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La vérité submergée

La presse italienne annonce la parution – enfin ! – du livre écrit à 4 mains par le Commandant SCHETTINO, la seule personne qui, de par son métier et son exercice sur le paquebot, a vraissemblablement depuis longtemps compris le pourquoi de l’accident qui l’a amené à se présenter en tant qu’accusé de tous les maux possibles et imaginables par la soi-disant « opinion publique » devant un tribunal.

La personne qui lui a tenu le stylo est Madame Vittoriana ABATE, journaliste d’investigation à la RAI. Elle y avait longuement interviewé le Commandant dans le cadre de l’émission Porta à Porta (en italien).

L’éditeur est Grauseditore de NAPLES.

Le livre, de 600 pages, paraîtra en librairie en italien, français et autres langues de passagers concernés. Il ne coûtera qu’une petite vingtaine d’euros.

De cette publication, Francesco SCHETTINO a dit :

“…Agli insulti che ho subìto in quest’aula di Tribunale, vorrei rispondere con una preghiera che sono certo sia condivisa da tutte le persone presenti qui oggi. Una preghiera che rivolgo tutti i giorni di questa mia non vita alle persone che non ci sono più, le vittime di questo maledetto incidente. Sono queste le ultime frasi di quella dichiarazione spontanea interrotta, parole che la commozione mi ha impedito di riferire pubblicamente in questi tre anni”.

« … Je voudrais répondre aux insultes qui m’ont été faites dans l’enceinte du tribunal par une prière dont je suis certain qu’elle sera partagée par toutes les personnes qui sont présentes aujourd’hui ici. Une prière que je renouvelle aux personnes  qui ne sont plus chaque jour de ma non-vie actuelle, les victimes de cet accident meurtrier. Ce sont les dernières phrases de ma déclaration spontanée inachevée, des paroles que l’émotion m’a empêché de prononcer publiquement au cours de ces trois dernières années ».

Le souriceau se souvient de ce qui s’est passé lors de la toute première interview quand a pris fin l’assignation à résidence, il y a un peu plus deux ans, alors que la présentatrice essayait de faire parler le Commandant qui a lui-même une fille de la petite DAYANA. Comme plus récemment au tribunal, alors, cet homme doux s’est mis à pleurer en silence en faisant signe « non, je ne peux pas ».L’enregistrement s’était alors interrompu.

Au cours des 600 pages du livre, nous allons connaître l’histoire du commandant, sa vie, son expérience professionnelle, ses souvenirs d’avant et après la nuit tragique

Qui est l’homme accusé d’avoir sabordé la CONCORDIA ? trente ans en mer.  

Des anecdotes, des souvenirs, des témoignages qui n’avaient pas été rendus publics

Tout ce qui n’avait pas été dit, tout ce qui n’a pas été compris au sujet du naufrage de la COSTA CONCORDIA.

Tout ce qui a été submergé par un tsunami médiatique à deux balles.

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Dans vos kiosques depuis le 28 mai

le numéro spécial de Ouest-France et Le marin : 

La saga des paquebots géants
100 pages d’Histoire :
  • d’où vient la croisière,
  • son évolution au cours du temps,
  • les paquebots célèbres et leur fin de vie,
  • les passagers célèbres des premiers temps,
  • les artistes qu’elle a employés pour l’ornement interne des paquebots
  • les peintres qu’elle a inspirés,
  • les chantiers capables de construire les bateaux de plus en plus géants, un exemple au hasard : SAINT NAZAIRE
  • les ports capables de les accueillir, un exemple au hasard : MARSEILLE
Bon, je suis chauvine, comme vous l’avez peut-être remarqué, mais l’industrie de la croisière et toutes celles qui en dépendent ont en fait un caractère mondial.
Une lecture et des photos pour rêver voyages, tourisme, animations en ces temps de pré-vacances, ou bien construction navale, aides à la navigation toujours plus sophistiquées, et la mer, les mers, les intempéries inévitables, la nature dont la puissance est telle qu’elle gagnera toujours sur les hommes insuffisamment préparés à l’affronter.

Disponible dans tous les kiosques et librairies bien achalandés ainsi que dans les boutiques-web des deux éditoriaux dont les journalistes se sont réunis pour produire le fascicule et dont vous voudrez bien trouver les liens ci-dessous :

http://boutique.ouestfrance.fr/la-saga-des-paquebots-geants-ouest-france,fr,4,HS15_sagadespaquebots.cfm#.VW2QvkbGG3s

http://www.marines-editions.fr/edtions-ouest-france,fr,3,96.cfm

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Le passage des consignes

Le livre – en italien pour le moment – d’Angela CIPRIANO et Guido FIORINI

 LES VOIX DE LA CONCORDIA

les protagonistes confient leur douleur, racontent leurs souvenirs, mettent des mots sur leur ressenti, dans une commune recherche de vérité

est arrivé dans ma boite aux lettres, j’avais pu le commander en passant par amazon.it

Naturellement, je lis le récit de l’accident en premier et une chose me frappe : la façon dont le commandement a été pris et a été abandonné peu avant le choc. 

Rappelez-vous, AMBROSIO était aux commandes et dirigeait la CONCORDIA droit sur l’ile du GIGLIO sous l’aile bienveillante de l’officier CORONICA et via les mains du timonier Jacob RUSLI BIN en venant de l' »autoroute maritime » qui longe le promontoire de l’ARGENTARIO et que les médias ont fait exprès de confondre avec « la route normale qu’aurait du suivre la CONCORDIA » quand la moulinette médiatique avait commencé à tourner. Les grands patrons, depuis la terre, avaient voulu un inchino au GIGLIO, on allait faire l’inchino, ce n’était pas la première fois, c’était normal, presque la routine.

Pour prendre le commandement, SCHETTINO, dans ce cas de figure, devait prononcer texto la phrase : « Master take the conn ». C’est une phrase quasi-sacrée. On ne la change pas. C’est quasi-militaire. Ça doit déclencher un réflexe conditionné chez l’autre. Pour vous donner une idée, c’est comme « bonjour » quand on entre, « au revoir » quand on s’en va, « merci » quand vous recevez un cadeau. Là c’est « Master takes the conn ». En anglais. Point-barre. Il n’y a pas à comprendre, il n’y a qu’à apprendre. L’autre, AMBROSIO donc, tant que la phrase magique n’a pas été prononcée est le chef de la passerelle. Une chose qui n’est pas négociable non plus. Il continue à donner les ordres et ne se déconcentre pas. Il a plus de 4000 âmes sur les épaules, y compris la sienne.

Or qu’est-ce que je lis ensuite ? comment AMBROSIO a-t-il vécu le dernier passage des consignes à bord de la CONCORDIA ? D’abors il s’est estimé relevé de son boulot et probablement de ses responsabilités avec parce que le Commandant le plus ancien dans le grade le plus élevé qui était là, au téléphone, lui a fait signe de la main, la paume ouverte vers lui, c’est « stop ». Comme nous à la maison aux enfants qui parlent plus fort que le téléphone « deux minutes », comme mon patron prévenait ses secrétaires sans un mot de ne-pas-le-déranger-et-de-repartir-de-son-bureau-en-silence-en-refermant-la-porte-derrière-soi. Une convention de fonctionnement qui s’était tacitement mise en place, nous étions toutes adultes.

A partir de là, le jour où il a témoigné à GROSSETO, AMBROSIO cafouille. La phrase magique n’a toujours pas été prononcée par le seul qui avait le droit de la prononcer, le  Master lui-même.

Et pour se justifier il utilise, pour énoncer des mesures, un vocabulaire qui n’a rien de mathématique : « J’ai eu le sentiment que le navire allait trop vite, mais je n’ai rien dit » c’est le plus clair de l’histoire.
Quel sentiment ? dans sa position, il avait la valeur exacte de la vitesse à chaque instant !

Je parle de sa position devant les plans de travail. Il est de quart, responsable en chef, c’est-à dire placé sur la passerelle à un endroit où il a la vue sur tous les cadrans qui lui sont nécessaires pour avoir les données de vitesse et position, à portée de la main et de l’oreille le téléphone vers la salle des machines. Et Monsieur ne dit rien !

A haute et intelligible voix, devant tout le monde, il a commencé à donner des ordres, répétés par les deux autres de quart, pour prendre un tournant qu’il n’a finalement pas encore pris. Et Monsieur ne dit rien !

La CONCORDIA n’est pas là où elle devrait être, elle va plus vite que prévu, dit-il à la Cour, donc elle est plus proche de la falaise que ce que le Commandant SCHETTINO ne le croit. Et là, en passerelle, au moment de la quitter pour regagner sa cabine, tranquillou Monsieur ne dit toujours rien !

Monsieur suppose peut-être que le Commandant SCHETTINO a une boule de cristal intégrée dans le cerveau ?

« Je ne voulais pas m’opposer à lui à ce moment-là », dira-t-il aussi. « Je ne voulais pas me mutiner« .
C’est la plus belle : AMBROSIO passe à son chef en pleine nuit noire un bateau dont il sait qu’il va vite – pour un mastodonte qui a encore un virage dans l’eau à faire*, ce que lui sait aussi, pas SCHETTINO – droit vers une falaise de roches sans lui dire où ils sont, sans lui dire qu’ils n’ont pas tourné et tout ça pour éviter je ne sais quelle distraction probablement aux passagers invités et parce qu’il ne veut pas faire, discrètement mais fermement, son boulot. A part ça, il ne s’est pas mutiné, non, il l’a envoyé s’écraser sur un mur !

Et comment le Commandant qui commandait la CONCORDIA a-t-il vévu ce dernier passage de … aucun renseignement crucial … à bord de son navire ?

Le moment où, concrètement, les choses ne se sont plus passées normalement est page 22 et 23.
Chronologiquement :

  • AMBROSIO faisant fonction de patron passe à SCHETTINO des informations d’une vacuité coupable, vu la suite des évènements
  • la phrase magique est prononcée « Master takes the conn » SCHETTINO fait fonction de patron, il croit être sur la route qu’il demandée, à l’endroit où il a prévu jouer son propre rôle pour les invités non payants
  • il navigue à vue, à la distance de la côte du GIGLIO où il se croit, 1/2 mille marin, c’est déjà plus sûr que les radars que d’ailleurs il a un « team d’officiers » pour surveiller pour lui – en principe
  • il ne prend pas lui-même le timon en main, du poste de vigie où il se trouve tout contre les vitres, dans le passage devant la rangée de plans de travail – et que AMBROSIO avait laissé vacant en demandant à RUSLI BIN de le quitter pour passer au timon juste avant de couper ou lui faire couper le pilotage automatique – SCHETTINO se trouve à environ 1 m dudit timon, comme nous l’avons tous vu sur la vidéo dans l’éclairage sombre et rouge de la passerelle post-accident au SCOLE
 un peu comme ici, en plein jour, sur une photo ancienne

6 minutes plus tard seulement, c’est le choc, à 30 km/h du paquebot géant sur l’écueil affleurant du SCOLE (non signalé sur la carte – où il aurait occupé 1 pixel).
Bref pas un des trois dont c’était le boulot de le savoir et de le lui dire ne lui a fait savoir qu’il y avait un os quelque part, une panne, un changement, un écueil affleurant tout près, trop près, une source d’emmerdements s’il n’en tenait pas compte.

Heureusement, il est de la vieille école, il réalise, il prend les mesures qui auraient évité le choc.
Mais la manoeuvre d’évitement est bâclée par le timonnier qui confond sa droite et sa gauche, AMBROSIO qui ne l’aide pas beaucoup à comprendre ce qu’il doit faire en n’arrêtant pas de contredire celui qui donne à présent les ordres et leur ange gardien muette qui n’aide pas du tout.  Il ne restait que 6 minutes pour éviter une catastrophe, pour cette bande d’ahuris c’était insuffisant.

Au procès-spectacle, Angela CIPRIANO prenait des notes que Guido FIORINI, rédacteur en chef à l’agence du journal Il MATTINO de la même ville, l’aiderait ultérieurement à mettre en forme pour en faire ce livre.
Elle entendait l’avocat de CODACONS, maître LEUZZI, scié, demander carrément à ce même AMBROSIO s’ils avaient mijoté un suicide collectif ou quoi, lui et les deux arlésiennes du procès, tandis que le procureur LEOPIZZI le faisait vite taire. 

Feuilleton ! délire ! pourquoi pas ? mais alors, qu’est – ce qui pouvait bien avoir poussé ces trois personnes si différentes à vouloir mourir ensemble en Méditerranée le soir du 13 janvier 2012 en entrainant avec eux plus de 4000 personnes qui ne leur avaient rien fait à part être leur gagne-pain ? Tiens, ça rappelle un récent accident d’avion regrettablement médiatisé lui aussi !

Rappel et résumé du souriceau : « J’y crois pas moi-même ! Ils ne m’ont rien dit ! Ça fait trois ans que je le répète ! » – presque – a dit le Commandant SCHETTINO à la barre. 

Note Du Souriceau : ceci est une réaction à la lecture, pas une traduction. Les auteurs sont en train de chercher à faire traduire les quelque 250 pages en français en Italie.

* ce qui est normal d’ailleurs. Pour que les passagers soient moins secoués lors du virage d’une cinquantaine de degrés, il faut aller assez vite. Paradoxal ? ça se passe dans l’eau, pas sur route, la Mécanique en est toute changée.

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Le Commandant sera-t-il le seul à « payer » dans la pyramide de la hiérarchie

alors qu’il se situe en plein milieu ?

Cet été, à ISCHIA, il semblait confiant que non.

Aujourd’hui, après les fines plaisanteries de ses avocats avec une émission de télé-réalité dont le thème central est – délicatement – la survie de naufragés sur une ile déserte et leurs inouïes conséquences juridiques, le ton est autre :

 http://www.corriere.it/cronache/15_febbraio_27/processo-concordia-schettino-intervista-saro-unico-pagare-non-cerco-perdono-99bc50be-be46-11e4-abd1-822f1e0f1ed7.shtml

Procès CONCORDIA, SCHETTINO : « Je vais être le seul à payer. Je n’attends plus de pardon de personne. »
La version de l’ex-commandant du paquebot naufragé le 13 janvier 2012 : « Je me suis excusé en privé auprès des familles des victimes.
L’ile des People ? Je voulais une offre écrite pour pouvoir la montrer et la déchirer ensuite » 

une interview de Marco IMARISIO

traduction libre du souriceau français pour ce qui est de l’introduction et d’une présentation du dernier épisode de la saga médiatique de la CONCORDIA

« L’ile des People, non. Ne m’en parlez pas. Moi danser et chanter sur l’ile des People, non. 

Je ne la mérite pas celle-là. ». 

L’homme qui parle a quelques autres préoccupations des plus lourdes à l’esprit, à commencer par sa récente condamnation à 16 ans de prison, après un naufrage rendu célèbre s’ajoutant à 32 morts depuis cette nuit-là, lorsque, globalement, la CONCORDIA heurta les rochers devant l’ile du GIGLIO.

En fait, il semble que ce dernier épisode de la saga SCHETTINO ait commencé là, au sujet de « l’ile des People ».

Celui qui est à l’origine de la fine plaisanterie de La Hyène, une fausse transaction avec un soi-disant émissaire du désormais ex-commandant dans son pays pour une participation de Francesco SCHETTINO en personne au KOH-LANTA italien avec d’autres naufragés plus ou moins choisis parmi des gens connus du grand public, qui parlait derrière un pixelage qui lui cachait le visage, fut ensuite dépixelé sur toute la vidéo !

Il n’est autre que Francesco PEPE, le fils de son ex-avocat Domenico PEPE. L’initiative du jeune avocat stagiaire a valu à Francesco SCHETTINO, une nouvelle demande d’arrestation par mesure de précaution formulée par le Parquet de GROSSETO auprès du Parquet de FLORENCE, qui va s’occuper du second round du Procès Pénal, à la mode italienne qui en compte systématiquement trois.

Au cas où il irait, ce qui serait de la muflerie la pire qui se puisse imaginer envers tout de même les familles de ceux qui ne sont pas revenus

au cas où il y gagnerait des sous, ah ! les sous ! que de crimes ne commet-on pas en leur nom ! bande de jaloux, il faut bien qu’il mange puisque vous lui avez fait retirer le « permis » !

au cas où la télé italienne lui verserait lesdits sous, gentiment, sur un compte à l’étranger, le BRÉSIL – pourquoi pas – suspicion sur picaillons, tout le monde est debout, prêt à le prendre en course.

Ça a l’air rigolo, comme ça, vu de l’extérieur et aussi un peu parce que ce mélange d’informations absurdes et de réactions judiciaires … mmmmm … ben si, c’est tellement gros que c’est rigolo, vu de FRANCE où les magistrats ne participent pas aux émissions de variétés en plein milieu des enquêtes et jugements.

Là où ça l’est peut-être moins, et je suis même sûre que ce ne l’est plus du tout, c’est quand on est à la place d’honneur de ce sinistre divertissement public depuis trois années.

Qu’on risque toujours d’aller dormir sur la paille humide des cachots pendant un temps qui reste indéterminé avant le jugement final – si, me souviens d’avoir entendu parler de cafards il y a quelques temps dans les prisons françaises qui ont besoin de MAINTENANCE à défaut de paille humide.

Et ce pour avoir accepté de porter bizarrement un titre imposant.

« Commandant de navire géant à passagers, tu passeras l’essentiel de ton temps à être ostensiblement la star de ce bateau. »

« Les manœuvres ? «  »t’occupe, on a embauché c’qu’il faut. »

Pour faire plus court :  » Sois beau et tais toi. Prends ta paye et écrase ».

Je ne sais pas où le journaliste avait coincé le Commandant SCHETTINO pour lui extorquer les quelques mots qui suivent, mais apparemment il venait de claquer une porte au nez de quelqu’un.

« Je m’en vais, parce que quand quelqu’un est désespéré, il ne lui reste plus que sa dignité. 

Depuis cette nuit-là jusqu’à aujourd’hui, j’ai été trahi par beaucoup de gens, à commencer par ceux qui devaient me défendre, jamais par ma dignité.

Je regarde depuis des jours et des jours dans les émissions de l’après-midi à une tentative de massacre, pour une chose que je n’ai jamais seulement pensé à faire.

Et malgré mes démentis, pour continuer à avoir de l’audience, on continue à présenter une version complètement tordue d’une histoire qui est au contraire bien claire et s’appuie sur des documents.

Une chose sans pitié, vicieuse, fausse ».

Monsieur SCHETTINO, mais cette histoire est-elle vraiment si importante après tout ce qui s’est déjà passé ?

« Pour moi elle l’est. Pour ma fille elle l’est.
J’ai tout perdu, laissez-moi au moins ma dignité.
Je voudrais qu’on ne spécule plus sur cette tragédie. »

Vous, sur cette Ile, vous vouliez y aller ou pas ? 

« Non !!! Et je ne sais plus comment le dire. En février, alors que le (premier) procès était en cours, mon avocat m’a refait cette proposition, alors que je lui avait déjà répondu par la négative en août ».

Que lui aviez-vous dit ?

« Que c’était quelque chose d’immoral.
Et qu’il me paraissait étrange, alors que nous attendions la sentence, qu’il se préoccupe d’un truc pareil.
Ils s’intéressaient un peu à cette transaction.
J’ai refusé encore une fois.
C’est le fils qui était derrière tout ça ».

Remarquez que Francesco PEPE était toujours présent aux audiences à vos côtés …

« Au départ, je l’ai toléré.
Ensuite il a oublié de venir.
Le père était comme un ami, il disait que c’était pour lui faire faire comme un stage.
Qu’est-ce que je pouvais faire ? J’étais entre leurs mains ».

Il y a eu négociation ? 

« Je voulais comprendre pourquoi tant d’insistance.
Un jour, le fils m’appelle, et il me dit qu’ils sont prêts à payer deux millions d’euros.
Je lui ai répondu que je rejetais tout à priori.
J’avais l’intention de refuser publiquement et donc je voulais qu’ils me fassent une proposition écrite, que je puisse montrer avant de la déchirer solennellement ».
Cette fausse offre de La Hyène ne vous est jamais parvenue ?

« Le fils m’a dit qu’ils avaient des problèmes pour la mettre en forme …
Vous avez bien vu Barbara D’URSO ?
On ne tient aucun compte de ce que je dis, n’écoutant que mon soi-disant émissaire, je ne sais à quel titre ».

Calmez-vous : mais vous rendez-vous compte ? La Hyène, Barbara D’URSO …

« Oui, c’est la moulinette médiatique dans laquelle je me trouve maintenant.
Un système qui trouve normal et tout naturel de s’acharner sur celui qui est dans les difficultés et n’a même pas un mégaphone pour se défendre ».

Connaissez(vous le proverbe (italien) « celui qui est la cause de son propre malheur …  » ?

« La vraie cause de mon malheur est à chercher dans l’avidité de la nature humaine.
Je l’ai bien cherché dites-vous ?
Mais non, mon ex-avocat a pris la décision de médiatiser mon propre procès, moi j’ai subi« .

Votre avocat n’a pas choisi des journalistes bien féroces …

« Lorsque j’ai vu que père et fils ne pensaient pas à étudier les cartes qu’ils avaient en main mais préféraient paraître avec vous, il était trop tard pour retourner en arrière.
Un représentant de l’accusation leur a même dit : vous n’allez pas dans le sens de l’intérêt de votre client.
Il avait malheureusement raison. »

Pour vous, tout est toujours de la faute des autres ?

« Qui a dit ça ? je voulais seulement que les parts de responsabilité sur ce qui est arrivé cette nuit-là soient équitablement distribuées.
Personne n’a rien compris de ce procès ».

Nous attribuons aussi à la moulinette médiatique votre leçon à LA SAPIENZA ?

« Ce n’était pas une leçon !
Il y avait un psychologue judiciaire qui organisait un séminaire académique sur la perception des personnes qui ont vécu des moments de stress.
J’avais demandé à y aller.
Je m’étais mis à sa disposition.
Il s’agit seulement d’un témoignage ».

Le souriceau croyait que Francesco SCHETTINO y était allé pour commenter une vidéo en 3D sur l’erreur de manœuvre du timonier et seulement cette courte intervention, y aurait-il eu une autre courte prise de parole en commentaire des nombreux témoignages des passagers racontant chacun « son » naufrage ?

Et aussi la soirée mondaine en blanc avec les flûtes de champagne ?

« J’étais allé voir l’éditeur de mon livre qui sortira tôt ou tard.
Il m’a invité, ce n’est pas en soi quelque chose de « mal ».
J’étais alors quelqu’un en attente de jugement, pas un pestiféré.
Tout cela est dégoûtant, indigne d’un Pays civilisé ».

Et les victimes ? Au cours de ces années, vous n’avez jamais eu une parole pour ces 32 êtres humains.

« Je les ai tenues loin de toute ces saloperies.
J’ai voulu en parler le jour de la sentence pour rendre hommage à ces pauvres gens.
J’en ai pris la décision parce que les magistrats m’avaient fait le reproche pendant une audience de ne pas m’être couvert la tête de cendres.
Le seul fait que je n’aie pas réussi à lire jusqu’au bout ce que j’avais préparé peut faire comprendre ce que je ressens en pensant à eux ».

N’était-ce pas un hommage un peu trop tardif ?

« Je n’ai pas voulu utiliser leur douleur pour me rendre plus sympathique.
Ça aurait été un manque de respect.
Certaines choses ne se montrent pas.
J’ai rencontré les parents de quelques victimes, ainsi que je l’ai dit au tribunal.

Il est certain qu’il aurait été plus facile et profitable de dire « je suis désolé » en face d’un microphone.

Mais quelle est l’attitude la plus sérieuse, faire ce qu’on doit faire discrètement ou bien le faire en public afin que ce soit diffusé ensuite pour son profit personnel ?
Et puis il faut bien dire qu’accumuler les excuses publiques ou pleurer devant tout le monde sur les morts de la CONCORDIA ne me permet pas de revenir au 12 janvier 2012 sachant ce que j’ai appris depuis.

Ce n’est malheureusement pas possible. »

Naturellement, vous êtes toujours convaincu d’être la victime d’un complot ?

« Il y a eu des personnes qui ont voulu protéger des intérêts économiques puissants.
Rien n’arrive par hasard.
Le dénigrement général pas plus que le reste.
Pourtant moi, le grand coupable italien, j’ai fait face.
Je ne me suis pas caché.
Pendant trois années.
Et je vais être le seul à payer.
Mais personne ne me le reconnaît ».

Qu’est-ce qu’on devrait reconnaître ? Si je monte sur un navire, je confie ma vie au commandant …

 « Ce n’est pas tout à fait comme ça.
Cependant, je prends mes responsabilités.
C’est pour moi un deuil indélébile.
Et je sais que je ne me pardonnerai jamais.
Croyez-moi, je n’essaie même pas ».

Au fait, en Italie, le Droit, c’est quoi ?

La réponse est dans cet accueil du blog de Maître Gianfranco ANNINO, avocat à ROME

 http://www.avvocatoannino.it/cose-il-diritto/

C’est une entreprise ardue que d’essayer de répondre à une telle question.
Dans ces conditions, ma réponse va être simplifiée à l’extrême.

Dès le moment où se constitue une société, son but ne peut qu’être la recherche du meilleur pour chacun de ses membres.
Pour l’atteindre, il va être nécessaire d’élaborer un ensemble de règles afin de préserver la vie commune de cette société et donc à faire respecter à chacun de ses éléments, jusqu’au dernier, jusqu’au plus faible.

Le « débordement » de quelqu’un par rapport aux règles pré-établies, constitue une violation de l’ordre public qui doit être restauré par ceux qui ont le pouvoir.

C’est alors qu’une question se pose : est-ce qu’il est juste d’être jugé ?
On pourrait instinctivement répondre de suite que non et cependant le jugement est la seule façon de rester un homme, c’est la première situation qui permet de reconnaître, face à soi-même qu’il y a des gens qui réfléchissent avant d’agir, et qu’il y a des gens qui agissent sans réfléchir ; la dignité d’un homme passe par la conscience de cela, que nous sommes jugés en permanence ; les hommes qui ont le devoir de penser qu’ils ne sont des hommes que dans la mesure où ils sont capables d’être jugés et d’accepter le résultat de ce jugement.

Voilà le côté moral de la chose ; il en découle un autre, le côté pratique : être jugé par qui et comment.

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Des documents essentiels difficiles à obtenir

http://genova.repubblica.it/cronaca/2015/03/15/news/costa_concordia_la_battaglia_dei_progetti_il_tar_consegnateli_ai_sopravvissuti-109535967/

 COSTA CONCORDIA, la bataille pour les projets
Le Tar (Tribunal Administratif de Région) : vous devez les remettre aux survivants.

Les avocats demandent les papiers du RINA, la Compagnie s’y oppose : ‘ C’est comme ça qu’on révèle des secrets industriels ».
Mais le Tribunal Administratif a conclu en faveur des familles.

un article de Marco PREVE, paru le 15 mars 2015 sur le journal LA REPPUBLICA
Il y a des craintes d’espionnage industriel et des intérêts de l’ordre du million d’euros derrière la tragédie de la CONCORDIA, perdue en 2012. 

Les juges du TAR de LIGURIE, entre le droit des survivants et des associations de consommateurs à se constituer partie civile contre la Société COSTA CROISIÈRES et à lui demander une indemnisation, et la peur de la Société FINCANTIERI de se voir arracher de précieux secrets industriels, ont choisi de donner raison aux premiers, leur accordant l’accès à des documents top-secrets délivrés par le RINA. C’est à un cas tout à fait exceptionnel qu’ont du faire face les juges du TAR de GÊNES au cours des dernières semaines.

Tout a commencé par une demande faite au RINA par CODACONS (en tant que coordinateurs des Associations pour la sauvegarde de l’environnement et des droits des usagers et des consommateurs) et par Ernesto CARUSOTTI, l’un des croisiéristes survivants à la tragédie du GIGLIO lorsque, en janvier 2012, le navire s’est échoué sur les rochers, prenant la vie de 32 personnes. CARUSOTTI et son épouse ont été parmi les premiers à participer à la « class action » contre la compagnie.

Ce qu’ils demandaient au RINA, c’est une copie des « procès-verbaux des tests du générateur d’urgence et de l’équipement de sécurité qu’il alimentait, ainsi que des procès-verbaux des essais de « Redémarrage d’urgence après black-out – Balance du retour de l’électricité après un long black-out » effectués dans le but de délivrer les certificats obligatoires pour les navires à passagers ».

Il s’agit là de la documentation technique sur les systèmes d’alarme et de sécurité nécessaire pour pouvoir se constituer partie civile au procès et demander une réparation.

Le RINA avait consenti sans problème, mais à ce moment-là, FINCANTIERI s’y était opposé en soutenant que l’accès à ces documents « qui n’étaient pas indispensables, violeraient les intérêts industriels et commerciaux relatifs à la méthodologie  et au savoir-faire développé et utilisé par FINCANTIERI pour vérifier que les réponses effectives en situation d’urgence soient conformes aux exigences prévues par les textes » de classification des navires.

En somme, FINCANTIERI avait peur que des secrets industriels puissent être divulgués une fois dans des mains étrangères.

Dans un premier temps, la Société de moteurs ISOTTA FRASCHINI s’y était opposée aussi, puis avait renoncé à faire appel. FINCANTIERI s’opposait surtout à la communication de ce qu’on appelle les « protocoles de tests ».

Après toute une série de tentatives de médiation, il semblait qu’on soit parvenu à un accord, puisque la « documentation requise avait été vue et il en avait été fait copié, avec toutes les « omissions » faites par le demandeur FINCANTIERI en ce qui concerne les fameux « protocoles de tests ».

Mais les problèmes ont apparu au sujet de ce qu’on appelle les « tests relatifs au black-out ».

CODACONS et CARUSOTTI qui voulaient l’accès à l’intégralité du document « s’étaient rendu compte qu’on avait mis à leur disposition seulement 2 pages de texte sur 7″.

Vu que les parties en présence n’étaient pas arrivées à un accord, le TAR a du se prononcer.

Dans la sentence qui rejette l’appel de FINCANTIERI, les juges écrivent : « Les exigences de confidentialité générales dans l’industrielle opposés par le demandeur (l’entreprise FINCANTIERI) sont certainement secondaires par rapport aux intérêts que soutient le RINA qui est une instance supérieure (de l’état) et qui, lui, a donné le feu vert. »

Ainsi, les juges administratifs ont objecté que « même l’idée du danger d’un préjudice grave et irréparable qui résulterait pour FINCANTIERI à cause de sa façon d’exécuter les essais contestés d’après ses note est de trop, car elle suppose un saut de la logique qui implique la perpétration d’un crime. »

De fait, continue le TAR, « autoriser l’accès aux ayant-droit, n’est certes pas équivalent à autoriser aussi la divulgation ou la publication sans discrimination de secrets scientifiques ou industriels, dont la révélation injustifiée est sanctionnée pénalement ».

Le collège formé du président Giuseppe CARUSI et des juges Roberto PUPILELLA et Angelo VITALI, a condamné FINCANTIERI et ISOTTA FRASCHINI à payer les frais du procès (trois mille euros par personne) pour le RINA, CODACONS et CARUSOTTI.

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