Le sous-titrage des vidéos transmises hors de leur pays d’origine
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 17 juillet 2012
Je vous présente Francesco SCHETTINO , l’homme qu’il est aujourd’hui, 6 mois après le drame.
cliquer sur le lien pour visionner l’extrait
L’épouse de Francesco SCHETTINO, Fabiola RUSSO avait écrit une lettre aux victimes au moment où il était nécessaire de le faire. Il était alors tenu au silence dans l’intérêt de l’enquête (c’est, je crois, la formule bien froide dans ce cas, que l’on emploie dans les communiqués chez nous).
Nous allons étudier ensemble le passage de l’italien au français sur les sous-titres qui ont été ajoutés à l’extrait de l’enregistrement vidéo original.
Sans prendre le dictionnaire, juste d’instinct en considérant les traductions apparaissant successivement sur l’écran l’une après l’autre. (cliquer sur la vignette pour que le sous-titre soit lisible)
Voici la liste des sous-titres avec un numéro devant chaque ligne pour que nous puissions nous repérer dans la progression de l’interview :
010 – La seule chose que j’ai faite, j’ai pris mon portable
020 – J’ai immédiatement appelé les secours
030 – J’ai vu que 5 personnes étaient arrivées sur les rochers
040 – Honnêtement, je n’ai pas vu les passagers tomber à l’eau
050 – Je crois que c’est la capitainerie qui m’informe de cela
060 – Je ne sais pas si ses informations étaient exactes mais c’est le premier à en parler
062 – (Capitainerie) Il y a déjà des cadavres SCHETTINO. Retournez sur le bateau !
065 – Pourquoi ne pas être retourné à bord ? A quoi cela servait-il d’être au téléphone ?
070 – Le fait d’être au téléphone n’était pas gênant
080 – Généralement, pour que les secours soient bien assistés à distance,
090 – Il est primordial d’avoir toute l’attention de celui qui sont vos yeux à ce moment-là
100 – et qui peut interpréter le scénario qui se déroule
105 – Capitainerie) Retournez à bord, c’est un ordre !
110 – La Capitainerie ne m’a jamais donné un ordre qui ne pouvait pas être exécuté
120 – Pour rejoindre le bateau, j’aurais du faire 300 m à la nage, faire le tour de la proue…
130 – Le tout avec le téléphone à la main sortie de l’eau.
140 – Depuis le rocher, je pouvais parler avec les hélicoptères et recevoir toutes les informations
150 – J’étais assuré que le navire ne s’enfoncerait pas dans l’eau
155 – En restant sur le bateau, vous ne seriez pas aujourd’hui le lâche que l’Italie voit en vous
160 – Un lâche qui dans cette situation a essayé de faire au mieux
Les commentaires de Mézigue :
ligne 030 : bien écouter ce que dit alors Francesco SCHETTINO sachant qu’en italien, 5 se dit « cinque » et 50 « cinquanta ».
ligne 050 : en réponse à « Comment avez-vous su qu’il y avait des victimes ? «
ligne 060 : Francisco SCHETTINO avait prononcé le nom de De FALCO
ligne 065 : la question « Pourquoi ne pas être retourné à bord ? » est posée mais où est la réponse donnée sur les sous-titres ? bien écouter pour connaitre la réponse de Francesco SCHETTINO alors que la bande continue à défiler en réclamant notre attention
Pas la peine, elle est coupée. En voici la traduction de Mézigue :
Le navire s’incline et SCHETTINO tombe soudain. A-t-il abandonné le navire ou non ? “Quand je suis descendu du pont 8 le navire était nettement incliné, j’ai essentiellement vu le canot de sauvetage qui se trouvait dans la porte d’embarquement où j’ai fait un choix, je ne pouvais déjà pas rester sur le bateau parce que le bois constituait une pente glissante inclinée à 50-55 degrés, j’ai été pratiquement obligé d’aller sur ce bateau, je ne sais pas si j’ai glissé ou si je suis tombé, si le navire a fait un mouvement, je ne pensais pas qu’on mettrait pareillement l’accent sur le fait que j’aie trébuché, le commandant se promène et tombe dans un canot de sauvetage. C’est une plaisanterie de mauvais gout.”
lignes 090 et 100 : ce n’est pas clair.
1°/ Combien de personnes prêtent leurs yeux à Francesco SCHETTINO pour qu’il puisse avoir une vue d’ensemble de la situation en temps réel compte tenu des dimensions du territoire à surveiller qui est plus grand à présent que les trois stades de football juxtaposés qu’il aurait fallu pour loger à sec la Concordia ?
2°/ « Toute l’attention de celui qui peut interpréter ». Qui est celui qui peut interpréter ? Qui doit pouvoir être concentré au maximum pour faire dans sa tête la synthèse des information que ceux qui lui prêtent leurs yeux lui communiquent ?
lignes 110 à 130 : comparer froidement la traduction de la première affirmation aux explications données par les trois lignes suivantes en veillant à la cohérence des contenus.
Le document d’origine dans son intégrité en italien non sous-titré
C’est la meilleure de l’année !
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 16 juillet 2012
leitmotiv récurent dans les commentaires des journaux, encore aujourd’hui : “ce type devait mourir avec son navire, c’est le Commandant !”
je sais : j’ai écrit une redondance
j’assume : je l’ai fait exprès
il y a de quoi, voyez plutôt :
la Costa Concordia vient juste d’être échouée par Francesco SCHETTINO : on voit encore beaucoup de fenêtres allumées à bord
la Costa Concordia à partir du lendemain matin![]()
la Costa Concordia plus récemment (elle s’est enfoncée de 4 m)
eh bien, vous ne la verrez pas, ou plutôt, vu la taille de la Concordia, ça ne se voit pas sur les photos
Calculons la différence de longueur de la passerelle correspondant à l’enfoncement de la Concordia au cours des 6 mois écoulés depuis son échouement :
à combien correspondent 4 m d’enfoncement une fois projetés sur la passerelle, soit sur une droite inclinée à 80° de la verticale ?
l’angle de projection est le complémentaire de 80° soit 90° – 80° = 10°
Rappel : Le cosinus d’un angle est le rapport de la longueur du côté adjacent à la longueur de l’hypoténuse.
cos(Â) = [longueur du côté adjacent] / [longueur de l’hypoténuse] = a / h.
4 m sur la verticale, c’est la longueur du côté adjacent a, nous voulons la longueur de l’hypothénuse
je permute les extrêmes dans la proportion cos (Â) / 1 = a/h
h = a / cos (Â) avec h et a en mètres et cos (Â) n’a pas d’unités
La version calculatrice de la calculatrice qui accompagne Windows (Démarrer / Tous les programmes / Accessoires / Calculatrice / Affichage / Scientifique) nous donne :
cosd = 0,985 en ne gardant que 3 chiffres significatifs, d signifie que j’ai entré un angle exprimé en degrés, mais c’est bien cos
Remplaçons enfin les lettres par leur valeur :
h = 4 / 0, 985 = 4,062 # 4,1 # 4 mètres, non, inutile de chercher une photo, ça ne se voit pas.
Alors comme ça, le Commandant devait couler avec son bateau, le Commandant devait mourir !
Il aurait fallu qu’il le fasse drôlement exprès : il lui suffisait de grimper comme il pouvait quand la Concordia s’enfonçait, à supposer qu’il ait été du côté gauche (donc bâbord) à s’occuper de vérifier tout seul comme il pouvait aussi qu’il ne restait plus personne là où il pouvait accéder sans rien y voir attendu qu’il n’y avait de moins en moins de lumière et pas du tout en hauteur sur une longueur d’un peu plus de 900 m de chaque pont émergé de ce côté là et il y en avait un paquet, ils l’étaient tous.
Vous avez du mal à me suivre ? cela ne m’étonne pas, j’ai eu du mal moi-même à faire la synthèse de vos affirmations.
Mais ne me répondez pas qu’il y a eu 32 morts ( et non pas 17 comme l’affirmait, tout indigné un récent journal-Web que j’ai lu hier au soir, en Espagnol), un peu de patience, nous sommes précisément en train d’imaginer la sienne.
Et puis soyez cohérent : si vous voulez qu’il meure, il faut qu’il reste vivant pour le moment, non ?
Le nez sur le mastodonte, il aurait été complètement inefficace ! Mais c’est idiot !
Et on le retrouvait vivant.
Ou peut-être aurait-il fallu lui livrer un panier pique-nique aux heures des repas sur place, tout en haut de l’épave jusqu’à la fin naturelle de ses jours ?
Mais c’est complètement idiot !
Sans compter qu’il avait autre chose à faire à ce moment-là,
et qu’il faisait,
par téléphone.
C’est l’histoire d’un malentendu géant, planétaire
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 14 juillet 2012
qui est né dans un pays du Bassin Méditerranéen
Un pays où on prie encore ouvertement la Madone sans se faire cataloguer mystique par le psy et où la solidarité familiale existe encore aussi, l’Italie.
J’ai appris en latin l’histoire decet homme qui ne croyait pas à ce qui lui arrivait et répétait « je suis citoyen romain. »
Aujourd’hui en Toscane, un homme qui est aussi « quelqu’un » doit se dire la même chose en étant à peu près aussi stupéfié que Domitius ULPIANUS.
Il y a peu, Francesco SCHETTINO dès la levée de son assignation à domicile, a voulu parler après bientôt six mois de silence imposé. Il a donné une interview au cours de laquelle il a dit en particulier ceci pour les victimes du 13 janvier :
« Chiedo scusi. Sono distrutto. Ero un incidente. »
Ce qui signifie : « Je vous demande pardon. Je suis effondré. C’était un accident. »
C’est ce que j’ai lu sur la presse italienne où les nouvelles paraissent en premier, bien sûr.
Et les commentaires des premiers jours, ont réapparus sous les articles des journaux-web.
En parcourant la presse française ce matin, quelque chose clochait et les commentaires étaient franchement agressifs, incivils, injustes et surtout décalés entre le message global qui avait été envoyé par Francesco SCHETTINOet le retour qu’il en recevait.
C’est en lisant l’article (référence et lien) publié sur le Figaro, avec la réaction de la maman de Mylène et Michaëlque je suis restée sans voix.
Sans voix parce que je pensais que Francesco SCHETTINOavait dit ce qu’il devait dire, qu’il devait garder en lui depuis six mois et que cela avait réactivé « la haine » des réactions des premiers jours, à chaud.
Qu’écrire en commentaire ? comment dire « mais ce n’est pas possible » à la mère et au père dont le cœur est à vif dans sa révolte contre la perte d’êtres jeunes pour lesquels la vie à deux aurait du commencer ?
C’est alors que j’ai compris, moi qui utilise les traducteurs en ligne gratuits, j’ai reconnu leurs mots, mes erreurs du début quand j’essayais de suivre sans leur aide un soutien qui me tenait à cœur.
Les mots importants, les messages, n’ont pas passé à la traduction. Pire, ce sont devenus autant d’offenses.
»Schiedo scusi », je vous demande pardonest devenu « excusez-moi » presque s’cusez, quoi.
»Sono distrutto », je suis effondréest devenu (sans le traducteur celui-là) « j’étais distrait »
et pour achever la demande de pardon : « ero un incidente », c’était un ACCIDENTest devenu, comme dans la chanson Tout va très bien Madame la Marquise « un incident », une bêtise ? la mort de votre jument grise ?
J’ai compris qu’en bout de chaine, on est allé involontairement voir les parents du jeune couple de SARCELLES avec un message faux par traduction. Comment vouliez-vous qu’ils puissent un seul instant envisager le pardon en leur apportant cette info ? exprimée avec ces mots-là, en ces termes-là !
Un pardon qui leur est pourtant nécessaire, autant qu’aux autres familles de victimes, autant qu’à tous les survivants pour pouvoir, peut-être un jour reprendre une vie, différente certes, mais vivable après les deuils et les traumatismes.
Un pardon qui est aussi nécessaire à Francesco SCHETTINO, parce que, que vous le vouliez ou non, sous la casquette du Commandant de la Costa Concordiapour lequel il est aussi logique que pour vous et moi de faire une punition lorsqu’on a fait une bêtise, il y a un homme, un mari et un père de famille et il y a un survivant comme les autres.
Ils vivent tous les trois, lui, sa femme et sa fille enterrés vivants depuis 6 mois, sans aucun revenu. Et non, Madame, il n’est pas libre, il ne va pas ici et là dans sa bonne ville de Meta di Sorrento. Parce que les journalistes sont revenus camper devant sa porte pour essayer d’avoir un scoop en risquant de le pousser à la faute, à parler de ce qu’il ne faut pas avant un procès qui s’éloigne encore une fois.
Alors, devant le gâchis dont j’ai pris conscience ce matin, je me demande si « l’homme le plus haï d’Italie » comme je viens aujourd’hui de le lire encore sur un article du jour, dans ce beau pays où les dialectes locaux sont encore parlés couramment, ne serait pas en plus victime tout simplement d’erreurs de traduction cumulées.
Depuis quelques années, les journaux sur papier disparaissent les uns après les autres et les journalistes, sur le Web mondial, ont des conditions de travail différentes et un public différent qui réagit à chaud après avoir lu en diagonale sur l’écran d’un téléphone mobile un article écrit dans leur langue maternelle dont les sources viennent parfois d’un pays où personne ne la connait.
La diffusion de l’actualité en direct se traduit par des mises à jour plus que quotidiennes, qui doivent être réalisées dans toutes les versions des journaux quasi-simultanément. Cela ne peut se faire que par des moyens informatiques qui ont leurs limites eux-aussi lorsqu’il faudrait que chaque mot soit choisi avec soin.
Madame, Commandant, j’étais enseignante en Sciences Physiques, je vous demande pardon pour ce que ses applications vous ont fait vivre ce matin.
Dites-moi franchement, aujourd’hui, 6 mois après l’accident,
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 14 juillet 2012
Vous avez droit à plusieurs réponses mais pas à plusieurs fois la même,
vous pouvez ajouter votre pensée pourvu qu’elle soit courtoisement exprimée,
n’oubliez pas de cliquer sur « Votez » après avoir bien réfléchi.
Vous avez une semaine pour répondre à ce questionnaire,
ensuite il n’enregistrera plus de réponse.
Et j’ajouterai le bilan des votes ci-dessous.
Voici les résultats du sondage :
L’inchino est encore plus beau quand la nuit est sans Lune
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 13 juillet 2012
c’est peut-être pour ça que la Costa Concordia s’est préparée à faire la révérence à l’île du Giglio cette nuit-là…
L’inchino, c’est le salut du marin qui ne fait que passer au large parce que c’est le travail à la famille, aux amis, au village, à la maison en fait qu’il reconnaitra entre toutes les autres parce qu’elle est peinte de sa couleur à elle tout exprès pour lui.
En voici deux de jour :
dans le détroit de MESSINE, par un paquebot d’une autre compagnie, la M.S.C.
à Procida par la Costa Concordia
Au Giglio le premier à faire l’inchino a été le Commandant PALOMBO, le 1er octobre 1993
le Commandant PALOMBO dont l’autobiographie est encore en vente :
cliquer sur l’image
Voici deux inchini de nuit au Giglio :
en 2009
en 2011
C’est vrai, il y avait 4200 personnes à bord,
c’est vrai, ils étaient partis pour une croisière
de bonheur sur un bateau de rêve,
c’est encore vrai : 32 d’entre eux ne reviendront jamais
et
c’est vrai que la Costa Concordia a eu un accident.



