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Schettino : Je n’ai jamais quitté volontairement le Concordia.

Je n’ai jamais quitté volontairement le Concordia.

Non ho mai abbandonato volontariamente la Concordia

Une interview exclusive de Franco Esposito publiée le 9 juillet 2015 sur YouTube par le journal Telecolore Salerno
Francesco Schettino a accordé une interview exclusive à Franco Esposito. Le directeur de Telecolore s’est longuement exprimé sur l’abandon du navire, un crime pour lequel Schettino a été condamné, ainsi que pour homicides multiples involontaires et pour naufrage. Mais au-delà de l’aspect purement pénal (Schettino a été condamné à seize ans de prison par le tribunal de Grosseto en première instance), l’abandon de navire reste le comportement le plus éthiquement odieux pour tout le monde. Dans cette interview, Schettino tente d’expliquer sa version des faits et, pour la première fois, exprime ses attentes quant aux motifs de la sentence, qui seront rendus publics dans quelques jours. Filmé par Francesco De Angelis. (090715 Franco Esposito, Francesco De Angelis)

Franco Esposito
Schettino, pourquoi avez-vous accepté de confier à Vittoriana Abate ce qui constitue un véritable Mémoire, du moins en ce qui concerne le premier degré de ce procès.

Francesco Schettino
Écoutez, plutôt qu’un Mémoire, c’est mon récit. Et elle, elle a toujours montré qu’elle cherchait la vérité, à comprendre le déroulement des événements, et elle as su interpréter avec fidélité mon histoire, ma pensée.

FE
Voilà. Et pourquoi avez-vous eu besoin d’un livre pour exprimer vos pensées ? Il y a eu un procès, et dans un procès, il y a des contre-interrogatoires, il y a des actes. Bref, le récit de la vérité se construit lors d’un procès.

FS
Dès les premiers jours de mon assignation à résidence, durant laquelle, comme vous le savez, cette mesure interdit tout contact avec l’extérieur que ce soit par téléphone ou par courriel, j’ai été contraint de subir la violence médiatique et d’écouter une version déformée des faits, et ce pendant six mois.
Je me doutais déjà qu’il y avait un barrage médiatique. Il n’y avait pas de réelle volonté de relater les faits tels qu’ils s’étaient déroulés. De plus, ceux qui connaissaient la vérité n’ont pas permis aux journalistes, ceux qui font leur travail, de pouvoir documenter la vérité.
Et ce fut le début de ce long phénomène, si je puis dire, au cours duquel je n’avais pas encore compris qu’il me serait ensuite impossible, au fil des années, de raconter le déroulement exact des faits.

FE
Mais vous avez répondu à 30 heures d’interrogatoire avant le prononcé de la sentence.

FS
Comme vous avez pu le constater, ces 30 heures d’interrogatoire n’ont pas été intégralement publiées, et les médias n’ont pas rapporté tout ce qui en est ressorti.

FE
On a dit de vous que vous étiez un lâche, un incompétent, et que vous envisagiez une reconversion. Vous tenez absolument à souligner dans ce livre, en répondant aux questions de Vittoriana Abate qui, de toute évidence, a documenté toute son enquête à l’aide de pièces du procès, que vous n’étiez pas un lâche.

FS
Écoutez, il y a une boîte noire qui permet d’entendre mes échanges avec les officiers sur la passerelle, et je pense qu’il est possible de comprendre grâce à ces enregistrements si je me suis comporté en lâche ou non.

FE
Vous n’avez donc pas abandonné le navire.

FS
Ce n’est pas que je veuille me blanchir. Mais je souhaite vraiment que le monde comprenne, car j’ai appris que souvent, pour faire parler de nous (les italiens), nous nous faisons nous-mêmes du mal.
Je crois également qu’il est juste et nécessaire de raconter toute l’histoire, de dire toute la vérité, étant donné que, comme vous pouvez le constater, ces photos sont issues des enquêtes.
Le parquet lui-même, les enquêtes du parquet, ont déterminé que j’avais quitté le navire à 00 h 17, au moment précis où le patrouilleur de la Guardia di Finanza a lancé un appel radio à toutes les autres unités de la zone, les avertissant de s’éloigner du Concordia parce qu’il était en train de chavirer.
Il existe un enregistrement audio de cet appel, que vous pouvez écouter :  » Attention à tous les navires dans la zone :  le navire va chavirer, le navire chavire !  » Voici une photo …

FE
Vous étiez encore sur le navire à 00 h 17 ?

FS
Bien sûr, j’était encore dessus et ce n’était pas moi qui le dis, car cela a également été dit par divers témoins lors de l’interrogatoire des témoins au tribunal .
Et voici dans le livre les transcriptions des procès-verbaux de leurs témoignages. Bien.
Voici quelques photographies que j’ai reçues d’un photographe, M. Enzo Russo, qui les a lui-même obtenues d’un touriste chinois qui se trouvait sur le quai avec son trépied, et qui a pratiquement filmé le naufrage proprement dit du navire en séquences chronologiques, reconstituant ainsi l’événement.
Le livre mentionne ici les deux chaloupes de sauvetage restées coincées sous les bras déployés des grues. Le système de grues permettant la mise à l’eau des chaloupes de sauvetage s’étend pour les descendre par-dessus bord et les poser correctement sur l’eau.
Lors de la rotation du navire, ces bras sont restés déployés et ont harponné la coque en fibre de verre des chaloupes, elles allaient pratiquement être écrasées sous le bord.
Donc, voici les résultats de l’enquête.
Alors je me demande, compte tenu de l’évidence de ces preuves et indépendamment de la ligne éditoriale que peut adopter un journaliste dans un tribunal, sachant que ces messieurs sont venus assister à 70 audiences, je me dis : comment se fait-il qu’ils n’aient pas réussi à porter cette vérité à la connaissance de leurs lecteurs ?
Voilà mon problème et la question que je pose.
Par conséquent, ce livre, outre le fait d’être un témoignage de la vérité, est aussi un moyen de porter à l’attention du public les résultats des enquêtes sur lesquelles le procès a été instruit.

FE
Cependant, commandant, malgré ces photos, le tribunal vous a reconnu coupable d’abandon du navire.

FS
Il y a eu réduction, c’est certain, et maintenant il nous faudrait comprendre pourquoi. Quelles en étaient les raisons ?
C’est pourquoi, par respect pour le pouvoir judiciaire, j’ai voulu faire preuve de prudence dans mes déclarations. concernant les images.
Les images … on m’avait conseillé de sortir le livre avant le prononcé du verdict.
Je m’y suis opposé car je ne voulais absolument pas manquer de respect à un tribunal qui a prouvé son humanité et sa sensibilité face aux problèmes des vicissitudes humaines.
J’ai toujours bénéficié d’un grand respect de la part du Corps des Magistrats, je m’y connais en hommes et je sens comment un homme perçoit un autre homme. Ce sont des choses que je n’oublierai pas.
Par respect, je n’ai pas souhaité commenter la présentation du livre, et donc, je me réserve donc le droit de comprendre pourquoi il a été donné un an a été accordé pour abandonné du navire.
Alors qu’en réalité, il s’agissait clairement d’un phénomène pratiquement physique et non d’un choix volontaire de ma part.

FE
Senta ma perché quella notte poi dopo c’è quell’immagine lei va a dormire in hotel c’è quell’intervista che rilascia se non ricordo male
Écoutez, mais pourquoi ces images la nuit suivante, où vous dormez à l’hôtel, et vous donnez unevinterview, si je me souviens bien ? Il y a aussi ça, malheureusement.

FS
Écoutez, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit.
Vers 11h30, peut-être midi, l’avocat de Costa Croisières m’a dit alors que que j’étais dans un bureau de district de la Capitainerie du Port du Giglio, il m’a dit qu’il avait un taxi et que si je voulais, je pouvais aller à l’hôtel prendre une douche. Je suis donc allé à l’hôtel à midi et j’y suis resté un quart d’heure, le temps qu’ils me transfèrent ensuite en patrouilleur à Porto Santo Stefano.
Comme vous le voyez, malheureusement, il n’y a rien de vrai là non plus.

FE
Écoutez Schettino, nous attendons maintenant les motifs de la sentence, qu’en attendez-vous ?

FS
Je suis convaincu que les motifs de la sentence seront présentés avec professionnalisme et rigueur.
Au cours de ces 70 audiences, j’ai pu apprécier le professionnalisme du juge et de l’ensemble du tribunal de Grosseto.
Donc, si les raisons ne se reflétaient pas dans ce que j’ai, disons, ressenti ce soir-là, ce que j’ai essayé d’expliquer dans le livre, je crois qu’elles n’auraient pas été clairement expliquées parce que je crois que le procès s’est déroulé d’une manière remarquable, c’est tout.
Il n’est pas difficile pour un juge de comprendre, par exemple, certains aspects techniques.
Si les avocats, si les consultants techniques de l’enquête préliminaire avaient été compris, si toutes les discussions entre les experts qui ont eu lieu lors de ces 70 audiences, toute ces successions dynamique d’arguments même techniques étaient portées à l’attention des juges, je suis convaincu qu’ils feraient un excellent travail.

FE
Pour terminer, comment vit-on lorsqu’on est jugé par les gens symbole de la lâcheté de ce pays, comme je l’ai constaté ?

FS
Écoutez, je ne pense pas que les gens me jugent comme un lâche ou un symbole d’habileté parce que c’était tellement évident.
Il est tellement évident que l’appel téléphonique dont nous avons parlé est ce que De Falco a fait pour mettre un sceau sur toute cette histoire : quiconque l’écoute plusieurs fois réalise que c’est un sketch.
Il y a donc eu encore trois années de procès pendant lesquelles cela n’a toujours pas été expliqué à cause de ce phénomène médiatique qui refusait catégoriquement d’accepter une vérité différente.
Mais je crois que les gens ordinaires, au fond d’eux-mêmes …  parce qu’il est impossible que … où que j’aille, les gens ordinaires qui me rencontrent et me serrent la main me montrent bien qu’ils ont compris comment les choses se sont passées en ce qui concerne l’abandon du navire …
Comme l’a indiqué le Valeriana Abate, les bénéfices de ce livre seront reversés à une Association caritative.
J’ai également eu l’idée d’octroyer une bourse d’études pour l’an prochain à un futur Capitaine au Long Cours qui aura obtenu d’excellents résultats à l’examen pour son savoir-faire de marin et qui décrochera son diplôme avec mention. C’est certain.

FE
C’est ma dernière question : un tribunal vous a condamné à 16 ans de prison en première instance. Vous croyez qu’avec ce livre de Vittoriana Abate, avec vos propos, avec ce que vous avez dit en quelques minutes lors de cet entretien, vous pourrez semer le doute chez les gens ?

FS
Je fais la distinction entre les deux : nous laisserons le procès aux juges.
Ensuite la médiatisation du procès, comme me l’a dit un ancien avocat – je ne parle pas du tribunal de Grosseto, mais des juges précédents –  les auraient mis en difficulté pour m’accorder, après les six mois d’assignation à résidence, une mesure moins contraignante d’après laquelle j’étais tenu de rester dans ma ville.
On justifie donc cela comme si l’opinion publique, en bien ou en mal, avait eu une certaine influence sur le juge.
Je ne crois pas que cela se reproduira dans le futur, et ce livre n’a pas pour but de perturber le bon déroulement d’un procès.
Il s’agit d’un livre, d’une lecture des actes du procès, rédigé avec le professionnalisme qu’on a bien voulu me reconnaître à l’échelle Inter Nationale dans les années qui ont précédé l’accident.
Je me suis permis d’offrir une perspective et une lecture des événements différentes à l’attention de ceux qui, malheureusement, n’ont pas été informés.
Il ne s’agit donc pas, disons, de créer une occasion de toucher la sensibilité du tribunal.
Ce livre est dédié au lecteur, à ceux qui auraient dû être informés.
Il est inconcevable que, trois ans plus tard, on me demande encore si j’ai abandonné le navire ou non.

Le Verità Sommerse: Vittoriana Abate intervista il Comandante Francesco Schettino (Italian Edition)

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