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Que dit l’écran de la page 142 de la sentence de Grosseto ?
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 9 août 2026
21:34:00
” Lorsque le commandant Schettino est entré sur la passerelle, la situation affichée sur les écrans radar à sa disposition était donc celle représentée ci-dessus et la manœuvre qui aurait dû amener le Concordia sur la nouvelle route, parallèle à la côte et à une distance de sécurité d’un demi-mille, n’avait pas encore été entamée « ./ » Quando il Comandante Schettino entra in plancia Ia situazione visualizzata sui monitor del radar a sua disposizione era, pertanto, quella sopra raffigurata e Ia manovra che avrebbe dovuto portare Ia Concordia sulla nueva rotta, parallela alia costa ed a una distanza di sicurezza di mezzo miglio, non era stata ancora iniziata ”.
« (lenavire) n’a pas encore atteint le point de franchissement du virage, représenté sur l’écran radar déjà examiné par le trait rouge transversal sur la trajectoire. »/ » non ha ancora raggiunto il will over point, rappresentato nella videata del radar gia esaminata, dal trattino rosso posto trasversalmente sulla traccia della rotta ”

La saisie d’écran montre l’île du Giglio, son contour dessiné par une fine ligne blanche auquel se superpose l’écho du radar en vert.
Le Concordia s’approche par le sud-est sous la forme d’un petit double cercle blanc. Son cap est matérialisé par un petit trait blanc à l’avant.
Le radar est sur le Concordia, donc les ondes qu’il émet ne viennent se refléter que sur la partie de l’île qui dépasse de l’eau dans son angle de vision (la vue depuis le navire quand il fait jour).
C’est pourquoi la couleur verte ne nous montre que la pente ascendante à droite de l’île et rien sur la gauche.
Le navire a tourné devant l’Argentario pour se rapprocher du Giglio. Il est normal qu’il se dirige vers l’île. Nous voyons la route qu’il a déjà suivie à sa droite.
La route prévue est en rose et la route suivie est en blanc.
Le cap qu’il suit, à sa gauche nous le montre continuant dans la même direction … jusqu’à ce qu’il rencontre un point rose.
Ce waypoint, c’est Schettino qui l’a indiqué à l’officier Cartographe Simone Canessa par ses coordonnées, et il disait ainsi aux officiers Ambrosio et Ursino et Coronica qui avaient la charge du navire pendant leur quart : à ce moment-là, vous devez me l’avoir fait tourner. Canessa ayant entré la route dans le système d’aide à la navigation, tant que le pilote automatique était enclenché, il disait au Concordia, toi, tu es en plein virage. En mode manuel, il fallait le faire, le navire ne réagirait pas de lui-même.
Un navire ne tourne pas comme une voiture, qui tourne de ses roues directrices sur la route, à l’avant, et le reste suit. Un navire est dans l’eau et ça ne se passe pas pareil.
Il ne s’appuie pas sur du solide, il s’appuie sur l’eau et l’eau le laisse entrer en elle. Sa proue tourne, mais sa poupe aussi. Le résultat est qu’il tourne sur lui-même autour d’un axe vertical qui est, en gros, au niveau de sa passerelle.
Conséquence de la chose, il faut anticiper le tournant. On commence la manœuvre avant d’être au waypoint et les ordinateurs calculent de combien et le répercutent sur le tracé. D’où l’arc de cercle rose entre les deux segments rectilignes de route rose, le continu déjà parcouru et celui en tirets on y va.
Le Commandant avait dit à Simone Canessa quelle distance de sécurité il voulait garder : 0,5 mille de la côte. Les capteurs transmettaient la vitesse de l’énorme masse du navire donc son élan, celle du vent, importante compte tenu de la taille de la surface sur laquelle il risquait de s’exercer, tout était pris en compte pour que ces arcs de cercle soient à l’échelle de ce que le Commandant avait ordonné pour que l’on reste bien en sécurité.
Ce point, qu’ils ont loupé, s’appelle le WOP (wheel over point/point de franchissement du virage), c’est le point où il faut commencer à tourner la barre.
21:39:15
Cette capture d’écran de la console radar 1 en bande S n° 1, à 21 h 39 min 15 s, est extraite des annexes du rapport d’expertise établi lors de l’audience probatoire. Il s’agit d’une position irrévocable en vertu de l’article 444 du Code de procédure pénale, mais elle s’intègre de manière cohérente et plausible au déroulement des faits reconstitués jusqu’à présent, étant donné que quelques instants auparavant, Schettino avait demandé : « Mettez un CPA de zéro, cinq pour un instant » (montrez-moi un instant le cercle de sécurité), et qu’il allait bientôt entamer la conversation avec Palombo.
La circonstance rapportée par Ambrosio est donc crédible, d’autant plus qu’elle ne diminue en rien les responsabilités d’Ambrosio, déjà établies par une sentence irrévocable, mais qu’elle contribue à comprendre la situation qui s’est créée sur le pont à l’arrivée du commandant et suite à son comportement, comme nous le verrons plus loin, dans le chapitre consacré à l’évaluation des profils de culpabilité.
Le deuxième fait, tout aussi objectif, est que lorsque Schettino prend le commandement, le point de passage/le waypoint, bien que très proche à ce moment-là, n’a pas encore été franchi.

Sur l’image ci-dessus, le navire, représenté par un double cercle blanc pointillé, commence à dévier de sa trajectoire prévue et se trouve pratiquement au point de passage, représenté par le cercle rouge, mais il a encore largement le temps de rejoindre la route sûre prévue par Canessa, même si le virage n’est pas exactement doux et imperceptible, mais plutôt un peu plus marqué (voir page 80 du rapport d’expertise de l’incident probatoire, confirmé par l’Amiral Cavo Dragone à la fois lors de l’incident probatoire et lors du procès).
En prononçant la phrase « Master takes the conn’ », Schettino devient personnellement responsable de la manœuvre et de son exécution.
L’Officier de Quart, en effet, continue d’être responsable de la navigation du navire même lorsque le Commandant – qui, en tout état de cause, conformément à l’art. 298 du Code de navigation, doit personnellement diriger les manœuvres lors de l’entrée et de la sortie des ports et dans tous les cas où la navigation présente des difficultés particulières – est présent sur la passerelle, mais seulement « … jusqu’à ce que ce dernier l’informe spécifiquement qu’il assume cette responsabilité et que cela soit mutuellement compris » (voir pages 128/129 du rapport d’incident faisant foi).
Aucun transfert de commandement formel n’est observé entre le commandant Schettino et le premier officier, ni aucune autre formalité, telle que le prescrit la procédure P-14 MAN 01 SMS qui exige que le transfert de commandement soit noté dans le journal de navigation.
À partir de ce moment, les événements se sont enchaînés rapidement, précipitant vers leur dramatique épilogue. «
Bref, ils n’avaient pas dépassé le waypoint, mais ils avaient dépassé le WOP, la route à suivre, la rose, restait, bien sûr, pareille derrière eux sur l’écran, mais la route qu’ils allaient suivre maintenant allait les amener à se fracasser de plein fouet contre les falaises hautes de la pointe en dessous de la plage de Cannelle.
Quand le Commandant a pris les commandes, ils étaient entre le WOP et le waypoint.
La saisie d’écran de la page 142
Publié par Monique-Mauve dans Journal de bord le 9 août 2026
de la sentence du procès de Grosseto montre » le radar du Concordia”.
On comprend automatiquement » le radar central de la passerelle « . Elle porte bien GYRO 1 et GPS 1
L’image est remarquablement nette, sans aucun logo de chaîne télévisée par dessus dans les coins. Elle montre tout ce qu’ont eu sous les yeux Ambrosio et Ursino.

Comment se fait-il qu’il n’aient pas compris le danger de la situation ?
Se pourrait-ils qu’ils ne l’aient jamais vu avant, au cours de leur formation ou sur le mode d’emploi du radar de bord ?
On sait qu’Ursino est allé rapidement faire un tour sur l’aileron où il y a un second radar après le contact au niveau de Le Scole. Ce n’était pas pour regarder dehors, la Lune n’était pas encore levée, cachée derrière l’Argentario, il faisait noir comme dans un four. Était-ce pour voir ce qu’affichait le second radar du Concordia ?
Si la boîte noire l’a dit, il n’en aurait rien fuité dans la presse sauf, peut-être une image au format vignette, complètement illisible, sur la première version de l’article il tracciato radar inchioda Schettino du Corriere della Sera.
https://www.corriere.it/cronache/12_luglio_11/schettino-tracciato-radar-scatola-nera-dellacasa_58a8c4c8-cb18-11e1-8cce-dd4226d6abe6.shtml
L’argument que la Cour Suprême italienne a refusé d’entendre
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 9 août 2026
L’onore del marinaio
Vidéo postée sur YouTube par Francesco Schettino le 9 mars 2017
https://youtu.be/6y2RIrvkQG4?si=7SLZgq5Y9ZF8ORgA
La justice italienne avait refusée de la joindre aux actes du procès, le Commandant l’a publiée sur YouTube.
L’honneur du marin
Le 13 janvier 2012, le navire Costa Concordia a fait naufrage sur les rochers devant l’île du Giglio,.
Le commandant Schettino, a été immédiatement désigné au le monde entier comme un lâche qui, pour se sauver, a abandonné le navire et les passagers.
Je crois savoir qu’on a émis l’hypothèse d’un autre crime pour le commandant du navire : il aurait abandonné le naviren alors qu’il y avait encore des passagers à mettre en sécurité.
Le Procureur Verusio, procureur général au Tribunal de Grosseto
Oui, absolument oui. Dès les premières investigations il s’est avéré que le commandant du navire a quitté le navire quand sur le navire il y avait encore beaucoup de passagers à mettre en sécurité. Pensez que les opérations de sauvetage se sont pratiquement terminées ce matin à 6 h et que le commandant était déjà au port vers minuit.
Dès que le navire a commencé à s’incliner, le commandant a quitté le Costa Concordia.
Les motifs des sentences prononcées jusqu’à présent semblent n’avoir pas échappé aux préjugés négatifs engendrés par une campagne de presse acharnée.
Cette campagne a ancré dans l’imaginaire collectif la conviction que Francesco Schettino était un commandant incompétent et lâche. Il en a résulté une interprétation erronée des preuves en sa faveur, une négligence des circonstances décisives, l’attribution d’une valeur probante à des éléments purement probabilistes, ainsi que la valorisation de soupçons et de conjectures.
Le Président de Codacons
Les juges semblent avoir confirmé l’information largement diffusée par la presse nationale et internationale selon laquelle vous avez pris la fuite immédiatement après le naufrage, abandonnant les passagers et le navire lui-même, est-ce ce qui s’est réellement passé ?
Francesco Schettino
Non, c’est faux. Ça ne s’est pas passé comme ça. J’étais positionné sur le côté droit du navire, là où le danger était le plus grand et je coordonnais le débarquement des passagers. Pratiquement tous avaient déjà débarqué quand j’ai compris que le navire allait chavirer pour s’abattre sur la dernière chaloupe de sauvetage, qui allait être entraînée par le fond avec tous ses occupants. C’est seulement alors que j’ai sauté au dernier moment sur la chaloupe restée coincée pour sauver la vie de ceux qui étaient à son bord.
Le Président de Codacons
Commandant, ce que vous dites est très grave : cela signifierait que, pour des raisons obscures, on a diffusé des informations qui ne correspondent pas à la vérité.
Francesco Schettino
Je peux prouver ce que j’affirme.
Au cours du procès, il a été prouvé que Katia Kevanian, ainsi que d’autres passagers, étaient montés à bord de l’avant-dernière chaloupe.
Déposition de Katia Keyvanian
J’ai pris la chaloupe à minuit 10 et vous pouvez le vérifier d’après mes appels téléphoniques, car j’ai appelé chez moi pour dire : « Ok, je suis dans la chaloupe », et je suis descendue.
Alors qu’ils s’éloignaient, le navire a subi une nouvelle inclinaison sur tribord et la chaloupe a risqué de se retrouver coincée sous l’extrémité des bras de la grue qui s’étaient fracassés sur le toit, car
Déposition de Katia Keyvanian
Parce qu’au bout de 2 minutes, nous avons entendu … je pense, que c’étaient les palans du navire qui nous ont bloqués par le toit de la chaloupe. C’est le seul moment où j’ai vraiment cru que c’était fini, parce que j’entendais ce fer cogner le fer de la deuxième chaloupe comme pour ouvrir une boîte de thon.
Lorsque démarra la chaloupe à bord de laquelle se trouvaient Katia Kevanian et de nombreux autres passagers, le commandant Schettino était encore à bord. Mais le navire commença soudain à gîter rapidement. C’est seulement alors que le commandant Schettino sauta sur le toit de la dernière chaloupe. Il dut immédiatement le dégager à mains nues de la chape d’où saillaient les poulies et, dès qu’il y parvint, le navire se coucha sur tribord. Le commandant Schettino est donc resté à bord du Costa Concordia jusqu’à quelques instants avant son chavirage. Au cours du procès, de nombreux témoignages confirmèrent cette dynamique des faits.
Déposition de Raluca Soare
Je l’ai vu, alors je dis non ! À 12 h 15, le capitaine était sur le navire, appuyé contre le bastingage du pont 3, je le lui ai vu de mes yeux. Imaginez, en voyant Schettino et Bosio là-bas, je me suis sentie rassurée, c’est normal, ce sont les commandants, et je suis restée là pour les aider à faire débarquer les gens.
À un moment donné, j’ai vu le Chef Mécanicien sortir en courant de l’intérieur du navire tout en criant : « Fuyez, fuyez, le navire s’écroule sur nous ! »
À cet instant, j’ai levé les yeux et j’ai vu le navire arriver.
Autrement dit, il s’abattait sur nous, là, j’étais déjà à bord de la chaloupe.
À un moment donné, je me retourne et je vois le Commandant Schettino, le navire était en train de tomber et Bosio était tombé dans l’eau.
Je dois préciser que notre chaloupe était coincé entre les deux bras qui servent à le mettre à l’eau.
C’est le capitaine Schettino qui a éloigné la chaloupe car le marin paniquait carrément, le pauvre.
Et c’est encore le capitaine Schettino, qui, à côté de moi, a posé sa main sur le gouvernail. C’est lui qui a fait la manœuvre pour nous secourir.
Ce fait est également confirmé par le Second Officier Salvatore Ursino, le Chef Mécanicien Tonio Borghero et l’Élève-Officier Stefano Iannelli.
Déposition du Second Officier Salvatore Ursino
Vous croyez qu’on fuyait la mort ? Eh bien, je vais vous dire la vérité : on a fui quelque chose qui s’abattait sur nous.
Déposition du Chef Mécanicien Tonio Borghero
Franchement, je ne saurais pas vous dire qui était là dans la chaloupe avec laquelle je suis parti ni s’ils étaient passagers, membres d’équipage ou autre, car on n’y est restés que très peu de temps après mon arrivée.
Le temps qu’il a fallu pour dégager la chaloupe des palans qui l’enfonçaient dans l’eau. Le navire fonçait droit sur nous. On s’est donc jetés sur le toit du canot. Je ne saurais pas vous dire qui était dedans.
Déposition de l’Élève-Officier Stefano Iannelli
Ça n’a pas été facile. Vu que les palans de descente des chaloupes étaient à la hauteur de nos têtes, l’eau montait au niveau des ponts, l’un après l’autre, et quand nous avons eu sauté sur la chaloupe et l’avoir déplacée, les ponts 3 et 4 étaient sous l’eau.
Les investigations menées par l’Unité d’Enquête des Carabiniers de Grosseto elles-mêmes situent le Commandant Schettino à l’extérieur du navire à l’instant précis du chavirage.
Cette information est confirmée par un message radio émis par le patrouilleur G104 de la Guardia di Finanza, désigné comme coordinateur des opérations de sauvetage sur place qui a interrompu les communications à 00 h 17, avertissant tous les navires de s’éloigner du Concordia en raison de la chute imminente du navire : « Attention, le navire chavire ! Attention, éloignez-vous tout de suite ! Attention ! »
Le Président de Codacons
Qu’avez-vous fait après avoir sauté sur la chaloupe après avoir secouru les survivants durant le trajet entre le navire et les rochers ?
Francesco Schettino
Je suis resté sur les rochers, à coordonner les opérations de secours.
Ces images ont été prises depuis un hélicoptère et font partie des actes du procès. Les silhouettes blanches que vous voyez sont des personnes, et celle entourée en rouge est le commandant Schettino.
Le président de Codacons
Commandant, qu’avez-vous fait une fois arrivé au rocher devant le navire ?
Francesco Schettino
J’ai contacté la Capitainerie du Port de Porto Santo Stefano pour demander que des secours se déploient entre la terre et le navire du côté tribord, car il était nécessaire de patrouiller dans cette zone afin de vérifier s’il n’y avait pas encore des personnes dans l’eau. Les secours étaient positionnés vers l’extérieur du navire, et non du côté où le navire s’était écroulé.
Schettino au patrouilleur G104
C’est le Commandant du navire qui vous appelle : vous n’êtes pas au bon endroit. Pourriez-vous vous déplacer entre la terre et le navire ? Pourriez-vous donner l’ordre à toutes les unités présentes qui ne sont pas impliquées dans les opérations de transfert d’aller entre la terre et le navire ?
Francesco Schettino
Ma demande visait à patrouiller la zone maritime où le navire a heurté le rocher et où les personnes du côté tribord sont décédées.L’objet de ma demande était de patrouiller dans la zone maritime où le navire s’est abattu et où des personnes sont mortes. À gauche il n’est mort personne.
Francesco Schettino
On a découvert plus tard que la liste des passagers était erronée : il y avait 500 personnes en trop dessus.
C’est un fait que la Capitainerie du Port n’a pu constater qu’après plusieurs jours.
Schettino au Commandant Manna
Je suis en train de me faire envoyer la liste des passagers afin de comparer/collationner les passagers que nous avions à bord avec les passagers qui sont à terre.
Le Président de Codacons
Après avoir suggéré de déplacer les sauveteurs du côté tribord, vous êtes parti, vous avez rejoint la terre ferme.
Francesco Schettino
Pas du tout.
Je suis resté immobile sur le récif. J’ai contacté la cellule de crise de Costa Crociere, représentée par M. Ferrarini, et la confirmation de cet appel figure dans les échanges entre la Cellule de Crise de Costa Croisières et le Commandement Général de la Capitainerie du Port italienne à Rome.
Commandant Manna
Ferrarini bonsoir, commandant de vaisceau Manna, bonsoir Monsieur.
Roberto Ferrarini, directeur de l’Unité de Crise de Costa Croisières
Bonsoir à vous.
Commandant Manna
Le navire est donc stable sur un de ses côtés, aussi incliné qu’il soit actuellement, il le reste.
Roberto Ferrarini
Le Commandant m’a dit qu’il est stabilisé. Je ne pense pas que la situation soit critique, car le navire est stabilisé et tout est normal si l’on peut dire, vu que son inclinaison est de 90°.
Commandant Manna
Donc, Ferrarini, vous parlez directement avec le Commandant.
Roberto Ferrarini
Oui, donc je tiens mes informations directement de la source.
Commandant Manna
Exact.
Roberto Ferrarini
Le capitaine n’est pas sur le navire, il est sur le rocher juste à côté du navire, mais pas à bord.
Commandant Manna
Pour l’instant, il dirige les opérations de là.
Roberto Ferrarini
Il dirige de là pour autant que ce soit possible parce ne peut pas y aller et il ne peut rien voir pour le moment.
Je crois qu’il faudrait qu’il y ait quelqu’un de très spécialisé, comme vous, qui soit sur le bateau et, disons, commence à évaluer la situation.
Le Président de Codacons
Commandant, vous saviez qu’il y avait encore des gens à bord ?
Francesco Schettino
Non. J’étais descendu en urgence. Le navire coulait. Je ne pouvais pas savoir s’il y avait encore des gens à bâbord. L’évacuation avait également commencé à bâbord depuis 23h04 et se poursuivait.
J’avais organisé une navette entre la terre ferme et le navire. Chaque chaloupe de sauvetage effectuait en moyenne trois, quatre allers-retours.
Les gens arrivaient au compte-gouttes sur le pont, alors j’ai pensé qu’il n’y avait plus personne de l’autre côté, d’autant plus que l’évacuation avait commencé tant bien que mal environ une heure et demie plus tôt.
Patrouilleur G104 à Schettino
Compamare Livorno, oui. Combien reste-t-il personnes restent à bord, à faire débarquer ?
Schettino à G104
Je crois avoir fait débarquer la quasi-totalité des passagers. Honnêtement, je pense que tout le monde est à terre maintenant.
Évacuation du navire – G104
Non, je ne le crois pas, les patrouilleurs m’ont dit qu’il y en avait.
J’ai besoin de savoir combien de personnes restent à bord, qu’il faut faire débarquer, ou si tout le monde a effectivement débarqué.
Francesco Schettino
À 00 h 28, j’ai contacté la Capitainerie du Port de Livourne. J’avais signalé à De Falco que le navire avait chaviré à 90 degrés et était complètement coulé, avec tout son flanc tribord touchant le fond et il m’avait confirmé avoir compris la situation dans laquelle se trouvait le navire.
Schettino à De Falco à 00 h 29
Le navire a chaviré sur tribord à partir de sa poupe et a maintenant complètement chaviré à 90 degrés, reposant pratiquement appuyée sur un rocher par tout un flanc.
De Falco
D’accord, sur un flanc, à 90° à tribord.
Francesco Schettino
Des patrouilleurs nous signalent la présence de personnes à bâbord.
Bien, alors, moi je suis de ce côté-ci à tribord, comment comment voulez-vous que je sache si tout le monde a bien débarqué à bâbord ?
Alors que vous, vous disposez déjà de certaines informations provenant des patrouilleurs avec lesquels l’OSC est en contact, le G104 transmet les informations aux garde-côtes de Livourne. Donc, s’ils voient des personnes, il est clair qu’elles sont là. Et moi, je suis ici.
J’ai dit où j’étais à tout le monde : je l’ai dit à la Capitainerie du Port, je l’ai dit à la Cellule de Crise, je l’ai répété à 00h42 au commandant De Falco, en lui disant que le navire était couché sur le fond sur son côté droit. Il m’a interrompu. Il est couché ? Oui, oui, il est couché. Ce navire est couché ? Cou-ché. Et pourquoi vous avez fait descendre les passagers ? Et pourquoi vous avez abandonné le navire ?
Je trouve humiliant d’avoir dû communiquer une information qui aurait dû être obtenues d’office auprès du patrouilleur G104, désigné comme coordinateur sur le site des opérations de sauvetage.
Le répondeur du G104
Pour toute opération dans la zone, il faut contacter le G104 de la Guardia di Finanza, qui est l’OSC coordonnateur sur zone (On-Scene Coordinator en anglais).
Francesco Schettino
Vous devez leur dire : « Excusez-moi, le Commandant m’indique que le navire est incliné à 90°, son flanc tribord reposant sur le fond. Vous confirmez ? »
L’évacuation des passagers du côté tribord, celui qui a coulé, s’est apparemment terminée quelques instants avant que le navire ne touche le fond. L’officier de pont Iaccarino a déclaré aux magistrats qu’à 00 h 01, il n’y avait plus personne de ce côté. Sa chaloupe de sauvetage et celle sur laquelle a embarqué Schettino ont été les deux dernières à quitter le navire.
Le Président de Codacons
Le commandant De Falco vous a ordonné de remonter à bord. Pourquoi n’êtes-vous pas remonté par son échelle de corde ?
L’échelle de corde était sous l’eau.
Extrait de l’émission du 13 janvier 2013 d’Alessandro Gaëta
Seuls les pilotes d’hélicoptère avaient une vue dégagée sur la situation, et il y a une grosse erreur dans les propos du capitaine De Falco. L’échelle à barreaux mentionnée dans la fameuse histoire de la biscaglina se trouve en réalité à bâbord. Le côté tribord, celui par lequel, selon De Falco, Schettino aurait dû remonter à bord, était immergé depuis environ une heure et demie. L’épave mesure 300 mètres de long, et la traverser de nuit peut s’avérer très compliqué.
Francesco Schettino
De Falco se trouvait à 150 km de là à 1 h 46 du matin lorsqu’il m’a demandé de remonter à bord. Il a complètement zappé toutes les informations qu’il a reçues de moi, du commandement général, de la Capitainerie du Port de Rome et de l’OSC elle-même, le patrouilleur coordonnant les opérations de sauvetage sur le site qu’il avait lui-même désigné comme tel. Il a zappé complètement que le navire avait chaviré, avait touché le fond rocheux et était complètement submergé, et surtout, que l’échelle du côté tribord qu’il m’avait indiquée était sous l’eau. Pour monter à bord, il aurait fallu qu’une vedette de patrouille me conduise du côté émergé de l’épave afin d’atteindre l’échelle. Une fois là il aurait fallu avoir l’équipement adéquat : cordes, bottes, lampes frontales, etc …
Francesco Schettino
35 minutes avant l’appel de De Falco, j’avais reçu des instructions claires du commandant Manna, de la Capitainerie du Port de Rome, supérieur de De Falco. Il m’avait dit que je devais rester sur ce récif car j’étais son référentiel visuel.
Commandant Manna
Très bien, commandant, économisez la batterie de votre portable. Je vais essayer de revenir vers vous et vous appeler de temps en temps.
Bref, sauvegardez vos fichier, c’est notre référence.
Francesco Schettino
Bien, commandant, merci.
Commandant Manna
Merci, commandant. Merci.
Le Président de Codacons
Commandant, il ressort des actes du procès et des informations des médias que vous avez donné l’ordre d’alarme générale en retard et l’ordre d’abandonner le navire encore plus en retard.
Francesco Schettino
Dans ces moments critiques de gestion de crise, j’ai estimé qu’il était impossible de procéder à l’appel nominal de l’entière communauté que j’avais à bord. Cela aurait demandé un temps que je n’avais pas.
(Évacuation)
De même, la mise à l’eau des chaloupes de sauvetage si loin de la côte comportait des risques énormes.
J’ai donc décidé de poursuivre la dérive, de faire rapprocher le navire des bas-fonds, de l’échouer, et de faire des allers-retours entre la terre et le navire jusqu’à ce que tout le monde soit débarqué.
Si le navire n’avait pas chaviré, ma stratégie, mon choix, se serait avéré judicieux. Même l’analyse des données de la boîte noire confirme ma décision claire de faire poser le navire en eaux peu profondes.
Boîte noire du Concordia – Commandant à Canessa
Combien de mètres avons-nous ?
Canessa
26 mètres en dessous et 13 au milieu, Commandant, mais ça descend (Mais la profondeur diminue).
Commandant à Canessa
Quelle est la profondeur de l’eau ?
Canessa
À l’arrière 13 mètres, sous la quille 13 mètres, Commandant.
Commandant à Canessa
L’important, c’est que nous arrivions jusqu’ici pour agir/nous poser. Vous voyez ?
Canessa
Oui, oui, nous nous poserons ici comme on faisait jadis et nous serons stables et voilà.
Cosimo Nicastro des Garde-Côtes
Le bateau s’est échoué à environ 200 mètres de la côte, ce qui a facilité les opérations de transfert des personnes car la distance de la côte était si courte que les gens ont pu être très rapidement mis en sécurité .
Et cela aurait certainement été plus rapide si le navire s’était trouvé au large, évidemment.
Journaliste
Le navire aurait coulé à pic au large ?
Cosimo Nicastro
Nous ne savons pas ce qui se serait passé. Bien sûr, les opération de transfert à terre n’aurait pas été aussi simple. À présent, il ne fait aucun doute que plus de 4.000 personnes ont été sauvées.
Au moment de l’accident, 4 232 personnes se trouvaient à bord, membres d’équipage et passagers compris. 32 personnes sont décédées et 4 200 ont survécu.
Si Schettino n’avait pas réussi à échouer le navire sur les rochers de l’île du Giglio, il aurait coulé en haute mer, le bilan humain n’aurait pas été le même.
Maître Senese
Bien que l’État Italien ait investi des ressources humaines et matérielles considérables pour reconstituer les faits et identifier les responsables, les conclusions techniques et scientifiques qui sous-tendent les condamnations demeurent peu fiables et inquiétantes, tout comme l’acharnement du parquet à demander que soit infligée pour des délits par négligence une peine des plus sévères sans précédent.
Il s’agit là d’une conception de la peine qui va à l’encontre des principes de notre Constitution.
C’est dommage que la Cour Suprême ait repoussé la dernière vidéo-argument du Commandant
Publié par Monique-Mauve dans Journal de bord le 8 août 2026
Parce que Schettino est l’un des naufragé qui a été blessé la nuit du naufrage.
Il était sur le navire, responsable de plus de 4000 âmes, conscient de ses limites. Il le connaissait, son Concordia, son premier commandement.
Il en est tombé au moment où Maria-Grazia et les autres sont tombés, qui dans la mer, qui dans un escalier, qui dans un local d’ascenseur quand le Concordia a chaviré.
Maria-Grazia a été écrasée par le navire. C’est le sort qui attendait Schettino, alors cramponné au bastingage du pont 3, nous précise Katia Keyvanian, alors que sous lui il voyait la dernière chaloupe se faire piéger par les deux bras de sa grue : elle allait subir le même sort avec ses occupants.
Il les a sauvés en allant mettre les mains dans le cambouis.
Au procès qui allait décider de sa vie, il a dû manquer quelques audiences pour aller à l’hôpital.
Deux ans plus tard, les journaux faisaient les gorges chaudes de son séjour à Ischia, ville d’eaux.
Cette photo date de 2014. Il avait été blessé un an plus tôt et ce n’était toujours pas refermé.
https://www.natureetsourcechaude.com/blog/visiter-ischia-ile-thermale-baie-naples/

Les inconvénients d’un mauvais récit
Publié par Monique-Mauve dans Commandant SCHETTINO, Journal de bord le 7 août 2026
Vidéo publiée le 21 février 2026 par Nippin Anand sur sa chaîne YouTube Embrassing Difference
https://youtu.be/B5YqFK0JTBM?si=Dis9rwY37bQHjuFD
Après un accident, nous élaborons un récit pour donner un sens au malheur. Ces récits sont emballés dans un discours scientifique et ils prétendent prévenir les futurs accidents (rapports d’enquête officiels) et nous permettre de tirer des leçons des accidents.
Mais dans quelle mesure ces récits sont-ils véridiques ? Peuvent-ils réellement empêcher quoi que ce soit ? Nous aident-ils à apprendre des accidents ?
Voici ma conférence à la Bibliothèque des Accidents/Library of Accidents d’Édimbourg, qui s’appuie sur les exemples du Costa Concordia et du vol US Airways 1549. Ces deux récits reposent sur des mythes, bien qu’ils soient présentés comme des vérités « scientifiques et objectives ».
Bonsoir. J’ai eu du mal à trouver le titre de mon intervention d’aujourd’hui, j’ai passé les trois derniers jours à y penser.
J’ai eu du mal : je voulais juste exprimer combien les récits d’accidents peuvent entraver l’apprentissage et ce que cela signifie concrètement : que nos récits influencent notre compréhension des accidents, des incidents, des erreurs, etc …
Je pense qu’il y a quelque chose de profondément religieux en nous, en tant qu’êtres humains. Nous pensons être scientifiques, mais nous sommes en réalité très religieux.
Nous sommes profondément religieux et je vais vous en parler.
J’espère que nous aurons ensuite des échanges très enrichissants.
Voyons comment cela va se passer.
Je vais vous parler d’un navire qui s’appelait le Concordia. Ce navire a chaviré au large de l’île du Giglio, en Italie, en 2012 entraînant la mort de 32 personnes.
Le capitaine, couramment surnommé « le capitaine lâche », serait le principal responsable de l’accident, selon le rapport officiel.
Je n’avais encore jamais vu ça : un rapport officiel qui désignait quelqu’un comme principal responsable d’un accident.
J’ai d’ailleurs vécu une expérience fascinante en discutant avec le Commandant.
Je suis allé en Italie passer quatre jours avec lui et j’ai filmé de nombreuses séquences.
Il était pour aller en prison et n’avait plus rien à perdre.
Il m’a donc procuré de nombreuses informations, notamment des enregistrements vidéo et du VDR, qui est l’équivalent de la boîte noire d’un avion.
Il m’a fallu ces quatre jours et sept ans ensuite pour écrire un livre qui donne un sens à tout cela.
C’était intéressant, aujourd’hui, quand l’un de vous m’a demandé « De quoi allez-vous nous parler ? »
J’ai répondu : de l’accident du Costa, et sa première réaction a été : « Ah, c’est le bateau où le capitaine s’est enfui avec une danseuse ? »
Et moi, j’ai pensé : « Wahou, c’est exactement le genre de réponses que je reçois tout le temps. »
Alors voilà, vous savez, on veut dormir la nuit. On a besoin d’une histoire, et on doit se la raconter.
Je voudrais donc parler de la nature mythique des histoires que nous créons, qui sont profondément religieuses et que nous croyons être scientifiques. Voilà la clef de tout.
Alors, commençons.
Voici le capitaine Francesco Schettino. Et là, c’est moi. Et voici le directeur du Bureau Danois d’Enquêtes sur les Accidents Maritimes.
Nous avons passé ces quatre jours à Sorrento*, sa ville natale en Italie.
C’était notre premier jour d’interview avec lui en 2017. Et devinez ce qu’il m’a dit ?
Vous êtes la première personne à venir parler avec moi à un niveau professionnel.
La première personne en cinq ans depuis l’accident !
Cet accident a eu lieu en 2012.
En 2017, cet homme affirme que je suis la première personne à venir lui parler de manière professionnelle.
On déteste tous les gens impliqués dans des accidents, n’est-ce pas ? Réfléchissez-y
……
On n’aime pas les échecs.
Dans mon pays d’origine, l’Inde, toutes les 14 minutes un enfant se suicide parce qu’il n’a pas su répondre aux attentes de ses parents. C’est dire à quel point nous haïssons ceux qui échouent dans la vie n’est-ce pas ? Parce qu’ils nous rappellent notre propre fragilité.
Et je trouve cela fascinant, absolument fascinant, que personne ne lui ait parlé, ni ne l’ait écouté pendant cinq ans, que tout le monde l’ait accusé.
On a inventé toutes sortes d’histoires et on a rédigé un document de 300 pages, qu’on a appellé rapport d’enquête sur l’accident, qui est totalement mythique, absolument mythique.
Mais ce n’est pas nouveau. On a toujours fait comme ça. Et nous voilà, installés devant cette encyclopédie d’erreurs, à nous demander : pourquoi on n’en tire pas les leçons ? Eh bien, la réponse est simple : on n’en tire pas.
On se croit scientifiques, mais en réalité, on est religieux. On veut se raconter une histoire qui soit simple. C’en était un exemple classique.
Alors, comme vous pouvez le constater, tout le monde veut l’interroger, enquêter sur lui, lui dire de tout, mais personne ne veut l’écouter.
Nous avons enregistré 12 heures de vidéo avec lui en lui ayant posé une seule question : « Qu’aimeriez-vous partager ? »
Et il était intarissable. Il était intarissable. Vous imaginez ?
……
Il faut qu’on réfléchisse à ces choses-là.
Nous faisons la même chose à nos enfants, d’ailleurs.
Oubliez les professionnels !
Voici donc un livre que j’ai écrit, et que j’ai sous-titré ici : voyage intérieur de désapprentissage.
Je pensais qu’il s’agissait de ma propre expérience chez C. en 2005.
J’ai été victime d’un accident qui m’a traumatisé pendant une dizaine d’années, mais j’ai constaté des similitudes avec lui, mais à une bien plus petite échelle, évidemment.
Mon expérience nétait rien comparée à la sienne. Il purge actuellement une peine de 16 ans de prison. Je m’en suis tiré à bon compte, en étant seulement licencié par ma Compagnie.
Mais ce livre que j’ai écrit n’est pas un récit objectif de cet accident.
C’est un point de vue profondément subjectif et partial.
Je ne me cache donc pas derrière une façade scientifique.
J’ai très ouvertement affirmé qu’il s’agissait d’un récit subjectif.
C’était un récit biaisé, et il m’a permis de remettre en question beaucoup de choses dans ma vie.
En quelque sorte, c’est son histoire, mais entrelacée avec la mienne.
Voilà comment je le vois et comment je le présente dans ce livre.
Mais le plus intéressant dans le livre, c’est l’un des points que je voulais aborder avec vous, c’est de vous donner un aperçu du caractère mythique de nos rapports d’accidents, que nous appelons des récits officiels d’accidents.
Nous avons donc ici deux accidents : le vol US Airways 1549 et le Costa Concordia.
Examinons-les de plus près et voyons à quel point nous nous éloignons de la réalité pour nous persuader que nous maîtrisons la situation, ou nous rassurer.
Comme nous sommes dans les mythes, nous qui prétendons être scientifiques et objectifs !
D’un côté, le vol US Airways 1549, de l’autre, le Costa Concordia.
Passons donc au vol US Airways 1549.
C’est un exemple fascinant de la façon dont nous construisons des récits autour des accidents, des incidents, des erreurs, etc.
Nous sommes en 2009.
Je ne sais pas si vous connaissez cet accident. C’était « le miracle de l’Hudson », et c’est fascinant d’utiliser le mot « miracle » dans un rapport d’accident avec sa connotation religieuse.
Et puis, on cherche la cause profonde. Comment expliquer un miracle autrement que par une cause profonde ? C’est complètement absurde.
Bref, en 2009, nous avons cet accident : 155 personnes à bord, 140 passagers et 15 membres d’équipage.
Ce qui est unique dans cet accident, c’est qu’il s’agissait d’une compagnie Américaine, d’un pilote Américain et que ça s’est passé dans l’espace aérien Américain. Ce qui n’arrive pas souvent.
Et maintenant, voici la photo de » Sulli » (le capitaine Chesley Sullenberger) qui a apparu dans les médias, quelques années plus tard.
Et je trouve cette image fascinante.
Je la trouve tellement puissante.
Elle résonne profondément avec l’inconscient.
Et il y a écrit Chesley Sullenberger.
https://www.theguardian.com/film/2016/nov/27/chesley-sullenberger-sully-film-clint-eastwood-tom-hanks-miracle-hudson-river
C’est un article du Guardian, en fait. Vous devriez le lire. On y parle d’un héros à l’ancienne. Wahou !
Et il y dit : « Voilà une déclaration qui mérite vraiment réflexion. Je savais que l’on débattrait de la moralité de mes actes. Peut-être pendant des décennies. » Savez-vous pourquoi il a dit cela ? Connaissez-vous son accident ? Le miracle de l’Hudson ? Savez-vous pourquoi il a dit ça ?
……
https://www.theguardian.com/world/2009/jan/16/us-airways-plane-crash-lands-on-hudson
Est-ce parce que certains pensaient qu’il aurait pu atterrir à l’aéroport après avoir percuté le pont ?
Oui. C’est possible. C’est possible.
C’est peut-être une de ces choses.
Je pense qu’il a été surpris par le bilan.
Il a été lui-même surpris par le bilan.
Il ne s’attendait pas à ce que personne ne meure.
Il ne s’attendait tout simplement pas à ce que cela arrive.
C’était un miracle. Pardon ?
Je ne suis pas sûr que ce soit déjà arrivé avant.
Non, jamais, vous avez raison.
Donc, d’une certaine manière, cet homme est surpris.
Et c’est intéressant qu’on en ait fait un super-héros, ne trouvez-vous pas ?
N’est-il pas intéressant qu’on en ait fait un super-héros ?
……
Nous aimons les histoires simples.
Regardez ce rapport d’enquête sur l’accident.
Le caractère religieux de ce rapport est absolument incroyable.
» Le professionnalisme des membres d’équipage et leur excellente gestion des ressources de l’équipage durant la séquence de l’accident leur ont permis de garder le contrôle de l’avion de manière à le maîtriser autant que possible dans ces circonstances et d’effectuer une approche qui a augmenté les chances de survie après l’impact. «
Franchement, il y a tellement d’aléatoire dans cet accident, un aspect qu’on n’a même pas abordé en créant un super-héros.
Ne vous méprenez pas. Je ne dis pas que je suis contre Sully. Il a fait de très bonnes choses.
Mais il y a eu beaucoup d’aléatoire dans cet accident. (Je reviens vers vous reviens dans un instant.)
Il y a eu beaucoup d’aléatoire dans cet accident qui ont joué en sa faveur.
La température de la rivière était de -15 °C ce jour-là, ce qui signifie qu’il n’y avait absolument aucun trafic maritime. Si cela avait été le cas, cela aurait été une catastrophe.
Il y avait un copilote très expérimenté assis à côté de lui, ce qui est plutôt rare.
L’avion était équipé d’un train d’atterrissage amphibie, et la probabilité qu’un avion avec un tel train d’atterrissage vole à l’intérieur des terres était de 1 sur 20 dans la flotte Airbus de l’époque.
Il n’y avait donc qu’un avion sur vingt capable de voler à l’intérieur des terres tout en conservant un train d’atterrissage adapté à l’amerrissage des passagers.
Il y a tellement d’autres choses, et le plus drôle, c’est que tout cela est consigné dans le rapport officiel d’enquête sur l’accident et pourtant on n’en tient pas compte pour comprendre cet accident, parce qu’on veut créer un super-héros, on veut voir que quelqu’un nous a sauvés.
On adore ça !
Quelqu’un nous a sauvés et cette personne devrait devenir le super-héros.
……
Vous aviez une question ? Oui, je vais développer.
Soyez patient : je sais que c’est difficile à assimiler.
Si cela ne vous plaît pas, ce n’est pas grave, cela me convient parfaitement, utilisez autre image, quelque chose de mythique, pas religieux ni dogmatique ni quoi que ce soit d’autre.
Alors voilà comment on lit le rapport d’enquête sur l’accident.
Et puis, vous voyez, on en fait un super-héros malgré lui. Et on en tire même un film à Hollywood.
Le film » Sully » existe en version française, visible sur toutes les bonnes plateformes.
Et on ignore tous les éléments aléatoires que l’on a consigné dans le rapport parce qu’on adore les héros.
……
N’est-ce pas intéressant ?
……
Laissez-moi vous raconter une toute autre histoire.
Nous sommes en 2012. Voici le bilan du Concordia. Il y avait 4 229 personnes à bord. 32 personnes sont mortes.
Dans l’autre cas, personne n’est mort. Dans celui-ci, 32 personnes sont mortes. Il n’y avait donc pas eu sauvetage, n’est-ce pas ?
Alors, que fait-on maintenant ? On fait exactement le contraire.
Voici le capitaine Francesco Schettino.
Moins de 48 heures après l’accident, un communiqué de presse a été publié et un bouc émissaire a été trouvé sans aucune enquête sur l’accident.
Il s’agit donc d’un navire Italien, d’un capitaine Italien, d’une compagnie Italienne et ça s’est passé dans les eaux Italiennes.
Vous voyez ? Américain et Italien. Quelle coïncidence !
Cela n’arrive jamais dans mon monde.
Je suis un ancien marin.
Les choses ne s’alignent jamais aussi facilement.
Nous nous retrouvons avec une déclaration bien différente.
Levant les yeux au ciel, les Italiens rejettent le comportement erratique du Capitaine Francesco Schettino comme une honte pour l’Italie. Certains sont persuadés qu’il était ivre, le type même de l’italien, distrait par une femme. Et c’est parti.
Une blonde danseuse moldave aurait dîné avec le capitaine peu avant le naufrage.
Certains anciens collègues l’ont décrit comme un professionnel compétent et l’ont défendu.
D’autres l’ont qualifié de conducteur de hors-bord.
……
Lisez le récit et vous ne serez pas surpris de la conclusion de ce rapport officiel d’enquête, il est inutile de prouver que le cas du Costa Concordia a été examiné par cet organisme d’enquête sur l’accident.
Et, je crois, par tout le monde dans mon domaine. Sur quelle base avez-vous réalisé une enquête ? En avez-vous fait une étude ?
Un exemple unique des leçons à tirer malgré la tragédie humaine et le comportement peu conventionnel du capitaine qui devient la cause principale du naufrage. Wahou.
Voilà le rapport officiel. Je n’ai jamais vu de rapport officiel qui affirme catégoriquement que le capitaine d’un navire est la principale cause de l’accident. Je ne l’avais jamais vu. Cela a fortement éveillé mes soupçons.
Voici donc Schettino le jour où il s’est rendu à la police, trois mois seulement après que nous l’ayons laissé dans sa ville natale, le jour où il a écopé de seize ans de prison.
Mais la question est : 16 ans pour quoi exactement ?
Car il a été affirmé qu’il avait quitté le navire et s’était enfui. Or, en réalité, il était à bord tout ce temps et a même accompli certaines tâches, comme par exemple sauter sur un canot de sauvetage qui était sur le point de couler sous les bossoirs.
Ce canot de sauvetage était plein à craquer, avec au moins 300 personnes à bord – je ne connaîs pas le nombre exact – et s’il avait permis à ce bateau, aux bossoirs de ce bateau de l’enfoncer, de plonger dans celui-ci, il y aurait eu environ 300 morts, en plus des 32 personnes décédées, correct ?
Mais cette histoire n’avait aucune importance.
Elle n’intéressait personne, car nous recherchions un anti-héros, pas un héros.
Et nous étions tellement occupés à rassembler des informations pour le trouver.
Et ce n’est pas seulement mon livre qui le relate, mais de nombreuses recherches ont été menées pour démontrer dans quelles circonstances le Commandant a évacué le navire et ce qu’il a fait exactement.
Mais ni la presse ni l’enquête officielle sur l’accident ne s’y sont intéressées.
Nous avons donc fait exactement ce que nous avions fait à Jésus-Christ il y a des milliers d’années.
Nous avons trouvé un bouc émissaire.
Un bouc émissaire qui porterait les péchés de la société.
Le schéma mythique se répète donc sans cesse.
Vous la voyez, la réponse, maintenant ? Oui.
Nous sommes très mythiques. Nous sommes très religieux et nous nous drapons dans la science et nous nous croyons modernes.
Nous sommes avancés. Nous sommes civilisés.
Et ces peuples non-civilisés qui vivent quelque part, vous savez, dans les îles du Pacifique, comme les Aborigènes et les Maris ils ne savent absolument rien.
Nous avons beaucoup de données et nous pouvons prouver plein de choses.
Nous pourrions gérer les échecs d’une maniére qui ne leur est pas accessible.
Nous ne pouvons pas gérer les échecs exactement comme eux. Nous ne le pouvons pas.
Laissez-moi vous raconter l’histoire.
Alors oui, vous voyez le schéma, n’est-ce pas ?
Voyez le mythe grec, du chaos à l’ordre.
Imaginez une collision avec un oiseau, une panne moteur, et tout part en vrille.
Il vous faut maintenant un super-héros pour nous sauver.
Voilà le mythe grec. C’est exactement le mythe grec, là, juste sous vos yeux.
Et à la fin tu n’as pas pu nous sauver alors tu es l’anti-héros.
Vous voyez à quel point nous sommes religieux ?
Voilà, pour résumer, comment nous créons des récits d’accidents et de catastrophes, comment ces récits nous donnent un sens et nous réconfortent, comment ces récits révèlent nos croyances inconscientes et comment ils préservent l’ordre social et politique.
Alors pourquoi ne tirons-nous pas les leçons des accidents et des erreurs ?
Parce qu’il ne s’agit pas d’apprendre, mais de préserver l’ordre social et politique.
Ce soir-là, si Schetino n’avait pas été désigné comme bouc émissaire, toute l’industrie des croisières se serait effondrée à cause de défaillances dans tout le système de cetre même industrie.
Mais nous avons trouvé un bouc émissaire et nous avons préservé l’ordre social et politique.
Du coup, nous pouvions tous retourner dormir et dire : « Non, on peut repartir en croisière. C’est l’été. On a besoin de vacances. »
Nous créons ainsi ce que l’on appelle un monstre moral, n’est-ce pas ?
Ma question est donc la suivante : sommes-nous vraiment scientifiques ? Voyons les progrès accomplis au fil des ans, notamment en comparant avec le peuple du Sud-Soudan, que nous appelons les Azandés.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Zand%C3%A9_(peuple)
Il y a quelque chose de fascinant chez les anthropologues : il arrive qu’on soit obligé de s’éloigner tellement de sa propre culture que la langue ne suffit plus à tout expliquer et c’est alors qu’on réalise que ceux que nous qualifions de primitifs, de non-civilisés, de sauvages et de barbares ne sont en réalité pas si différents de nous.
Ils ne sont absolument pas différents.
Voilà donc ce qu’est la culture azande et voici le rituel de sorcellerie : chez les Azandes, si un enfant tombe malade, ils le soignent tout comme nous, mais la façon dont ils l’explicaquent … ils cherchent une personne qu’ils n’aiment pas dans leur communauté et la traînent à travers champs, car ils croient que c’est elle qui a provoqué cette situation.
On voit donc que chacun cherche à donner un sens au malheur, et la question est : en quoi sommes-nous différents ?
Alors le « comment » est très bien expliqué dans tous les livres auxquels vous pouvez penser ; la mécanique est expliquée de façon extrêmement éloquente, avec toutes les preuves, toutes les données, qu’il s’agisse de l’US Airways 1549 ou du Concordia.
Mais quand il s’agit du « pourquoi », nous nous réfugions derrière nos mythes familiers : le mythe Grec, le mythe Romain, le mythe Chrétien, etc …
Ce que les Azandés appelleraient sorcellerie et accusation, nous l’appellerions causalité et blâme. Mais c’est la même chose.
La question est de savoir si nous sommes différents lorsqu’il s’agit de donner un sens au malheur, qu’il s’agisse d’accidents, d’incidents, de catastrophes, de crises, ou quoi que ce soit.
Et je ne le crois pas.
Alors, que pouvons-nous apprendre sur nous-mêmes ?
Je crois que ce que nous pouvons apprendre, c’est que nous aimons les histoires simplifiées.
Nous aimons les histoires de héros et de anti-héros quand les choses tournent mal.
Nous aimons le contrôle absolu de tout.
Ça nous permet de bien dormir la nuit.
Et cette foi en la science que l’on appelle la Scientologie, il y a un un bâtiment ici, à Édimbourg, je ne sais pas si vous l’avez vu, il me fascine.
Le problème, c’est que ces récits religieux entravent l’apprentissage, et que nous les prenons pour argent comptant en les qualifiant de résultats de recherche objective et scientifique.
Alors je pense qu’il est important de remettre ces écrits en question.
* La ville de Meta s’appelait alors Meta di Sorrento, dont elle s’est séparée depuis.

