Archives de 16 octobre 2015

COSTA CONCORDIA : en ITALIE, la défense est du même avis

paru sur le journal papier IL TIRRENO

LA DÉFENSE
« Prêts à appeler à 180 témoins à la barre »
Le conseiller demande que COSTA soit aussi mise en cause

GROSSETO

Il aurait pu en finir en négociant de payer 500 euros pour les dommages au paysage qu’offrait l’ile et une petite somme supplémentaire pour l’autre chef d’imputation. Et ce procès(1) aurait ainsi été terminé.
Mais Francesco SCHETTINO a souhaité qu’ait lieu le procès sur ces sujets-là aussi.
Et ses raisons ne sont pas différentes de celles du maxi-procès, c’est-à-dire faire comprendre que les responsabilités ne sont pas seulement siennes.

Maître Vincenzo CARLINO, conseiller de la défense, expert pour la sécurité au travail et la loi 231(2), a exprimé hors audience sa perplexité sur le fait que lors du procès, l’employeur – c’est-à-dire COSTA CROISIÈRES – n’ait pas été mis en cause en matière de sécurité : « Si cette ligne devait se confirmer, cela aurait des conséquences sur les sentences pour les 50 ans à venir », dit-il, constatant sans arriver à y croire que le Parquet n’a pas voulu considérer le navire comme un lieu de travail sur lequel ont péri les 5 membres de l’équipage et les 27 passagers.

Et il cite les obligations du commandant et de l’armateur, donnant pour exemple le document sur les droits du passager publié sur le site de la Compagnie où sont mentionnés « 
Le droit de pouvoir compter sur un équipage parfaitement formé aux cas d’urgence et aux procédures d’évacuation. » et « Le droit de bénéficier d’une source d’alimentation d’urgence dans le cas d’une panne du générateur principal ».
Quelle formation avaient reçu les 1106 travailleurs qui étaient à bord ?

C’est ce que la défense a l’intention de demander à tous ceux qui sont inscrits sur le « Ruolo di appello »(3) : elle les a cités tous les 180(4) comme témoins, y compris, celui qui était alors directeur général Pierluigi FOSCHI et Paolo MATTESI, responsable du Bureau de la Sécurité de COSTA (cependant que l’accusation a une dizaine de témoins).
Envisageant d’autres lignes de défense, CARLINO cite le rapport des experts dirigés par l’Amiral CAVO DRAGONE : et il se souvient que dans ce même « Ruolo di appello » il manquait des personnes à réquisitionner.
« SCHETTINO l’avait signalé et la société n’avait pas réagi : le 15 octobre, le 16 décembre, et le 31 décembre précédants le naufrage ».

CARLINO souligne aussi une propriété du logiciel MISTRAL qui gère les déplacements de l’équipage pour aller remplir la mission qui leur est fixée par le « Ruolo d’appello » : « SCHETTINO ne pouvait pas intervenir dessus(5), tout était décidé depuis ailleurs ».

« Former le personnel a un coût », ajoute le conseiller, « de plus la compagnie aurait dû pourvoir au remplacement des personnels en exercices d’entraînement. »

Maître LAINO, pour sa part, émet des observations relatives à la partie finale de l’accusation, pour les dommages à l’environnement ; à son avis, le fait que le navire ait été à 30 mètres de la côte est incompatible avec l’étendue des dommages subis en profondeur sur une zone de 300 mètres à partir de ladite côte.
Et il n’accepte pas l’insertion des étendues d’eau environnantes comme faisant partie du chef l’accusation qui fait référence à l’article 142 du décret de la loi 42 de 2004(6) : « Les étendues d’eau ne figurent pas au décret ».

(1) le procès dont il est question ici est en fait une partie du procès principal, il n’en est distinct que parce que le Droit Italien implique que les Procès Pénals soient jugés par un collège de juges en général (la suite à FLORENCE) alors que les délits cités plus haut doivent l’être par un juge unique (la suite à GROSSETO) – le tout devrait être davantage précisé en janvier 2016, sous réserve d’imprévu ultérieur

(2) organisation de la sécurité sur les lieux de travail – les textes de loi en .pdf et en italien, les entreprises sont incitées à faire des mises à jour internes en matière de sécurité afin de coller à la réalité actuelle
http://www.reteambiente.it/normativa/19996/dm-lavoro-13-febbraio-2014/

(3) le « Ruolo d’appello » : le nom de ce document établi par la Compagnie pourrait être traduit par  » la Récapitulation des Rôles ». D’une importance capitale en l’occurrence, il précise quels sont les personnels les réquisitionnés d’office en cas d’urgence et ce que chacun d’entre eux doit alors faire.

(4) sur 1106 travailleurs embarqués,180 d’entre eux savaient ce qu’ils devaient faire en cas d’urgence, il restait (1106 – 180) = 926 personnes de bonne volonté qui ne savaient pas quoi faire, qui n’ont pas été utilisées efficacement, qui avaient bien de quoi paniquer eux-mêmes

(5) un logiciel non interactif, meilleur marché par conséquent, et pas moyen d’attribuer un rôle au reste du personnel et de le leur faire savoir à l’avance, alors qu’ils sont en toute sécurité

Vous avez dit « Seul maître à bord après Dieu ? »
plus depuis qu’existent la radio, le téléphone mobile, les décisions prises à partir de données transmises au moyen d’ondes électromagnétiques, la gestion informatisée par logiciel (parce qu’il s’agit d’un millier de personnes) non interactif (il est meilleur marché sans interface, le programme est beaucoup plus court).

Sans compter toutes les possibilités de dysfonctionnement de la transmission par ondes électromagnétiques, naturelles et/ou artificielles qui traînent ici et là tout autour de la planète.

Un exemple hors-sujet mais simple et dont la vérification expérimentale est à la portée de tous : est-ce que votre téléphone mobile transmet vos communications avec la même qualité acoustique par temps d’orage et par beau temps ? 
Autre exemple du même type : vous dépendez de la desserte en surface de votre fournisseur d’accès téléphonique. Il y a des endroits, pas loin de chez vous, où vous ne recevez rien du tout parce qu’aucune de ses antennes émettrices ne couvre la zone.

(6) le décret précise quels sont les zones et biens culturels qui sont protégées selon la loi italienne
http://www.bosettiegatti.eu/info/norme/statali/2004_0042.htm 

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