lui, où l’a trouvé notre journal Il Secolo XIX par un tout simple coup de téléphone : « J’ai exécuté les ordres et je ne veux plus me rappeler de rien de cette nuit-là. Depuis je ne dors plus. Tous ces morts … « .

La boîte noire est témoin que l’ordre donné était de tourner à gauche et Rusli Bin a tourné à droite, peut-être était-il en proie à la panique, plus probablement il a confondu.
Les cloisons étanches n’étaient pas du tout étanches « mais ils les ont démolies avec la Concordia« , Maître Senese secoue la tête, « alors nous n’en avons plus la preuve.
Nous avons des témoignages, oui, mais naturellement ça ne suffit pas ».
D’ici à la fin de l’année, le dernier boulon du navire sera dévissé et son commandant, si la sentence est confirmée par la Cassation, franchira la porte de la prison : « C’est  moi qui paye, pour tous« .

Dans la vidéo que Schettino écoute chaque jour, jamais publiée par les médias, on entend la Capitainerie du Port de San Giorgio appeler Livourne : « Le commandant de la Concordia dit que notre motovedette n’est pas là où il faudrait … ».
Elle se tenait loin du navire qui allait chavirer.
Ensuite De Falco appellera, qui selon Schettino a voulu couvrir le lâche comportement de ses subordonnés et hurlé « Retournez à bord, p—-n«  !

Personne ne rendra la vie aux 32 passagers qui l’ont perdue, le Giglio restera une tragédie, on ne peut pas revenir en arrière : pourtant son histoire telle qu’elle a été racontée pourrait bien être un jour démolie aussi.

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